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Temps additionnel allongé dans le football : un bilan, hélas, positif ?
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Publié 16/09/2023 à 00:21 GMT+2
L’extra-time à rallonge institué cette saison par l’IFAB et la FIFA est souvent décrié par bon nombre d’acteurs du football (joueurs, entraîneurs, préparateurs physiques), jusqu’à l’UEFA qui souhaite le limiter. Cet allongement du temps additionnel a pourtant généré un surcroît assez quantifiable de buts marqués et ancré dans les esprits des émotions inoubliables, qui sont l’âme du football…
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Crédit: Getty Images
Dès le Community Shield du 6 août dernier qui lançait la saison anglaise, Leandro Trossard avait brillamment acté les nouvelles dispositions prises en mars 2023 par l’IFAB (gardien des lois du jeu) et la FIFA d'allonger le temps additionnel. A Wembley, le Gunner belge avait égalisé à 1-1 face à Manchester City à la 90ème minute + 11, avant qu’Arsenal ne l’emporte aux tirs au but !
Appliquées par l’ensemble des grands championnats européens, ces nouvelles directives renouaient en fait avec celles instituées lors de la dernière coupe du monde au Qatar. On se souvient des 28 minutes de "bonheur en plus" (+14 en première mi-temps et + 14 en seconde) lors du match Angleterre-Iran, pour une durée record de 117 minutes au total, et du but le plus tardif de l'histoire du Mondial, hors prolongation, inscrit par Mehdi Taremi sur penalty à la 113ème minute…
Avant ce Mondial au Qatar, l'objectif déclaré de cette "réforme" était de se rapprocher autant que possible des 90 minutes de temps de jeu effectif, comme l’avait recommandé Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres de la FIFA, dans Le Figaro du 22 novembre 2022 : "On veut éviter les matches à 42, 43, 44 minutes de temps effectif. Donc les temps de remplacement, de penalty, de célébrations, de soins médicaux ou bien sûr de VAR, devront être compensés. Les célébrations peuvent parfois durer 90 secondes. Ce temps doit être compensé, enrespect des spectateurs et des téléspectateurs."
Du show et du business
Après le Community Shield entre Arsenal et City qui avait inauguré "le mur du cent" (105 minutes de jeu à Wembley), Pep Guardiola, Kevin De Bruyne puis Raphaël Varane, entre autres, avaient aussitôt fait part de leurs inquiétudes à propos des conséquences de cet allongement du temps additionnel sur l’intégrité physique et mentale des joueurs. Exact. Mais le finish haletant en mondovision avait merveilleusement lancé la saison internationale…
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Et c’était peut-être aussi un des buts cachés, un des non-dits de cet extra-time à rallonge souhaité par la FIFA : étirer la diffusion TV des fins de matchs en espérant un suspens maximum, des buts et des retournements spectaculaires. Du show et du business, comme le préconisait déjà en partie Andrea Agnelli, alors président de la Juventus et du Syndicat Européen des Clubs (ECA), en mars 2021 : créer un abonnement TV pour les 15 dernières minutes d'un match.
A l’instar de la NBA qui, depuis 2018, propose à ses téléspectateurs d’acheter le dernier quart d’heure des rencontres, celui du dénouement final… L’allongement du temps additionnel décidé en mars dernier s’apparenterait donc autant à une volonté réelle de se rapprocher du temps effectif, certes. Mais également à instituer un money time fertile en buts et en rebondissements ?
Plus de buts…
Et justement ! Cette "réforme" de l’extra-time à rallonge a-t-elle pu générer plus de buts ? Une petite étude effectuée sur les cinq "grands championnats" européens (Premier League, Serie A, Liga espagnole, Bundesliga et Ligue 1) apporte quelques éléments de réponse. Sur la base d’une méthodologie qui poserait comme règle qu’on ne tiendrait compte que des buts inscrits lors du temps additionnel calculé à partir de la 90ème minute + 5, ainsi que de la fin de la première mi-temps à la 45ème minute + 5. Globalement, les arrêts de jeu ont longtemps plafonné à +3 minutes, s’étirant jusqu’à + 4 à une époque encore récente où les arbitres attribuaient 30 secondes supplémentaires par changement de joueurs et une minute par blessure.
En additionnant les 36 rencontres de L1 (4 journées de 9 matchs), les 39 de PL (4 journées de 10 matchs moins Luton-Burnley, reporté), les 39 de Liga (4 journées de 10 matchs moins Atlético Madrid-FC Séville, reporté), les 27 de Bundesliga (3 journées de 9 matchs) et les 30 de Serie A (3 journées de 10 matchs), on arrive à un total de 171 matchs. Et sur ces 171 rencontres, 21 matchs de ces cinq grandes ligues ont enregistré des buts inscrits aux 45ème minute + 5 et 90ème minute +5, et au-delà.
