Paolo Maldini a toujours eu un don pour l'anticipation. Sur le terrain, durant sa longue et exceptionnelle carrière, le légendaire numéro 3 de l'AC Milan en avait d'ailleurs fait l'un de ses domaines de prédilection. Mais depuis qu'il a abandonné le short et les crampons pour le costume, le quintuple vainqueur de la Ligue des champions n'a visiblement rien perdu. Désormais directeur technique du club lombard, l'ancien capitaine milanais est en charge, notamment, de gérer le mercato. Avec plusieurs collaborateurs, évidemment, en plus de son bras droit plus expérimenté Frédéric Massara.
En fin de saison dernière, le binôme a notamment dû régler le cas de Gianluigi Donnarumma, en fin de contrat et qui ne souhaitait pas prolonger aux conditions de son club. Les mois passaient, les semaines défilaient, et Maldini a décidé d'en finir définitivement. Face à l'impasse, il n'y avait plus rien à faire. En coulisses, et sans jamais rien laisser filtrer, l'ex-international italien bouclait l'arrivée de Mike Maignan, après avoir trouvé un accord avec le LOSC pour 12 millions d'euros, plus quelques bonus. Deux jours après le dernier match de Serie A, synonyme de qualification en Ligue des champions, le transfert était officialisé, sans même que le départ de Donnarumma ne soit acté, prenant même de court le futur gardien du PSG. Mais Milan avait décidé de dire "stop", persuadé que l'international français pourrait prendre la relève. Bien vu.
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Magic Mike

Après cinq saisons et demi passées entre les gants de "Gigio", les Rossoneri sont donc désormais entre celles de "Magic Mike". Ou "Iron Mike". Il y en a pour tous les goûts. Depuis son arrivée, Maignan possède en effet une montagne de surnoms dans la presse italienne, qui se montre dithyrambique avec le portier de 26 ans. Le plus impressionnant ? "Sa personnalité", répondait récemment Villiam Vecchi, ancien entraîneur historique des gardiens du club lombard, à Radio Sportiva. Alors qu'il continue l'apprentissage de la langue de Dante en coulisses, Maignan semble déjà comme chez lui dans la cage milanaise. "Mike motive ses coéquipiers, se fait entendre sur les coups de pied arrêtés, n'hésite pas à crier quand il le faut", écrivait La Gazzetta dello Sport, jeudi, après sa grande prestation à Anfield face à Liverpool en Ligue des champions.
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Malgré la défaite et les trois buts encaissés (3-2), Maignan a permis aux siens, de retour en C1 après sept ans, de maintenir le cap malgré les vagues anglaises, récurrentes, incessantes et d'une violence inouïe. Sans lui, il n'est pas certain que la noyade aurait été évitée. Serein, imposant, celui qui a été formé au PSG n'a peur de rien. "Il s'intègre très bien, confiait récemment son entraîneur Stefano Pioli. J'aime sa mentalité et son envie d'apprendre. J'apprécie beaucoup sa capacité à alterner le jeu court et le jeu long. Cela donne une nouvelle possibilité de jeu si l'adversaire vient nous chercher haut. Il doit être lucide et capable de trouver les bonnes solutions en fonction des moments d'un match (...) Je suis content de sa manière de travailler. C'est un gardien disponible, curieux, volontaire et très fort". Un sentiment partagé par tous au sein du club lombard. Entraîneur et dirigeants sont d'ailleurs persuadés qu'il peut encore progresser. Nelson Dida, ex-portier de l'AC Milan (2000-2010) et désormais préparateur des gardiens du côté des Rossoneri, aussi.
Donnarumma, qui ?
Après une présaison réussie et de bons débuts en Serie A, Maignan a donc brillé en C1. S'il n'est pas vraiment irréprochable sur le deuxième but des Reds, le gardien français a arrêté un nouveau penalty. Cette fois, c'est Mohamed Salah qui s'est heurté à celui qui devient un spécialiste de la discipline. Durant l'été, Gareth Bale avait lui aussi manqué sa tentative lors d'un match amical entre le Real Madrid et Milan. Le bilan est limpide : 11 arrêts sur les 34 tentatives subies depuis le début de sa carrière, soit un pourcentage de 32% d'efficacité. "Ses deux mains font des miracles (...) C'est un vrai numéro 1, qui peut devenir un vrai leader de cette équipe", estimait La Gazzetta dello Sport, pendant que Tuttosport annonçait qu'une "étoile" était née, parlant littéralement d'un "phénomène".
Bien malgré lui, "Magic Mike" se voit régulièrement comparé à Donnarumma dans la presse transalpine, chagrinée par la situation du meilleur joueur de l'Euro 2020, relégué (pour l'instant) sur le banc à Paris. Mercredi, pendant que l'un était titularisé sur la pelouse mythique d'Anfield, l'autre, qui rêve de disputer un match de C1 depuis des années, se voyait contraint de s'asseoir sur le banc du côté de Bruges. Le paradoxe pour celui qui a passé presque une décennie en Lombardie, mais parti pour une question de "projet" et "d'ambitions différentes". "Donnarumma peut bien rester à Paris, Milan a trouvé son nouveau gardien", écrivait sans pitié Tuttosport jeudi. "Donnarumma, qui c'est ?", s'interrogeait même ironiquement La Repubblica, estimant que Maignan faisait bien plus qu'assurer la relève de "Gigio".

Le futur des Bleus ?

"Au-delà de l'aspect technique, on a l'impression d'avoir aujourd'hui un gardien du présent et du futur, estime-t-on du côté du club. Avec Donnarumma, c'était un combat perpétuel en coulisses pour savoir s'il prolongerait ou non. Tout le monde ressentait, malheureusement, que l'histoire se terminerait un jour ou l'autre. Plus qu'à Milan, c'est un joueur qui appartenait et appartient toujours à son agent (Mino Raiola, ndlr). Et tous les quatre ans, plus ou moins, tu dois le racheter à cette entité. Même lors de la signature de son premier contrat professionnel, les négociations avaient été féroces, avec le Bayern Munich qui faisait le forcing pour le recruter. Gigio était adoré de tous ici, c'était un enfant du club. On l'a fait grandir, on l'a mis dans les meilleures dispositions possibles et on a tout fait pour le garder. Mais au final, ce n'était plus possible. Avec Maignan, qui a été enthousiaste dès les premiers contacts, tout le monde est plus tranquille."
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Également courtisé par l'AS Rome cet été, le champion de France n'a pas hésité une seconde à rejoindre son club actuel. "C'est vrai qu'il y a eu quelque chose, confirmait-il lors de sa conférence de presse de présentation. Mais les négociations avec Milan étaient déjà en cours, puis elles ont rapidement abouti." Sous contrat jusqu'en 2026 avec les Rossoneri, Maignan espère désormais convaincre Didier Deschamps de lui laisser les clefs de l'équipe de France. Même si Hugo Lloris, capitaine et deuxième joueur le plus capé de l'histoire de l'équipe de France, ne semble pas vraiment menacé à court terme.
"Être N.1 ? Je ne me suis jamais posé la question, admettait Maignan après le sacre avec le LOSC la saison dernière. On est dans la même équipe. Je ne suis pas là pour faire de la concurrence à Hugo (Lloris) ou Steve (Mandanda). C'est une entraide, pas une compétition. Je ne cherche pas les statuts." Lors du dernier rassemblement, "DD" avait toutefois assuré que Maignan était désormais "le numéro 2" des Bleus, devant Steve Mandanda et derrière Hugo Lloris. Mais pour combien de temps encore ?
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