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Rooney, une nouvelle vie à Derby

Rooney, une nouvelle vie à Derby

Le 05/03/2020 à 00:08Mis à jour Le 05/03/2020 à 17:45

FA CUP - Hasard du tirage au sort, le 5e tour de FA Cup oppose ce jeudi Manchester United et les Rams de Derby County, nouvelle équipe de Wayne Rooney. Si l'ancienne idole des Red Devils a débarqué dans le centre du Royaume pour parfaire sa formation d’entraîneur, il a aussi prouvé qu’il en avait encore sous la semelle, après un an et demi d’exil en MLS.

On a bien une petite idée de ce que pensera Wayne Rooney au moment de fouler la pelouse de son nouveau jardin, Pride Park, face à l’équipe qui l’a érigé en légende absolue. Et les "away fans" de Manchester United ne se priveront pas de chanter pendant 90 minutes - ou plus - le fameux chant à sa gloire, toujours à la mode du côté d’Old Trafford. Avec 559 matches au compteur, 253 buts inscrits (record du club) et 17 trophées remportés sous la célèbre tunique des Red Devils, l’Anglais pèse (très) lourd dans l’histoire mancunienne. Autant par les statistiques que par son "fighting spirit", ce fameux sens du sacrifice.

Alors, quand on l’a interrogé en conférence de presse pour savoir comment il abordait ce 5e tour de FA Cup entre Derby County et Manchester United, l’ex-international anglais (120 capes) a usé pour répondre un style aussi pugnace que sur le pré : "C’est un match spécial pour moi, je continue toujours de suivre United et ses résultats. Mais nous irons sur le terrain devant nos supporters pour l’emporter et l’émotion ne doit pas prendre le dessus sur la performance. Nous qualifier à la maison est notre unique objectif. Et je serai évidemment prêt."

Prêt, il semblait déjà l'être lorsqu’il a débarqué dans le Derbyshire fin décembre, quand est venue l’heure d’effectuer ses débuts sous les couleurs des Rams en Championship. Un état d’esprit conquérant, en décalage avec les ressentis de Philip Cocu, le coach néerlandais de Derby. "Nous devons lui donner du temps, avait alors averti l’ancien entraineur du PSV. Il doit déjà entrer dans l’équipe, trouver le rythme nécessaire et se familiariser avec l’environnement du club et ses partenaires."

Wayne Rooney célèbre son but face à Fulham à Pride Park le 21 février dernier

Wayne Rooney célèbre son but face à Fulham à Pride Park le 21 février dernierGetty Images

Rallumer la flamme à Derby

C’est un peu méconnaître la carrière du grand Wayne Rooney, pas vraiment du genre à prendre son temps en ce qui concerne l’adaptation : premières banderilles en Premier League à 16 ans et 360 jours avec Everton, premier but avec les Three Lions à 17 ans et 317 jours (record qui tient toujours), triplé pour son premier match avec United en C1 face à Fenerbahçe en 2004, but vainqueur lors de son retour à Goodison Park en 2017, avant de délivrer une passe décisive pour DC United lors de sa première apparition en MLS en juillet 2018.

Autant de points de repère pour dissiper les doutes de son manager, et renforcer sa capacité à performer rapidement avec Derby. Treizièmes de Championship, les Rams ont réalisé un exercice 2018-2019 finalement décevant. Après avoir touché du doigt l’espoir de monter à l’étage supérieur, sous l’égide de Frank Lampard, ils ont été défaits par Aston Villa en finale de play-offs.

Il fallait donc bien l’arrivée de l’une des plus grandes stars du football anglais contemporain pour égayer et rallumer la flamme d’une saison morose sur le plan sportif. "Les fans l’adorent. Son aura, le fait qu’il ait choisi de jouer pour Derby est quelque chose qu’ils ne peuvent toujours pas croire, raconte Ryan Conway, journaliste qui couvre l’actualité des Rams pour The Athletic. Il a tellement un impact positif sur l’environnement du club. C’est aussi un très bon mentor pour les jeunes de l’Academy, sur et en dehors du terrain. Maintenant, les médias prêtent évidemment attention à Derby et tout cela va dans la lignée de ce que Mel Morris (le propriétaire) voulait, en renforçant son image au pays et dans le monde."

Wayne Rooney, Derby County

Wayne Rooney, Derby CountyGetty Images

Assistant coach de Cocu

Rooney sait qu’une nouvelle belle aventure commence au pays. Et que l’attente des fans est énorme. C’est pourquoi il n’a pas tardé à leur montrer ce qu’il avait encore de plus beau dans les pieds, pour la réception de Barnsley le 2 janvier dernier et son retour sur les prés anglais. Brassard autour du bras, floqué du numéro 32 – souhait du sponsor maillot 32Red, qui a œuvré pour le transfert du joueur – Wazza s’est chargé de distribuer les caviars à Pride Park : passe décisive sur coup franc pour l’égalisation de Jack Marriott, et implication sur le but de la victoire signé Martyn Waghorn.

