Stade Santiago Bernabeu, 22 mai 2010. Quarante-cinq ans après son dernier triomphe en Ligue des champions, l'Inter Milan retrouve le toit de l'Europe après sa victoire face au Bayern Munich (2-0), signée de l'inévitable Diego Milito. La soirée est pleine d'émotions pour les Nerazzurri. Massimo Moratti, le président, savoure sa première Coupe aux grandes oreilles après des années à en avoir rêvé. Même sentiment pour Javier Zanetti, le capitaine historique. Les festivités s'éternisent logiquement sur le pré madrilène. José Mourinho, le grand artificier de cette incroyable saison couronnée d'un "triplete" (Serie A- Coppa Italia - C1) historique pour le football italien, est quant à lui habité par des émotions contrastées. Oui, il vient d'écrire une page indélébile d'un club pour qui le coup de foudre a été réciproque. Mais il s'apprête aussi à le quitter, deux ans après son arrivée, pour le Real.
Dans la nuit claire de Madrid, le Special One se prépare alors à quitter le Bernabeu après avoir remporté la deuxième C1 de sa carrière. Pas avec ses joueurs, mais à bord d'une voiture personnelle. Le temps de saluer une dernière fois tout le monde, le "Mou" monte à l'intérieur et se dirige vers la sortie des sous-sols de l'enceinte madrilène. Mais quelques secondes plus tard, il en ressort pour foncer vers le bus blanc et bleu de celle qui est encore son équipe. Un homme se trouve alors juste à côté, seul sur le trottoir et appuyé contre un mur. Il s'agit de Marco Materazzi. Mourinho le voit et marche dans sa direction. Les deux se prennent dans les bras pendant une vingtaine de secondes. L'étreinte est aussi forte que le lien qui les unit. Puis le Portugais s'en va, le visage marqué par la tristesse et les yeux par les larmes. Son histoire avec l'Inter se termine au terme de sa plus belle nuit. Déchirant.
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J'ai appelé mon fils José
Depuis, bien des années ont passé. Mais l'Inter n'a jamais oublié Mourinho. Et Mourinho n'a jamais oublié l'Inter. Ils ont même songé, parfois, à se retrouver. Mais rien n'y a fait. Pour la première fois, leurs routes vont se recroiser dans une compétition officielle. Ce samedi, le club lombard se déplace en effet sur la pelouse de l'AS Rome, entraînée par le Special One depuis cette saison. Forcément un moment particulier pour lui, qui a préféré ne pas s'exprimer en conférence de presse vendredi. Probablement plus pour analyser la dernière défaite contre Bologne (1-0), ponctuée de plusieurs erreurs arbitrales selon lui, que pour les questions probables sur son ancienne équipe. Tout le monde connaît le lien unique qui unit le "Mou", l'Inter et ses tifosi. L'un de ses plus célèbres, le présentateur italien Amadeus, l'a symbolisé en une anecdote.
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"J'avais décidé d'appeler mon fils José après avoir croisé Mourinho dans un avion en provenance de Lisbonne, a-t-il confié à La Gazzetta dello Sport cette semaine. Il venait de signer avec l'Inter. J'ai tout de suite ressenti son charisme, sa personnalité. Il était fascinant. Ma femme était enceinte et je lui ai dit : "Si c'est un garçon, ce sera José". Au final, elle a cédé (rires). Il a laissé beaucoup de choses à l'Inter. Son affection, sa passion... C'est une relation qui reste et restera avec le temps." Tout comme lui, des milliers de tifosi de l'Inter ont d'ores et déjà réservé leur week-end du 24 avril prochain. Pourquoi ? Pour fêter le retour du vainqueur du Triplete à Giuseppe Meazza. Il s'annonce exceptionnel.

Des menottes à la course au Camp Nou

Si José Mourinho a assuré qu'il contiendrait ses émotions ce samedi, difficile pour lui de ne pas rouvrir l'album à souvenirs. Avec l'Inter, ils sont nombreux et indélébiles. Parfois cultes, aussi. Comment oublier, par exemple, ce 4 juin 2008, date de présentation officielle avec le club lombard ? "L'Italien ? Je l'ai appris rapidement car je suis intelligent. C'est une langue latine, et je parle portugais et espagnol, alors ce n'est pas trop difficile de l'apprendre. Je ne suis pas une "pirla" (qui signifie, plus ou moins, être un "con", ndlr)", lâche-t-il. Ou encore sa course inoubliable vers Maicon, le 20 décembre de la même année, lors d'une victoire in extremis (1-2) à Sienne ? Toujours habile avec les médias, le Portugais avait profité d'une conférence de presse, le 3 mars 2009, pour se moquer de ses équipes rivales. "La Roma, qui a de grands joueurs, finira la saison "zero tituli" (zéro titre, ndlr). Milan, zéro tituli." Autant vous dire que ce "zéro tituli", prononcé dans un italo-portugais quasi parfait, avait provoqué une déferlante de réactions. Et de polémiques, aussi.
Le "Special One" était alors vraiment spécial. Personne n'a oublié son geste des menottes lors d'un Inter-Sampdoria de février 2010 après les expulsions de Walter Samuel et Ivan Cordoba. Comme pour indiquer que l'arbitrage italien prenait en otage son club. Deux mois plus tard, le technicien portugais qualifie l'Inter en finale de la Ligue des champions après avoir éliminé le FC Barcelone (3-1 à l'aller) au terme d'un match retour dramatique et héroïque, à onze contre dix pendant plus de soixante minutes. Mais les Nerazzurri serrent les dents, se barricadent et s'inclinent seulement 1-0. Au coup de sifflet final, Mourinho célèbre avec une course complètement folle sur le terrain du Camp Nou. Le doigt levé vers le secteur où se trouve ses tifosi. Víctor Valdés, le gardien des Blaugrana, part alors à sa rencontre pour le stopper. Mais le Portugais, presque dans un état second, s'en moque et continue. Rien ne pouvait l'arrêter. A cette époque, lui et les siens dégageaient un sentiment de puissance presque insurmontable pour n'importe quel adversaire. En Italie comme en Europe.
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C'était ça, le Mourinho de l'Inter. Piquant et cinglant pour ses adversaires. Distrayant et amusant pour la presse. Leader, meneur et guide pour les siens. C'était lui et ses joueurs contre le reste du monde. "J'ai tout de suite ressenti, ici, le bruit des ennemis. J'aime ça. J'ai une opinion et tout de suite, boum, le bruit des ennemis. C'est quelque chose qui me plaît", confiait-il à l'été 2009, juste avant de démarrer la fameuse saison du "triplete". Ce samedi, pour la première fois, l'Inter sera son adversaire. Mais certainement pas son ennemie.
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