La palette du joueur moderne, mais sans en avoir les vices en dehors. Voilà comment pourrait être résumé Nicolò Barella, chien fou sur le terrain avec la gueule du gendre idéal. Marié depuis juillet 2018, père de trois filles, celui qui vient de fêter ses 24 ans se démarque dans un football où tentations et excès ne cessent d'affluer. Mais pas pour lui. Lui, le fils d'une Sardaigne qu'il affectionne tant et qu'il n'oublie pas. Loin des yeux, près du coeur.
Natif de Monseratto, petite commune italienne de la ville métropolitaine de Cagliari, le milieu de terrain reste profondément attaché à sa terre natale, qu'il a accepté de quitter à l'été 2019 après des années à s'y refuser. L'heure était probablement venue de quitter le cocon pour continuer à grandir. Et prendre définitivement son envol. Destination le Nord, la Lombardie et Milan, où l'Inter l'attendait après avoir trouvé un accord aux alentours de 45 millions d'euros (!) avec son club de toujours, Cagliari. Dans le détail : prêt payant de 12 millions, obligation d'achat fixée à 25 millions, plus divers bonus faciles à atteindre.
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Le 12 juillet 2019, le deal est officialisé et le cordon définitivement coupé. "Dans la vie de chaque enfant, il arrive toujours le moment où l'on doit quitter la maison pour suivre son propre chemin (…) Ici, ce sera toujours chez toi", écrit le club de Cagliari dans son communiqué officiel. De l'école de foot Gigi Riva en passant par les catégories jeunes du club sarde, et hormis une parenthèse de six mois à Côme entre janvier et juin 2016, le milieu de terrain est un véritable enfant de l'île de la mer Méditerranée.
Au moment de la quitter, il y compte 112 matches avec les Rossoblù, 7 buts et 6 passes décisives. "Mais pas assez pour raconter ce qu'il a apporté, ajoutait le communiqué de Cagliari. Avec sa fierté sarde, il est devenu un guide pour tout le monde, sans jamais trembler devant les épreuves les plus difficiles et en terminant avec le brassard de capitaine. Il a grandi en acceptant toujours plus de responsabilités. C'est avec beaucoup d'émotion que nous le laissons partir." Mais il ne pouvait en être autrement. Suivi, repéré et courtisé, Barella, plus jeune capitaine de l'histoire de Cagliari à 20 ans, s'est toujours donné les moyens de ses ambitions sans jamais brûler les étapes. Mais un jour ou l'autre, il faut bien les franchir quand même.
Il me faisait penser à Dunga
"C'était un grand talent et tout le monde l'avait vu, nous confie Massimo Rastelli, son ancien entraîneur à Cagliari entre 2015 et 2017. Il a débuté en Serie A à 17 ans. Et à 19 ans, il était titulaire. Tout le mérite lui revient, c'est un garçon avec beaucoup de personnalité qui a toujours beaucoup travaillé sans jamais rien lâcher. Je n'avais aucun doute sur le fait qu'il puisse réussir ailleurs." Quand Nicolò Barella débarque à l'Inter, il est tout sauf un inconnu. Le milieu italien est même international depuis peu, après être passé par toutes les catégories de la sélection italienne avec, en prime, une deuxième place à l'Euro U19 (2016) et une troisième au Mondial U20 (2017). De quoi donner une idée sur le potentiel du joueur. L'Inter a donc pris un pari onéreux mais calculé. Moins de deux ans plus tard, le club lombard peut se targuer de l'avoir gagné.

Nicolò Barella, Inter, 2020/21

Crédit: Getty Images

Sous les ordres d'Antonio Conte, Barella n'a cessé de progresser depuis son arrivée. En plus d'avoir répondu aux attentes, le milieu de terrain a su élever son niveau pour répondre à une pression nouvelle pour lui. "Sa plus grande qualité a toujours été sa capacité à multiplier les courses, explique Rastelli. C'est un joueur qui ne s'arrête jamais. Ce qui m'a toujours frappé chez lui, c'est sa résistance et sa musculature. Il ne semble jamais fatigué. Dans les duels, il est toujours le plus décidé à le remporter. Il n'est peut-être pas très grand et très "lourd", mais il a un moteur de champion. Dans les données qu'on analysait à l'époque, il était toujours dans les meilleurs. Cela veut dire que c'est un athlète avec un "A" majuscule. Il a ça dans son ADN. Au début de sa carrière, il me faisait penser à Dunga".
Toujours hyperactif au milieu, l'international italien au mètre 72 court en moyenne 11,1 kilomètres par match de championnat cette saison. Dans le 3-5-2 de son entraîneur, il est au four et au moulin. A la fois décisif dans les transitions offensives et garant de l'équilibre du collectif. "Décisif", tiens. Un adjectif que l'intéressé s'était souvent vu reprocher de ne pas posséder dans sa palette. Un axe de progression dont lui-même avait conscience. Un problème à la solution unique : le devenir.

