Eurosport
Serie A - Huit victoires, une défense de fer : La Juve de Massimililiano Allegri ou l'histoire d'un paradoxe
Par
Publié 12/01/2023 à 00:06 GMT+1
SERIE A - La Juventus joue peut-être mal. La Juve est peut-être ennuyeuse. Mais la Juve de Massimiliano Allegri gagne, encore et encore. Après un début de saison cauchemardesque, la Vieille Dame, qui possède la meilleure défense du championnat, vient d'enchaîner huit victoires. Elle se prépare maintenant à affronter le Napoli, leader, ce vendredi soir, en tant que dauphin. Qui l'eût cru ?
Massimiliano Allegri sorride in panchina, Verona-Juventus
Crédit: Getty Images
"Vincere non è importante, è l'unica cosa che conta". Gagner n'est pas important, c'est la seule chose qui compte. Signé de la légende Gian Piero Boniperti, cet adage n'a probablement jamais été autant respecté à la Juventus. Merci qui ? Merci Massimiliano Allegri. Critiqué, sifflé, appelé à démissionner par une grande partie des tifosi en début de saison, l'entraîneur toscan a su renverser la tendance. Des résultats, pas de sa popularité, toujours en délicatesse du côté de l'Allianz Stadium. Sa recette ? Toujours la même. Gagner, gagner et gagner, qu'importe la manière. Sa philosophie ? Celle de toujours, le "corto muso".
Piqûre de rappel pour les retardataires, avec un extrait de sa conférence de presse légendaire en avril 2019 après une défaite contre la Spal : "Tu as des notions en hippisme (au journaliste, ndlr) ? Avec les chevaux, il suffit d'avoir simplement le nez devant, pas besoin de 100 mètres. Photo, nez devant, c'est simple. Celui qui perd d'un "corto muso" est deuxième, celui qui gagne est premier. Ce ne sera pas marqué 'j'ai gagné de 30 mètres'. Corto muso".
Tristement éliminée de la Ligue des champions en octobre dernier, à la traîne en championnat, la Juve de Max Allegri a donc fait son grand retour depuis quelques mois, à sa façon. Huit victoires lors des huit dernières journées, aucun but encaissé depuis 756 minutes, six buts inscrits après la 85e minute : la Vieille Dame s'est refait une beauté. Mieux, avec 12 clean sheets depuis le début de saison, elle se rapproche du record de Cagliari qui, lors de la saison 1966-1967, en avait réalisé 13 lors des 17 premières journées. Avec cette remontée fantastique, les Bianconeri se déplacent à Naples, ce vendredi soir, en tant que dauphin du leader, ex æquo avec l'AC Milan. Et avec un gros coup à frapper, puisque seulement sept points séparent les deux formations. En cas de succès, la première place ne serait donc plus qu'à quatre petites longueurs.
Tout le paradoxe de cette Juve-là réside entre la production et le résultat. Dans le contenu, elle n'emballe personne, doux euphémisme. "Elle est moche, chanceuse mais surtout gagnante", résumait le quotidien piémontais La Stampa après le succès arraché sur la pelouse de la Cremonese la semaine passée. Une Juve moche, et alors ? "Je préfère une Juve moche et gagnante que mignonne et perdante", lâchait Allegri il y a presque un an, après un match face à Villarreal. Avec cinq victoires 1-0, son équipe est celle qui est le plus imposée sur ce score dans les cinq grands championnats lors de la saison 2022-2023. Même les tifosi, qui auraient pourtant de quoi être heureux au vu des résultats, ont du mal à s'y faire
"Une Juve moche qui gagne ne se change pas", plaisantait le quotidien Il Giornale cette semaine. Dans cette série de huit victoires, elle a toutefois eu raison de grosses cylindrées comme l'Inter Milan (2-0) début novembre ou encore la Lazio Rome (3-0), preuve qu'elle sait aussi élever son niveau quand celui de l'adversaire le requiert. Pour beaucoup, le rendement de sa saison rappelle de plus en plus celui affiché en 2015-2016. Après des débuts difficiles, la Juve avait remporté le scudetto après avoir enregistré 25 victoires en 26 matches, dont 9 lors de la phase aller. Son entraîneur de l'époque ? Massimiliano Allegri, évidemment.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2022/12/22/3513258.jpg)
Massimiliano Allegri, Juventus
Crédit: Getty Images
Même si quelques différences sur la manière de défendre sont notoires : la hauteur du bloc (37 mètres contre 33 actuellement), le pourcentage de duels gagnés (60 % contre 56%) et les tirs concédés. A l'époque, la BBC (Barzagli, Bonucci, Chiellini) défendait plus haut et de manière plus agressive. Aujourd'hui, les Bianconeri concèdent beaucoup de tirs, seulement devancés par la Spezia, Empoli, la Cremonese, Vérone et la Salernitana dans ce classement. Mais sa stratégie, qui consiste à laisser le ballon et l'initiative du jeu, au point de concéder beaucoup de passes à son adversaire (Lecce est la seule équipe à faire pire), lui permet de protéger sa cage.
