Napoli I Antonio Conte, l'éternel syndrome, l'éternelle limite

Eurosport sur Google

La tempête à Naples. Dimanche, au sortir de la défaite de son équipe à Bologne (2-0), Antonio Conte a une nouvelle fois dégoupillé en conférence de presse, laissant ainsi planer l'ombre d'un possible départ si la situation venait à empirer, ou tout simplement ne pas s'améliorer. Une constante au cours de sa carrière d'entraîneur, et un syndrome qui se répète toujours lors de sa deuxième saison.

"Pas envie d'accompagner des morts" : Conte, le coup de pression

Video credit: Eurosport

Dans la salle de presse du Dall'Ara, le stade historique de Bologne, l'attente est aussi palpable que la tension. Téléphones rechargés, ordinateurs allumés... Tous les journalistes sont aux aguets et prêts à dégainer. Il ne manque plus celui que tout le monde attend après la défaite sans appel (2-0) du Napoli, champion d'Italie, en ce dimanche après-midi : Antonio Conte. Jamais banal, souvent abrupt, le technicien de 56 ans a toujours fait de sa communication une arme létale. Qu'elle plaise ou non. C'est à prendre ou à laisser pour le club qui décide de miser sur lui.
Conte est du genre à être direct, frontal, presque irrévérencieux. Avec ses adversaires comme ses propres dirigeants. Il calcule chacune ses phrases, pèse chacun de ses mots. Pour que les destinataires les reçoivent bien comme il faut. "Avec mes déclarations, certains font des émissions entières", balançait-il récemment, bien conscient de l'écho que font régulièrement ses propos. Alors, après la cinquième défaite de son équipe cette saison toutes compétitions confondues (contre quatre sur toute la saison dernière), l'ancien international italien avait bien des choses à dire. Les micros sont allumés, le show peut commencer au Dall'Ara.
"Je ne veux pas accompagner un mort", "Je n'ai pas réussi à entrer dans les têtes et dans les cœurs", "Nous ne sommes pas une équipe", "Je dois parler au club", "Certains joueurs pensent plus à leur cas personnel qu'à l'intérêt collectif" : Antonio Conte ne trahit pas les attentes. Les journalistes, eux, n'ont plus qu'à choisir la phrase qui fera les gros titres, avec une préférence quand même pour la première citée.
À 18h11, La Gazzetta dello Sport, principal quotidien sportif en Italie, décide d'envoyer à tous ses abonnés une notification pour les prévenir de la tempête en cours chez le champion : "Naples, Conte : 'Il manque l'énergie de l'année dernière. Peut-être que je ne fais pas du bon boulot...'" Car oui, pour une fois, il a aussi assumé ses responsabilités, reconnaissant "ne pas réussir à inverser la tendance des résultats et des prestations depuis quatre mois". Dans le vestiaire, il aurait même eu une confrontation très dure avec ses joueurs.

Trop de recrues pour lui

Pour sa deuxième saison sous le Vésuve, l'ancien entraîneur de la Juventus (2011-14), la Nazionale (2014-16), Chelsea (2016-18), l'Inter Milan (2019-21) et Tottenham (2021-23) se veut plus pyromane que jamais. Après l'humiliation reçue à Endhoven face au PSV (6-2) en Ligue des champions, la pire défaite de sa carrière, il s'en était pris cette fois au mercato de ses dirigeants. Pour lui, avec neuf arrivées estivales pour 115 millions d'euros, Naples a... trop recruté. "Intégrer neuf joueurs dans un vestiaire, ce n'est pas simple", avait-il avancé, avant de pointer du doigt, sans les nommer, l'attitude de certaines de ces recrues les exhortant à "s'intégrer avec humilité et en silence". Boum.
Il rappelait également que la saison dernière, avec un seul match par semaine (Naples n'était pas qualifié pour une coupe européenne), ses troupes, moins nombreuses et plus compactes, avaient su se mettre en ordre de marche avec un seul objectif en tête : le titre. "Et on l'a remporté de manière extraordinaire (...) On doit retrouver l'état d'esprit qu'on avait la saison dernière : personne n'avait d'objectif personnel, personne ne faisait preuve d'égoïsme et il y avait une seule vision, servir le Napoli. On doit redevenir le Napoli (...) Cette saison sera plus difficile que celle du titre, je l'ai toujours dit", ajoutait-il. Quatre jours plus tard, après la belle victoire des siens face à l'Inter (3-1), il s'en prenait cette fois à Giuseppe Marotta, pourtant son ancien directeur sportif à la Juve et l'Inter, coupable selon lui d'une sortie déplacée contre l'arbitrage après la rencontre.
"Quand des présidents se présentent devant les micros, ils pensent pouvoir donner une certaine direction. On ne se plaint pas mais on fait attention, nous ne sommes pas fous. Si quelqu'un veut envoyer des messages importants, cela ne va pas. Nous restons tranquilles et confiants envers les arbitres, en espérant que certaines critiques ne les conditionneront pas", lançait-il de manière suspicieuse. Plus récemment, il estimait encore que son équipe "dérangeait" médiatiquement. "Voir le Napoli tout là-haut, ça en embête certains", déplorait-il un brin paranoïaque.
À Naples aussi, Antonio Conte va-t-il être rattrapé définitivement par son syndrome des deuxièmes saisons qui tournent mal ? L'abrasif technicien n'a jamais passé plus de deux saisons entières à chacun de ses postes depuis son passage à la Juve. C'est tout le paradoxe qui entoure l'un des coachs les plus victorieux du football transalpin, lui qui tourne à une moyenne 2,23 pts/match en Serie A (237 rencontres à son actif).
S'il possède indéniablement cette capacité à redresser des situations désespérées (il a récupéré la Juve 7e, Naples 10e), ses histoires se terminent toujours vite et mal. Et ses détracteurs n'hésitent jamais à lui rappeler son triste bilan en Ligue des champions (trois éliminations en poules, un quart et deux 8es, seulement 8 victoires lors de ses 30 derniers matches), sa manie de souvent repousser la faute sur autrui (dirigeants, joueurs, arbitres...) quand les choses se compliquent, ses méthodes intransigeantes et énergivores, physiquement comme mentalement, et certains clashs avec certains de ses tauliers (Lautaro Martinez à l'Inter, De Bruyne à Naples...).
"C'est peut-être pour ça qu'il n'y arrive pas en Europe. Avec un match par semaine, sa gestion et sa préparation physique peuvent passer. Mais avec être que les deux, peut-être que les piles commencent à se décharger...", jugeait l'expérimenté journaliste transalpin Bruno Longhi sur Radio Sportiva lundi.