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On peut citer les spectaculaires Augsbourg - M’Gladbach du 19 août (4-4, avec deux buts inscrits aux 45ème +7 et 90ème +7) ou Manchester City - Fulham du 2 septembre (5-1, avec deux buts aux 45ème +5 et 90ème +6), ainsi qu’un exemple italien, Lecce - Salernitana (2-0, avec un but inscrit à la 90ème +8)
… et quelques tracas
Le total de 21 matchs sur 171 rencontres représente 12,2 % des matchs avec des buts inscrits lors d’arrêts de jeu de +5 minutes et plus encore (en premières et secondes mi-temps), soit 1,2 matchs sur 10. Un match sur dix : le bilan n’est pas négligeable, pour un gain de buts supplémentaires tangible. Surtout si la tendance haussière se poursuit. Car si le samedi 26 août avait enregistré trois rencontres avec des buts inscrits en temps additionnel allongé, ce sont cinq matchs qui ont été impactés le dimanche 3 septembre, juste avant la trêve internationale.
Un phénomène bien parti pour durer et s’accroître ? On verra bien. Les inconvénients de l’extra-time à rallonge sont connus : les grilles des programmes des chaînes TV sont chamboulées, bousculant par là-même les habitudes des téléspectateurs forcés à attendre des fins de matchs parfois très tardives. Le public présent au stade doit se préparer à rentrer plus tard, avec les problèmes de transports publics raréfiés en soirée.
Et puis il y a évidemment les atteintes à l’intégrité physique et mentale des joueurs aux organismes déjà très sollicités. Lors de la folle première journée de Ligue 1, marquée par une moyenne de 13 minutes d’arrêts de jeu par match, le Clermont-Monaco du dimanche 13 août (2-4) en avait comptabilisé 20, dix minutes en première période, dix en seconde. Comment répondront les corps fatigués en hiver et en fin de saison après toutes ces minutes supplémentaires accumulées ? C’est dans ce sens que le 31 août dernier, l'UEFA a indiqué que les matches européens ne subiraient pas de rallonges supérieures à 10 minutes.
Espérer jusqu'au bout
Une décision qui a fait bondir Pierluigi Collina, dans L'Équipe du 1er septembre : "l’extension des arrêts de jeu ne vise pas à ajouter des minutes au jeu, mais à compenser le temps passé lorsque les joueurs ne jouent pas, et uniquement dans des circonstances spécifiques (…) Cette recommandation n'affecte donc pas le bien-être des joueurs mais compense simplement le temps perdu. Je comprends que toute réforme des lois du jeu, ou simplement leur interprétation, comme c'est le cas, puisse être considérée avec scepticisme par certains, mais, comme ce fut le cas avec l'introduction du VAR, lorsque les mesures visent à défendre le football, elles finissent par être acceptées."
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Pierluigi Collina
Crédit: AFP
Des propos terribles quant à la santé des joueurs, mais tout à fait pertinents en vue d’une acceptation progressive du changement de la règle du temps additionnel par le grand public, donc des consommateurs. Globalement, les supporters des équipes menées garderont toujours espoir à l’entame d’extra-time prolongé.
Plusieurs matchs vont dans ce sens : le TFC - Clermont du 3 septembre (2-2) avec le but égalisateur de Florent Ogier à la 90ème +6 a ravi Pascal Gastien, l’entraîneur de Clermont, favorable à cette réforme. Le Real Madrid - Getafe (2-1) du 2 septembre à Bernabeu et le but de la victoire signé Jude Bellingham à la 90ème +5 a sacralisé pour de bon le crack anglais auprès du peuple madridista.
L'image et l'émotion en réponse
Et enfin le stratosphérique Arsenal - Manchester United du 3 septembre : 8 minutes d’arrêts de jeu annoncés à 1-1, puis le but de Declan Rice (2-1, 90ème +6) et celui de Gabriel Jesus (3-1 final à la 90ème + 11) ! A l’Emirates Stadium, le mur du cent (90 + 13, 103 minutes en tout) a été une bénédiction pour la réforme défendue par P. Collina et surtout pour le "produit" Premier League. Menacée économiquement cet été par la Saudi Pro League aux transferts vertigineux, la PL a réagi par l’image et l’émotion au meilleur moment (un après-midi dominical ensoleillé, juste avant la trêve internationale), grâce à ses atouts majeurs : de l’intensité et du suspens spectaculaires jusqu’au bout du bout !
Et comme c’est la Premier League qui donne le la du football international de club, la réforme du temps additionnel allongé est bien partie pour s’imposer. Sous réserve de blessures prochaines en cascade ? Encore une fois, le football se nourrit d’émotions. Les fans d’Arsenal n’oublieront jamais les buts épiques de Trossard contre City et de Rice et Gabriel Jesus contre MU. Même ceux qui s’en voudront toute leur vie d’avoir quitté l’Emirates au début des arrêts de jeu, croyant que le score de 1-1 contre les Red Devils resterait inchangé…
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