Une performance très positive pour Rooney, sur un plan statistique donc, mais également sur un plan physique. L'Anglais a disputé le match entier, lui qui n’avait plus foulé les pelouses depuis fin septembre et sa dernière rencontre officielle avec DC United, dans une MLS en constante progression, certes, mais autrement moins compétitive et physique que le Championship. Juste après cette rencontre, l’ancien Red Devil n’avait pas perdu de temps et avait dressé le carnet de route des siens pour la suite de la saison au micro de Sky Sports : "Nous devons viser les play-offs. Si nous réalisons une bonne dynamique, nous pouvons revenir au contact des autres."

Wayne Rooney

Wayne RooneyGetty Images

Le discours était digne d’un futur coach. Cela tombe bien, c’est aussi dans un rôle d’entraîneur-adjoint que l’ex-attaquant de 34 ans a été recruté. Car Rooney ne l’a jamais caché : il aimerait prendre en main une équipe première une fois sa carrière de footballeur terminée. Et son apport sur ce point est tout aussi bénéfique. Ryan Conway l'explique : « Son rôle va bien au-delà d’un simple coach-assistant. C’est un des coaches. Il analyse à la vidéo après les matches ce qui a été ou pas, par exemple. Rooney met ses idées en avant et les soumet à Cocu, qui a forcément le dernier mot. Mais les deux ont une très bonne relation par rapport à ça. Roo’ a également une grosse influence sur la gestion des coups de pied arrêtés à l’entraînement. Cocu est très ouvert à tout ce que peut apporter Wayne, car il connait son énorme expérience en Angleterre. »

Avant d’entrer pleinement dans sa vie de manager, Rooney suit malgré tout les conseils du coach néerlandais. À savoir "profiter au maximum de son temps sur le terrain". "Il doit savourer son temps en tant que footballeur, car même si la carrière d’entraineur est magnifique, rien de remplace le terrain", avouait-il à Sky Sports le mois dernier.

Lingard, touches et play-offs

Le désormais capitaine rend surtout bien des services sur le rectangle vert, dans une position d’organisateur de jeu, à la fois meneur de jeu et relayeur. Mais plus devant. Oui, les années passent et la caisse ne répond plus forcément. Ce qui n’a pas empêché Perry Groves, ancien célèbre joueur d’Arsenal, d’asséner cette confession assassine sur TalkSport juste après les débuts de Rooney : "Il est meilleur que Fred et Matic. Est-il meilleur que Lingard ? Je suis meilleur que Lingard. Wayne Rooney est si bon, il peut toujours jouer dans cette équipe de Manchester United. Il améliorerait United à 100%."

Son bilan depuis qu’il a débarqué dans les East Midlands est là pour le prouver. Trois buts, deux passes décisives en Championnat, et une influence indéniable sur le jeu des Rams, mais pas seulement. « Il aide énormément des deux côtés du terrain. Il a pointé du doigt à son arrivée comment l’équipe devait s’améliorer sur les touches adverses à 30 mètres des buts de Ben Hamer (le gardien de Derby). Depuis, l’équipe s’est beaucoup amélioreé sur ce point, et ce sont ces petits détails qui l’ont rendue meilleure. Ils font toute la différence pour une équipe qui n’a pas son expérience", souligne Ryan Conway.

Wayne Rooney

Wayne RooneyGetty Images

Mais l’intéressé n’a pas cherché en à en dire trop quand un journaliste de TalkSport l’a questionné sur son apport quotidien au double champion d’Angleterre (1972 et 1975) : "Je suis un joueur qui peut donner mon avis à l’entraîneur, sur l’organisation de l’équipe, la façon dont nous jouons. Comme je le vois, à partir de janvier, je suis un joueur qui veut aider l’équipe." Avec quatre places gagnées au classement depuis qu’il est à Derby, l’objectif des play-offs est toujours atteignable, à dix journées de la fin et huit points de retard sur la sixième et dernière place qualificative.

Mais l’heure est à la FA Cup, et, après avoir mis au tapis Crystal Palace au 3e tour, qui d’autre que "l’enfant terrible du football anglais" (surnom partagé avec Paul ‘Gazza’ Gascoigne) voudrait le plus s’offrir le scalp du grand Manchester United, dans la plus vieille compétition de football ? "S’il marque et offre la qualification à Derby, je n’imagine pas l’état des tribunes !" affirme Ryan Conway. Nous non plus.

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