L'entraîneur le mieux payé de Serie A

À la Juve, après trois saisons couronnées de trois titres, Conte avait claqué la porte en pleine préparation estivale, remettant en cause le manque de dépenses sur le mercato de ses dirigeants de l'époque. À Chelsea, son vestiaire était en lambeaux et sa deuxième saison concordait avec des blessures en cascade. À l'Inter, en 2021, il préférait quitter un navire qui commençait à tanguer selon lui, notamment financièrement, avec les départs programmés de Romelu Lukaku et Achraf Hakimi. À Tottenham, il qualifiait ses joueurs "d’égoïstes" après un nul contre Southampton ("Je vois des joueurs égoïstes, des joueurs qui ne veulent pas s'entraider et qui ne mettent pas leur cœur à l'ouvrage") et rappelait que "c'est ça l’histoire de Tottenham : depuis 20 ans, le club n’a rien gagné". À Naples, hormis les turbulences du moment, son départ semblait quasi acté une fois le titre en poche, avant finalement de se laisser convaincre par son président et ses proches.
picture

Mais pourquoi Conte fait-il encore tout pour se faire virer ?

Video credit: Eurosport

Et maintenant ? Selon Il Mattino, un face à face est prévu avec son président Aurelio De Laurentiis cette semaine. Si la confiance du fantasque président napolitain envers son entraîneur est intacte, ce dernier n'exclurait aucun scénario, même celui d'un départ. Vraie menace ou simple tentative de créer un électrochoc ? "Ce rendez-vous servira pour comprendre s'il est possible de continuer et comment. Les parties analyseront dans le détail chaque aspect de ce moment compliqué. Conte veut que tous prennent leurs responsabilités, il voit que son équipe est éteinte", écrivait de son côté le journaliste italien Matteo Moretto, toujours bien informé. Rappelons que Conte est l'entraîneur le plus payé du championnat italien, avec un salaire net de 8 millions d'euros par an, devant Massimiliano Allegri et Gian Piero Gasperini, qui touchent 5 millions d'euros respectivement à l'AC Milan et l'AS Rome.
"Je peine vraiment à comprendre l'exutoire de dimanche (en conférence de presse) d'un entraîneur aussi important, lâchait Ottavio Bianchi, légendaire entraîneur du Napoli (1985-1989 puis 1992-1993), à l'ANSA lundi. C'est vrai que la prestation à Bologne n'a pas été bonne, mais toutes les équipes sont en difficulté en ce moment. Si un entraîneur expérimenté comme lui ne parvient pas à bien utiliser son banc et ses recrues, c'est qu'il y a un problème quelque part..." "Conte est un gagnant, et c'est pour cela qu'on gêne. Quand il arrive dans une équipe comme la nôtre, il fait peur aux autres. J'espère ne jamais l'avoir comme adversaire car c'est un entraîneur qui change l'équilibre d'un championnat", tempérait le directeur sportif napolitain, Giovanni Manna, dimanche. Mais ça, c'était avant l'arrivée de son coach dans la salle de presse du Dall'Ara...
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité