C'est une époque où Cristiano Ronaldo et Lionel Messi se partageaient "seulement" trois Ballons d'Or. Où Kylian Mbappé n'avait même pas encore 13 ans. Où Lewis Hamilton ne comptait "qu'un" seul championnat du monde. C'était également une époque où les deux clubs de Milan se disputaient le scudetto en Italie. Et en cette soirée du 4 avril 2011, l'Inter de Leonardo était même revenue à deux petits points du Milan de Zlatan Ibrahimovic et Max Allegri, offrant un derby de feu à sept journées de la fin du millésime 2010-2011 de Serie A.
Ce derby pour le titre, remporté par les Rossoneri, c'était il y a presque dix ans. Une éternité. Depuis, toujours autant d'animosité, certes, mais plus vraiment d'enjeux réels, sauf quelques fois pour une place européenne et souvent pour la suprématie de la ville. Mais plus jamais pour le "tricolore", monopolisé par la Juventus Turin depuis 2012. Dimanche, ce sera de l'histoire ancienne. Après des années de galères respectives, l'Inter, leader du classement et qui a repris des couleurs depuis deux saisons maintenant, affrontera Milan, dauphin depuis le week-end dernier et après 21 journées passées en tête. Il s'agira du dixième derby de la phase retour avec les deux clubs tout en haut du classement.

Altercation, insultes et enquête

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A l'aller, ce sont les hommes de Stefano Pioli qui l'avaient emporté (1-2) grâce à un doublé de Zlatan Ibrahimovic, auteur de quatre buts en trois derbies depuis son come-back en janvier 2020. Mais dimanche, le géant suédois va surtout croiser à nouveau la route de Romelu Lukaku, avec qui il avait eu une altercation plutôt violente le 26 janvier dernier lors du quart de finale de Coupe d'Italie. Les images ont ensuite rapidement fait le tour d'Europe. Et pas que. La Fédération italienne de football (FIGC) décidait peu après d'ouvrir une enquête pour clarifier cet épisode, avec les deux protagonistes invités à s'expliquer. Paolo Valeri, l'arbitre de la rencontre, devait quant à lui "clarifier le périmètre des sanctions déjà prises" contre les deux joueurs.
Front contre front, Zlatan et "Big Rom" en étaient presque venus aux mains en cette soirée brûlante à San Siro. Les insultes avaient fusé entre les deux mastodontes. Après avoir demandé au Belge, plutôt énervé après une faute d'Alessio Romagnoli, de se "calmer", le Suédois lançait : "Va faire tes rites vaudou de merde ailleurs, petit âne". Une référence aux propos de Farhad Moshiri, l'actionnaire majoritaire d'Everton, en 2018, où ce dernier révélait que Lukaku avait décidé de signer à Chelsea en raison d'une "sorte de vaudou" qui lui avait été rapporté "par sa mère" après un "pèlerinage en Afrique". Hors de lui, Lukaku rétorquait : "Je t'emmerde, toi et ta femme. On parle de ta mère ? C'est une p****". Ou encore : "Je vais te tirer une balle dans la tête". Résultat : un carton jaune chacun, beaucoup de polémiques, pas mal de moralisme et même une magnifique fresque aux abords de San Siro, juste devant l'entrée numéro 15, traditionnellement réservée aux tifosi du Milan.

La fresque du duel Lukaku-Ibrahimovic (San Siro, Milan)