En jetant un coup d'œil au classement des tirs cadrés concédés, la Juve, toujours très basse dans la phase sans ballon (la hauteur du bloc moyen de ses interventions défensives est le 14e de Serie A), se classe troisième derrière la Roma et le Napoli. "Mais ce n'est pas seulement une équipe passive (...) Une fois réfugiée dans sa moitié de terrain, elle comprime parfaitement les espaces et remporte les duels, puisque seul Milan en gagne plus", écrivait le site Ultimo Uomo mardi.
La meilleure défense du championnat
C'est peu dire, donc, que la Juve est devenue une vraie forteresse. Avec 7 buts encaissés (dont 6 sur action), elle possède la meilleure défense du championnat malgré ses 19,8 Expected Goals concédés en 17 journées. Pour résumer : les adversaires des Bianconeri ont des occasions, oui, mais ne parviennent pas à marquer. Par exemple, la Cremonese, promue en Serie A, avait frappé le poteau à deux reprises mercredi dernier, inscrivant même deux buts... finalement annulés. "Il n'avait pas besoin du 3-5-1-1, avec un seul attaquant, contre une équipe qui n'a jamais gagné cette saison (...) Il fait rentrer ensuite les poids lourds, change le match et gagne, mais il peut remercier la chance. Ce n'est pas une Juve mémorable, mais tout l'inverse", estimera La Gazzetta dello Sport le lendemain. Du petit lait pour l'entraîneur toscan. Pour lui, (re)gagner de cette façon serait presque devenu un art, une façon de repousser un peu plus les limites de sa philosophie. Lui y prend un plaisir fou à l'heure où les "philosophes" et les "théoriciens", comme il les appelle, prennent toujours plus de place dans le monde du foot.
Pour permettre à sa stratégie diabolique de fonctionner, Allegri peut aussi compter sur Wojciech Szczesny, son gardien. Avec un pourcentage d'arrêts très élevé (89%) et la plus grande différence du championnat entre buts subis et buts qu'il aurait dû subir, le portier polonais affiche les meilleures statistiques de Serie A. Le site Ultimo Uomo rappelle que les Expected Goals des tirs cadrés indiquent une différence de +3. "En gros, n'importe quel autre gardien mis dans les conditions de Szczesny aurait encaissé 3 buts de plus que lui", peut-on lire.
Dans l'attente des retours des nombreux blessés (Pogba, Vlahovic, Cuadrado...) et la mise en route définitive de certains (Di Maria, Chiesa...), Massimiliano Allegri ne compte certainement pas changer son fusil d'épaule. Même après, d'ailleurs. Pas vraiment fan de la jeunesse, en témoigne les recrues du dernier mercato, il pourra toutefois se targuer d'avoir aligné son plus jeune onze de la saison mercredi dernier avec une moyenne d'âge de 25 ans et 396 jours. Une aubaine pour les belles promesses comme Fabio Miretti (2003), Matias Soulé (2003) et Nicolò Fagioli (2001), les vraies satisfactions des tifosi cette saison. Presque plus que les victoires. Finalement, il n'y aurait peut-être pas que ça qui compte...
Publicité
Publicité