Ce n'est pas encore le retour du grand Milan. Pas même celui de l'équipe un peu plus pâle qui parvenait toujours à arracher d'une manière ou d'une autre une qualification en C1. Mais depuis quelques mois, les Rossoneri reprennent des couleurs. Et des vraies. Il est encore trop tôt pour tirer des plans sur la comète, ou bien même évoquer des objectifs qui provoqueraient une crise de nerfs aux tifosi les plus superstitieux. Encore plus à quelques heures d'un derby face à l'Inter (samedi, 18h) où les hommes de Stefano Pioli arrivent en co-leader avec l'Atalanta Bergame.

Une place encore précaire, certes, mais qui manquait depuis plus de huit ans. A l'époque, il y avait encore Silvio Berlusconi aux rênes du club, son bras droit Adriano Galliani, Massimiliano Allegri sur le banc... ou encore Zlatan Ibrahimovic sur le terrain. Presque une décennie plus tard, le Suédois est toujours là. Un hasard ? Pas tant que ça...

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L'Inter se remet la tête à l'endroit
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Vainqueur de ses trois premiers matches de championnat face à des adversaires abordables (Bologne, Crotone et Spezia), Milan est également parvenu à se hisser en phase de poules de la Ligue Europa, après deux tours préliminaires et un barrage rocambolesque face au Rio Ave. Le tout presque sans Zlatan, touché par le Covid-19 juste avant le déplacement à Crotone et aujourd'hui guéri. En Serie A, les Rossoneri n'ont encaissé aucun but, une première depuis les saisons 1952/53 et 1971/72. Ils sont même invaincus depuis 19 rencontres toutes compétitions confondues (dont 15 en championnat, du jamais-vu depuis 2007). De quoi (re)donner de l'espoir aux tifosi, qui oscillent entre dépit et désillusions depuis bien des années. Le tunnel est encore long, mais un brin de lumière apparaît enfin. Stefano Pioli, l'entraîneur milanais, n'y est pas étranger.

Pioli, la surprise du chef

Débarqué sur le banc en octobre 2019 pour succéder à Marco Giampaolo, l'ex-technicien de la Lazio et l'Inter avait alors hérité d'une équipe sans jeu, sans âme et sans repères. Autant dire que le chantier était énorme. Mais au fil des matches, Pioli parvient à se dégager un onze titulaire, en relançant notamment Ante Rebic. Plus pragmatique que son prédécesseur, l'entraîneur italien tente alors de trouver tous les remèdes possibles aux nombreux maux milanais, à travers notamment un discours plus simple et un jeu plus élémentaire. Rapidement, le groupe milanais entre en symbiose avec son nouveau coach. Même si les résultats tarderont à arriver.

Il faudra attendre la solution ultime mais nécessaire à tout un environnement : Zlatan Ibrahimovic. Avec le géant suédois, arrivé en Lombardie début janvier après une claque historique infligée par l'Atalanta (5-0), Milan va retrouver ce qu'il lui manquait : un leader, un vrai. Et Pioli, qui l'a rapidement compris, l'a mis au coeur de son projet de jeu, basé sur un 4-2-3-1 validé par le vestiaire. Avec Zlatan, la musique change pour tout le monde. Le niveau s'élève. L'exigence aussi. A l'entraînement comme en match, chacun est invité à donner le maximum. Au risque de prendre une remontrance du Suédois.

Zlatan Ibrahimovic

Crédit: Getty Images

"C'est vraiment une personne qui fait du bien, nous explique Marco Amelia, champion du monde 2006, portier du Milan entre 2010 et 2014 et qui a bien connu Zlatan. C'est quelqu'un qui tient à chaque détail dans le but de fournir un bon travail, il ne laisse rien au hasard. "Ibra" est capable de bouger tout le monde, non seulement avec les mots mais aussi en montrant l'exemple. A l'entraînement, il donne toujours le maximum et il pousse tout le monde à élever le niveau à chaque séance."

"Il a changé beaucoup de choses, notamment d'un point de vue technique et tactique, confie le coach milanais quelques mois plus tôt. Il a donné une mentalité totalement différente à tout le monde." Entre les deux hommes, l'estime est réciproque. Et Zlatan le clamera publiquement à de maintes reprises. "Il me rappelle Massimiliano Allegri", souffle-t-il un soir de juillet, alors que le technicien semblait clairement orienté vers la sortie. Pas tant pour les résultats, au beau fixe depuis plusieurs mois. Mais car Milan, et notamment son administrateur délégué Ivan Gazidis, s'était engagé après de Ralf Rangnick pour lui confier les pleins pouvoirs sportifs. Dès la fin décembre, l'homme de confiance de Red Bull avait été contacté. Son arrivée tient alors en haleine toute la presse italienne, certaine de l'issue finale du feuilleton. Mais difficile de la faire comprendre au vestiaire, enfin redevenu serein après une série de victoires et des années de misère.

Révolution manquée

"Je ne sais même pas qui c’est", lâchera ironiquement Zlan Ibrahimovic au sujet de Ragnick, peu convaincu par cette énième révolution annoncée. Paolo Maldini, dont le poste de directeur technique est clairement incompatible avec la venue de l'Allemand, se dit également contre. Les joueurs, eux, souhaitent la confirmation de Pioli, initialement venu pour assurer l'intérim jusqu'à la fin de saison, finalement décalée en raison de la pandémie de Covid-19. Au vu de toutes ces raisons et du manque de temps pour préparer le nouveau projet Ragnick, Gazidis et le fonds américain Elliott, propriétaire du club, font marche arrière. Le 21 juillet 2020, Stefano Pioli est officiellement confirmé à son poste pour deux nouvelles saisons. Une révolution manquée, mais une continuité assurée.