Nouvelle dimension

"Il devait progresser dans les 30 derniers mètres, estime son ancien technicien à Cagliari. Quand il était plus jeune, il s'y perdait un peu : faire la bonne passe, trouver le bon moment, assurer le dernier geste ou sa frappe… Je savais que le jour où il le ferait, il attendrait un très haut niveau." Après une première progression la saison passée (4 buts et 8 passes décisives en 41 matches), Barella explose ses records en ce millésime 2020-2021. Après 31 rencontres, le voilà déjà à 3 buts et 10 passes décisives. En Serie A : 3 buts et 5 passes décisives. Une première pour lui.
Son activité, ses projections, sa qualité, sa technique : l'ex-joueur de Cagliari a pris une nouvelle dimension. Mais comment l'expliquer ? "C'est surtout grâce à Antonio Conte, répond Rastelli. Je le connais bien et je sais à quel point il travaille pour améliorer chacun de ses joueurs. C'est un coach qui analyse le moindre détail. Il a cette grande capacité à les faire progresser. Et Nicolò, lui, sait écouter et enregistrer chaque conseil qui lui est donné. Aujourd'hui, on peut dire que c'est un Dunga avec les pieds de Rui Costa." Même si lui ne joue pas les chaussettes baissées.
Après une prestation exceptionnelle contre la Juve (2-0) le 17 janvier dernier, où Barella avait tout fait comme un grand (caviar pour Vidal et but du 2-0 sur une énième projection), la Gazzetta dello Sport décidait de l'ériger sur le trône du meilleur milieu actuel de Serie A. "Une prestation monumentale en intensité, participation et incursions offensives. ll peut devenir un pilier de la Nazionale (...) Il est dans la lignée de Tardelli. Il frôle la perfection", écrivait le quotidien transalpin. Un constat partagé par son ancien entraîneur de Cagliari. "Il n'y a pas mieux en circulation actuellement, juge Rastelli. Avant, Barella jouait beaucoup à l'instinct et faisait pas mal de fautes inutiles. Il allait souvent où la tête lui disait d'aller sans trop y réfléchir. Il prenait même beaucoup de cartons jaunes. Des éléments qu'il a su corriger avec le temps. C'est désormais un footballeur total. Il est partout sur le terrain. Tu peux le voir délivrer une passe décisive, marquer un but, combattre au milieu, aider en défense..."
Sous la menace d'une suspension en cas de nouveau carton jaune, l'international transalpin joue avec cette épée de Damoclès au-dessus de lui depuis maintenant plusieurs matches de Serie A. Mais sans jamais la faire tomber. Symbole de sa capacité à se canaliser et gérer différemment certaines phases d'un match. "Je suis plus ordonné qu'avant, confiait-il récemment à DAZN. Avant, je jouais l'esprit plus libéré. Mais Mister Conte m'a appris beaucoup de nouvelles notions (…) Maintenant, je gère les moments. Et jouer avec des grands champions m'a également beaucoup aidé. Parfois, la fougue me rattrape. Je dois encore progresser sur cet aspect."

Son avenir ? L'Euro, puis...

En affichant un tel niveau cette saison, Barella est d'ores et déjà assuré de la boucler en participant à l'Euro 2021 avec la Squadra Azzurra. Sauf blessure, le milieu de l'Inter sera dans le groupe de Roberto Mancini, qui en a fait un titulaire dans son milieu à trois aux côtés de son "double play" Jorginho-Marco Verratti. Pour le Sarde, il s'agira d'une nouvelle étape dans sa carrière. "Ce sera une grande occasion pour lui, prévient Massimo Rastelli. Je suis certain qu'il fera un très beau tournoi. Dès ses premières convocations, il a montré toute sa personnalité. On aurait cru qu'il était là depuis des années, comme un vétéran. Il n'a peur de rien. Ce sera aussi une belle vitrine pour se mettre en valeur." Et attirer encore plus de courtisans ? C'est évident, les prestations du milieu sarde ne passent pas inaperçues.

Nicolò Barella - Finlandia-Italia - Euro 2020 qualifier - Getty Images

Crédit: Getty Images

"Il ferait la différence partout. Il a clairement le niveau pour jouer dans des clubs comme Liverpool, le Barça, le Real Madrid, le PSG... S'il dispute un grand Euro avec l'Italie, ce sera plus difficile de le garder, surtout si certaines offres arrivent sur la table. Je crois que ce serait une évolution normale de sa carrière, même si lui reste très attaché à l'Italie et la Sardaigne. Mais parfois, ce travail t'emmène ailleurs, notamment pour trouver de nouveaux objectifs. Parfois, c'est difficile de renoncer à certaines opportunités", conclut Rastelli. Du côté de l'Inter, un nouveau contrat serait en préparation pour le numéro 23, que les dirigeants lombards imaginent comme le "capitaine de demain" selon La Gazzetta dello Sport. Barella a l'étoffe pour le devenir.
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