Affronter le Real Madrid dans une finale a beau être prestigieux au premier abord, ce n’est jamais un cadeau. Dans toute son histoire, le club de la capitale espagnole a atteint seize fois la finale de la Ligue des Champions, anciennement nommée coupe d’Europe des clubs champions. À ce stade de la plus prestigieuse des coupes européennes, les Madrilènes affichent un bilan terrifiant de treize victoires pour seulement trois défaites. En revanche, leur bilan reste moins tranchant à l’échelle nationale. Sur trente-neuf finales de coupe d’Espagne, les Madrilènes en ont gagné un peu moins de la moitié avec dix-neuf trophées. Et l’Athletic Club a joué un rôle majeur dans ce bilan négatif.

Cinq victoires à zéro pour l’Athletic depuis 1916

En supercoupe d’Espagne, la moisson merengue est plus honorable avec dix succès en quinze finales. Mais dans les faits, l’Athletic se mue en bête noire de la Maison Blanche au moment d’entamer la dernière marche avant l’accession au titre. En neuf confrontations directes, les Leones se sont imposés six fois dont cinq fois consécutivement en 1916, 1930, 1933, 1943 et 1958. Depuis cette dernière date, les deux équipes ne se sont plus jamais affrontées en finale. En revanche, la dernière opposition entre les deux équipes dans une supercoupe d’Espagne remonte à… 2021, lorsque les Basques ont pris le meilleur sur le Real en demi-finale de la compétition (2-1), le tout avant de soulever le trophée face au FC Barcelone (3-2).
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Dès lors, comment l’Athletic Club parvient-il à aussi bien dompter le Real dans une compétition à élimination directe ? La réponse se trouve, comme très souvent, dans les racines du club. "Nous avons remporté trente-cinq titres en cent-vingt ans d’existence, mais les tournois les plus longs sont ceux qui nécessitent le plus un effectif riche et de qualité, a expliqué Aitor Elizegi, actuel président de l’Athletic Club, dans un entretien accordé au site SO FOOT en février dernier. Notre ADN est plus adapté à des tournois courts pour le tout ou rien, car vingt-sept de nos trophées sont issus de ce format-là. Nous sommes à l’aise quand vient le moment de lutter dans une prolongation ou des tirs au but, car cela véhicule des valeurs proches de notre identité."

Muniain et Vrsaljko durant Atlético-Athletic en demi-finale

Crédit: Getty Images

Numéro 10 de l’Athletic Club, Iker Muniain avait narré une anecdote révélatrice de ces fameuses valeurs au moment de célébrer les 50 ans de la création du centre de formation de Lezama en 2021 : "Quand je me changeais dans le vestiaire des équipes de jeunes, il y avait écrit le mot ATHLETIC en vertical, et à chaque lettre avait une signification en horizontal : Ambition, Travail, Humilité, Loyauté, Effort, Ténacité, Implication et ‘Compromiso’ (traduit par engagement)". Huit mots lourds de sens qui permettent de mieux comprendre la notion de dévouement que les jeunes footballeurs doivent être prêts à faire pour un club pas tout à fait comme les autres.

Le Vieux Classique et les meilleures confitures

Conscient de la chance qu’une finale peut apporter afin de gonfler le palmarès du club, l’Athletic Club parvient à transformer le caractère crispant d’une finale en opportunité à croquer à pleine dents. Aussi, le club doyen au Pays Basque s’accroche à sa riche histoire au moment d’affronter le Real Madrid. La rencontre entre les deux équipes, traditionnellement appelée "El Viejo Clásico" (Le Vieux Classique, en VF), constitue la deuxième rencontre la plus jouée de l’histoire du football espagnol, à seulement quelques unités derrière le mythique Real-Barça (240 contre 247 matchs officiels). Trop souvent mis dans l’ombre des deux géants du football espagnol, l’Athletic Club est en réalité le troisième titan de la Liga puisque le club forme, en compagnie du Real et du Barça, un triangle sacré ayant participé à toutes les éditions du championnat espagnol depuis sa création en 1929.
En cela, le respect des traditions devient une condition fondamentale à l’équilibre de l’institution basque. La nomination de Marcelino Garcia Toral en tant qu’entraîneur principal depuis janvier 2021 va dans ce sens. En 2019, l’entraîneur asturien était à la charge du FC Valence et parvenait à se hisser en finale de la coupe du Roi face au Barça. En coulisses, son patron singapourien Peter Lim lui demande alors d’axer les efforts de fin de saison sur le championnat dans l’optique d’une qualification en Ligue des champions synonyme d’importante entrée d’argent, quitte à mettre la finale au second plan. Mais sur le terrain, Marcelino souhaite bel et bien aligner la meilleure équipe possible pour cette prestigieuse finale. La suite lui donnera raison : dans un premier temps, Valence bat le Barça 2-1 et s’offre un trophée après onze années de disette, puis les Chés se qualifient pour la prochaine C1 sur le gong grâce à une quatrième place en championnat devant Getafe et le FC Séville.
L’Athletic appartient aux gens, aux socios, pas à un milliardaire
Malgré ce bilan positif sur tous les plans, Marcelino se retrouve pourtant limogé au mois de septembre, Lim souhaitant faire passer son ego de décisionnaire avant l’intérêt sportif du club et pensant probablement que Marcelino n’était pas irremplaçable. Trois ans plus tard, le club espagnol ne s’est pas encore remis de ce départ rocambolesque puisque les cadres de l’effectif tels que Geoffrey Kondogbia, Dani Parejo ou Kevin Gameiro sont rapidement partis, suivis par les grands espoirs Ferran Torres ou Kang-In Lee. De plus, le public de Mestalla est toujours en conflit ouvert avec le propriétaire du club.
"Ce type de modèle de gestion n’existera jamais ici, confiait Marcelino dans un entretien pour le magazine SO FOOT publié en décembre dernier. L’Athletic appartient aux gens, aux socios, pas à un milliardaire. Le club fait partie intégrante de la société basque, et c’est pour ça que les sentiments sont aussi forts. Et ça, c’est au-dessus de tout…" Dès lors, cette collaboration entre Marcelino et l’Athletic Club possède des allures de mariage parfait et les deux tourtereaux se verraient bien fêter leur premier anniversaire en conservant leur titre de vainqueur de la supercoupe en 2022. Dans le camp opposé, Carlo Ancelotti et le Real Madrid feraient bien de s’en méfier plus que de raison…

Marcelino

Crédit: Getty Images

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