Aurelio De Laurentiis profitait tranquillement du soleil sur son yacht, basé à proximité d'Ischia, une île volcanique du golfe de Naples. Mais le président du SSC Napoli a finalement décidé d'écourter ses vacances après le hara-kiri de son équipe, dimanche dernier, sur la pelouse d'Empoli. Alors qu'elle menait tranquillement 2-0 à dix minutes de la fin, la bande à Luciano Spalletti s'est sabordée en sept minutes, encaissant trois buts et abandonnant tout rêve de titre, longtemps entretenu cette saison. Fou furieux, le patron napolitain, toujours aussi volcanique, a alors ordonné à son capitaine de mettre le cap sur la ville du Vésuve. Après la défaite à domicile face à la Fiorentina (2-3) et le match nul contre la Roma (1-1), c'en était trop pour lui. Et qu'importe si l'objectif initial de la saison, qui était une qualification en Ligue des champions, est en passe d'être atteint.
En attendant d'arriver à bon port, "ADL" décrète un fameux "ritiro", cette parole italienne qui indique plus ou moins une mise au vert, interdisant aux joueurs de repartir à leur domicile une fois l'entraînement terminé. Edo De Laurentiis, vice-président du Napoli, valide la décision de son père. Même chose pour le directeur sportif Cristiano Giuntoli. Quant à Luciano Spalletti, l'entraîneur, il ne s'y oppose pas et se plie à la volonté de ses dirigeants. "J'avais prévu de passer voir ma mère qui habite près d'ici, mais au vu de la situation, dont je suis responsable, je rentre à Naples", prévenait d'ailleurs le technicien toscan en conférence de presse après la défaite à Empoli. La décision est officialisée en fin d'après-midi par un tweet : "Le club a décidé que l'équipe ira en ritiro à partir de mardi, jour de reprise des entraînements". Avant qu'un deuxième ne suive : "Le club précise que la décision a été prise par Spalletti et partagée par la direction". Problème, c'était l'inverse selon la presse italienne.
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Le commissaire De Laurentiis

Mis au courant de ce message, l'entraîneur de 60 ans n'accepte pas vraiment de devoir endosser la responsabilité de cette décision. Sur le train du retour, il aurait eu une discussion assez houleuse avec Edo De Laurentiis. Lundi matin, nouveau tweet du Napoli. Avec un communiqué on ne peut plus original, qui annule finalement la mise au vert initiale. Extrait : "La nouveauté, c'est que des réunions auront lieu le soir au moment des repas pour s'ouvrir plus largement à d'éventuelles critiques, problématiques, incompréhensions, qualité du jeu. Le tout pour maximiser l'excellente qualité de nos joueurs, montrée lors de la première partie de saison." Comprenez mieux : on mange ensemble et on se dit tout. Des repas qualifiés comme "thérapeutiques" pour évacuer d'éventuels non-dits. Ils sont même programmés dans un restaurant de Pozzuoli, une ville à l'ouest de Naples. Deux réservations sont effectuées : mardi soir et jeudi soir.
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Tout au long de la semaine, De Laurentiis, lui, n'a pas bougé. Le producteur de cinéma a voulu faire sentir sa présence à son équipe en assistant à tous les entraînements programmés à Castel Volturno. Veste noire sur les épaules, lunettes de soleil sur le nez et cheveux soigneusement gominés, "ADL" n'a rien manqué au bord du terrain. Debout, il a tout épié. D'abord pour comprendre les maux d'une équipe en mal de résultats mais toujours troisième du championnat. Puis, aussi, pour bien faire comprendre qui est le patron. Et que pour les salaires, c'est lui qui signe les chèques. Au point que la Repubblica Napoli l'a qualifié de vrai "commissaire" cette semaine. En parfait communicant et grand habitué des caméras, il en a également profité pour répondre aux nombreux médias présents. Avec des propos calculés au mot après, comme toujours.
Moi, je dépense 136 millions d'euros de salaires
"Je demande pardon aux tifosi pour la défaite à Empoli, lâchait-il à Sky Italia. Je suis de retour à Castel Volturno après huit mois, non pas d'absence, mais de silence. Quand je suis arrivé en début de semaine, j'ai voulu parler avec l'entraîneur et le staff. A un moment, j'ai dit : "Messieurs, si nous continuons comme ça, nous n'irons nulle part" (...) La mise au vert ? Cela appartient à un monde archaïque et passé. Je préfère plutôt parler devant une assiette et un verre de vin. Et demander à mes joueurs : "Qu'est-ce qui ne va pas, les gars ?" (...) J'ai tenu à faire un discours détendu et de confiance devant tout le monde." Mais ça, c'était pour la carotte. Car le bâton n'est jamais très loin avec De Laurentiis.
"Il y a des choses que je ne peux pas accepter, expliquait-il. Les équipes que nous affrontons semblent plus brillantes et mieux préparées que nous. Moi, je dépense 136 millions d'euros de salaires, alors que l'AC Milan est, je crois, à 96 millions (...) Entre le Covid et les transferts effectués avant et durant la pandémie, nous sommes en dehors des clous de 220 millions."
Enfin, concernant les fameux repas thérapeutiques, le président napolitain s'est félicité de l'expérience. "Il y avait quatre tables de joueurs, à chacune nous nous sommes échangés des opinions, des idées, puis nous sommes tous partis dormir", a-t-il raconté, assurant au passage que Luciano Spalletti n'est pas en danger. En effet, de récentes dissensions sont apparues entre les deux. "ADL" a publiquement reproché à son entraîneur certains changements en cours de match, avant de calmer les choses en coulisses, probablement conscient que son équipe est toujours troisième et qu'elle est en passe de retrouver la C1.
Méfiance, toutefois. Avec Naples, rien ne se passe jamais comme prévu. L'équipe est à l'image de la ville, bercée par les émotions. C'est ce qui fait son charme, comme cet amour passionnel et unique vécu avec Diego Armando Maradona, mais qui peut aussi causer à sa perte. La gestion nerveuse reste capitale dans la quête d'un titre, dans un sens comme dans d'autre. Pas trop d'euphorie après une victoire, pas trop de déception après une défaite. En plus d'être conscient que tous les clubs traversent des moments difficiles dans une saison, sans forcément tomber toutefois dans le psychodrame. Après Naples-Roma (1-1), par exemple, le capitaine Lorenzo Insigne est sorti de la pelouse en larmes, alors que le titre était encore largement jouable.

"Un manque de fondations solides"

Des exemples comme celui-là, il y en a des tonnes. L'un des plus flagrants reste celui de la saison 2017-2018, terminée au deuxième rang avec 91 points, un record. Le Napoli était alors guidé par Maurizio Sarri, qui lui faisait produire un jeu exceptionnel. Lors de la 34e journée, le club parthénopéen réalise l'exploit en s'imposant sur la pelouse de la Juve (0-1) avec un énorme coup de tête de Kalidou Koulibaly, permettant aux siens de revenir à un petit point du leader à trois journées de la fin. La folie s'empare de Naples : feux d'artifices, klaxons et cortèges dans toute la ville. Mais une semaine plus tard, tout s'écroule. Menée à Milan, la Juve renverse l'Inter sur le fil (2-3) juste avant que le Napoli ne débute son match contre la Fiorentina. Sonnée par la victoire de son concurrent, l'équipe de Sarri s'incline sèchement (3-0) et dit adieu au titre.
"On a perdu le scudetto à l'hôtel", révèlera un peu plus tard le technicien. Certes, les tifosi auront vécu bien des émotions lors de cet exercice. Mais au final, le scudetto a fini sa course à Turin et dans le Nord. Une habitude depuis 2001, dernière année où un club du Sud est parvenu à rafler la mise avec l'AS Rome. Depuis, Juve, Inter et Milan se partagent le butin. Un hasard ? Pas vraiment, puisque les clubs romains sont également sujets à des émotions souvent fatales.

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"Le Napoli n'a peut-être pas assez de fondations solides comme une maison doit en avoir, nous explique Vincenzo Credendino, journaliste de la chaîne de télévision Calcio Napoli 24. Le club a un président, mais il manque de figures importantes qui puissent faire raccord avec le groupe, en plus d'un manque de structures. Ce sont des petites choses que des très grands clubs possèdent, mais pas le Napoli. Quand tu n'as pas une structure importante et que les choses se font sérieuses, l'équipe s'écroule dans le moment décisif. La ville est émotive, mais une base solide permettrait de gérer tout ça. Ce n'est pas un hasard si tous les entraîneurs après Sarri finissent par avoir des difficultés : Ancelotti, Gattuso, Spalletti... Quand tout va bien, l'entraîneur est un dieu. Et quand tout va mal, tout est de sa faute. Le dernier coach capable de faire bloc, c'est justement Sarri, qui n'avait pas vraiment une relation idyllique avec De Laurentiis lors de ses derniers mois..."
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