"C'était le meilleur à choix à faire, explique Marco Amelia. Il a mérité cette confirmation, notamment grâce à son attitude, ses compétences et bien évidemment les résultats." La saison dernière, et après la pause forcée liée au Covid-19, Milan parvient à enchaîner neuf victoires (notamment contre la Roma et la Juve) et trois nuls. Mais le retard accumulé en première partie de saison est trop grand. Au final, le club lombard termine sixième à quatre points de la cinquième place, et douze de la quatrième, valable pour une qualification en Ligue des champions.

Tonali, le gros coup du mercato

Pour retrouver la coupe aux grandes oreilles, soulevée à sept reprises par les Rossoneri, la direction du club n'a eu d'autres choix que celui d'intervenir sur le mercato. Si Lucas Paquetà est parti à l'Olympique Lyonnais contre un joli chèque de 20 millions d'euros, le club lombard a suivi le "diktat" de Paolo Maldini : un mélange de jeunesse et d'expérience. Non sans mal, Zlatan Ibrahimovic, qui a obtenu ce qu'il réclamait (un salaire net de 7 millions d'euros, ndlr), a prolongé son contrat d'une saison. Le solide Simon Kjaer a quant à lui été définitivement transféré, tout comme le retrouvé Ante Rebic. Dans cette opération, André Silva a fait le chemin inverse en signant à l'Eintracht Francfort. Un deal gagnant-gagnant. Alexis Saelemaekers, lui aussi en prêt, a également été confirmé.

Après avoir solidifié les bases de l'équipe, le duo Maldini - Massara (le directeur sportif, ndlr) est passé aux achats. Au rayon des arrivées : Brahim Diaz (prêt, Real Madrid), Pierre Kalulu et Ciprian Tatarusanu (transferts définitifs, OL), Jens Petter Hauge (Bodø/Glimt) ou encore... Sandro Tonali. Le vrai gros coup de cette session estivale.

Sandro Tonali

Crédit: Getty Images

Initialement, l'international italien n'était pas vraiment dans les plans. Ou plutôt si, mais pas dans le budget. Au point que le retour de Tiémoué Bakayoko - en prêt - est espéré. Sauf que l'Inter Milan, en pole dans le dossier Tonali après avoir trouvé un accord de longue date avec le joueur, tarde à le boucler au vu des coûts importants de l'opération. Brescia, son club, commence à perdre patience. Et Paolo Maldini, qui chercheait un milieu pour faire souffler le duo Kessié - Bennacer, demande alors un effort à ses dirigeants au vu du profil du joueur : jeune, international italien et potentiel énorme. De quoi cocher toutes les cases.

Après avoir contacté le joueur, lassé de patienter et pressé de régler son avenir, Milan négocie avec Brescia et parvient à arracher le grand espoir du football italien. Montant du deal : prêt payant de 10 millions d'euros, option d'achat 15 millions, bonus fixés à 10 millions et pourcentage sur une future revente. Le 9 septembre, Tonali réalise son rêve de jouer dans le club de son coeur et signe un contrat de cinq ans. L'avenir du Milan, c'est lui. Le présent aussi, même si la paire Kessié - Bennacer semble indéboulonnable. En quête d'un défenseur central, les dirigeants lombards tenteront d'explorer plusieurs pistes (Simakan, Tomiyasu, Pezzella...) jusque dans les dernières heures du mercato. En vain, notamment au vu des prix fixés. Un ailier droit et une doublure de Zlatan n'auraient pas été de trop non plus. Sous le charme de Diogo Dalot depuis plusieurs années, le binôme Maldini - Massara s'offrira le joueur de Manchester United (en prêt) sur le gong.

Et maintenant, le top 4 ?

Direction conservée, Pioli confirmé, Ibrahimovic prolongé, Tonali récruté, Ragnick écarté : Milan peut-il désormais espérer décrocher enfin le précieux sésame, soit une qualification pour la prochaine édition de la C1 ? Pour ça, il faut donc entrer dans le top 4 ou remporter la Ligue Europa. Dans la Botte, le titre se jouera très probablement entre la Juventus Turin et l'Inter Milan. Attention toutefois à une invitée surprise : l'Atalanta Bergame de Gian Piero Gasperini, toujours aussi rayonnante et prête à jouer les trouble-fêtes. Il ne resterait donc qu'une place disponibile pour les hommes de Stefano Pioli. Les principaux concurrents sur le papier : le Napoli de Gattuso et Osimhen, la Lazio d'Inzaghi et Immobile et la Roma de Fonseca et Dzeko.

Pioli : ''Ibrahimovic ? C'est fou de voir un tel champion travailler si dur''

Enfin, du côté de la Ligue Europa, Milan a été placé dans un groupe relevé : le LOSC, le Celtic Glasgow et le Sparta Prague. Pas une partie de plaisir mais un groupe à sa portée. Disputer sérieusement la C3 et s'offrir une belle aventure européenne, voilà également l'une des possibilités d'un club plus vraiment habitué aux soirées de prestige. Le voisin interiste, certes battu en finale par le FC Séville, y a repris goût la saison passée. Cela pourrait être un bon début.

"Je pense que Milan peut se battre pour une qualification en Ligue des champions, assure Amelia, présent lors de la dernière édition disputée en 2013-2014. Il y aura beaucoup de difficultés cette saison, mais je pense que sur la durée, les Rossoneri peuvent avoir leur mot à dire. Et en plus, ils ont Ibrahimovic..." Suffisant pour avoir celui de la fin ? Rendez-vous en mai prochain.

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