Crédit: Getty Images

Accusé de racisme, Zlatan Ibrahimovic s'en était rapidement défendu. "Dans le monde de Zlatan, il n'y a pas de place par ça", réagissait-il sur les réseaux sociaux. "C'était un triste épisode, pas beau à voir, mais ça s'arrête là. Nous sommes prêts à défendre notre joueur si le racisme devait être évoqué, cela n'a rien à voir avec Ibra", prévenait quant à lui Paolo Maldini. Lors de son audition avec le parquet fédéral, et selon les principaux médias italiens, Romelu Lukaku aurait lui-même évité de parler de racisme. Il paraît donc improbable que des sanctions soient prises à l'encontre des deux joueurs pour cette altercation, aussi éclatante soit-elle. Une chose est toutefois plus certaine : les caméras seront braquées sur eux, dimanche, lors du derby le plus attendu de la dernière décennie.
Je te donne 50 livres sterling pour chaque contrôle que tu réussis
Entre Ibrahimovic et Lukaku, l'histoire n'a jamais vraiment ressemblé à de l'amour. Ni de près, ni de loin. Les deux attaquants ont brièvement évolué ensemble à Manchester United lors de la saison 2017-2018. En tout et pour tout, ils ont vécu dans le même vestiaire une demi-saison. Déjà trop. "Lors des matches d'entraînement, ils étaient toujours l'un contre l'autre, écrivait La Gazzetta dello Sport en février 2020. Une fois, Ibra est entré de manière plutôt engagée sur Lukaku, de quoi le faire valser les jambes en l'air." Et pour bouger une armoire de 93 kilos, il en faut.
"Je me souviens d'une séance en particulier, confirmait "Big Rom" en mars 2019. On est tous les deux attaquants, donc on ne jouait jamais dans la même équipe. Lors d'un duel, il a tout donné contre moi. Ça m'a marqué, de le voir se battre pour sa place. Ça m'a ouvert les yeux. Il s'est toujours battu pour arriver à ce qu'il voulait." Gravement blessé au genou, Zlatan tentait de retrouver sa place et sa forme. En vain. "Big Rom", lui, avait été recruté pour 75 millions de livres sterling en provenance d'Everton. Autant dire qu'il était le garant du poste. José Mourinho, alors sur le banc des Red Devils, a bien tenté de les aligner ensemble lors de la réception de Burnley lors du Boxing Day de 2017. Un échec. Après 45 minutes, Burnley menait 2-0, contraignant le "Special One" à sortir le Suédois à la mi-temps pour faire rentrer Jesse Lingard. Score final : 2-2. Ibrahimovic, lui, ne portera plus jamais le maillot des Red Devils. Son duo avec Lukaku se résumera à 126 minutes de jeu et une anecdote "zlatanesque".

Romelu Lukaku et Zlatan Ibrahimovic

Crédit: Getty Images

"Un jour, centre d'entraînement de Carrington, Ibrahimovic va voir Lukaku et lui dit : 'Je te donne 50 livres sterling pour chaque contrôle que tu réussis'", rapportait La Gazzetta dello Sport l'an dernier. La réponse du Belge : "Et si je les réussis tous, tu me donnes quoi ?". "Rien, simplement que je te fais devenir un meilleur joueur", lui balance l'ex-attaquant du PSG. Personne ne sait si le pari a été accepté par Lukaku. "Il avait peut-être peur de perdre", lâchait Ibrahimovic dans un entretien accordé au quotidien italien en octobre 2019. Leurs routes se séparent en mars 2018, lorsque le Suédois accepte de rejoindre la MLS et les Los Angeles Galaxy. Les deux pensaient alors probablement ne plus se (re)croiser. Raté.

Le "Roi" face à "Dieu"

Depuis, l'un a signé à l'Inter. Et l'autre est revenu à Milan. Comme pour souffler sur des braises et maintenir le brasero. Le 9 février 2020, les voilà face à face. Mais cette fois pour de vrai, plus à l'entraînement. Zlatan inscrit le but du 2-0 avant la mi-temps et exulte, bras ouverts, sous la Curva Nord de l'Inter. Manque de bol, les Nerazzurri en mettent quatre en deuxième... et Lukaku réalise le dernier. Le Belge exulte, se dirige à l'extrémité du terrain, attrape le poteau de corner et brandit son maillot. Une sorte de "Lukaku guidant le peuple" version 2020. "Il y a un nouveau roi dans la ville", écrit-il sur Twitter peu après le coup de sifflet final. Boum. Tout le folklore d'un derby, en somme. Zlatan n'a alors rien dit, préférant le silence en attendant la riposte.
Huit mois plus tard, en octobre, nouvelle saison et nouveau derby. Cette fois, Ibrahimovic marque deux buts, Lukaku un seul et Milan s'impose (2-1). Le scénario rêvé pour répondre au Belge et son auto-proclamation de février. "Milan n'a jamais eu de roi, elle a un DIEU", balance le numéro 11 sur les réseaux sociaux. De bonne guerre et dans un esprit bon enfant. Du moins jusqu'au 26 janvier dernier... Dimanche, les deux hommes s'affronteront peut-être pour la dernière fois, dans l'hypothèse d'une (très) éventuelle retraite du Suédois en fin de saison. Dans le saloon de San Siro, un seul pourra sortir vainqueur du 228e combat milanais de l'histoire.
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