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Premier League - Les corners d’Arsenal, ou le kick and rush horizontalisé
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Mis à jour 06/03/2026 à 19:43 GMT+1
Avec 16 buts inscrits en Premier League cette saison, le leader Arsenal excelle sur les corners, égalant son record déjà atteint en 2023-2024. Les Gunners s’inscrivent en fait dans la longue tradition très british du bon vieux coup de pied de coin… et du kick and rush !
Arsenal, un leader moche ? "Ce n'est pas fantastique à regarder"
Video credit: Eurosport
Par Chérif Ghemmour
"L'efficacité sur coups de pied arrêtés n'est pas nouvelle pour l'Angleterre, Graham Taylor (sélectionneur de l’Angleterre 1990-1993, ndlr) les travaillait sans relâche jusqu'à l'épuisement des joueurs. Mais durant toute ma carrière de joueur et de spectateur, je ne me souviens pas d'une telle efficacité dans ce domaine. Notre succès témoigne de la rigueur du sélectionneur Gareth Southgate et du travail acharné des joueurs, et nous en récoltons déjà les fruits." Ainsi s’enthousiasmait Alan Shearer sur BBC Sport durant la Coupe du monde 2018.
L’objet de l’émerveillement du redoutable ex-finisher des coups de pied arrêtés : les quatre buts sur corners des Three Lions selon la tactique du 'petit train' (the queuing up, en anglais) avec plusieurs joueurs alignés dans la surface adverse avant d’éclater pour reprendre le ballon centré. Quatre masterclasses en mondovision, avec quatre corner takers (tireurs), Kieran Trippier, Trent Alexander-Arnold, Marcus Rashford ou Ashley Young pour quatre target-men (réceptionneurs dans le jeu aérien), les deux Harry, Maguire et Kane, John Stones et Jordan Henderson.
Avant Arsenal, le foot britannique (Angleterre, Pays de Galles et Ecosse) traditionnellement très investi dans le jeu aérien avait depuis longtemps fait des buts sur corners une de ses légendaires spécialités… En finale de Coupe du monde 1966 (Angleterre-RFA, 4-2 a.p), le deuxième but anglais de Martin Peters avait été marqué sur un renvoi de corner. Le grand Leeds des années 70 terrorisait ses adversaires avec ses deux jumpers 'têtus' écossais, Jordan et Lorimer. En finale de C1 1977 (Liverpool-M’Gladbach, 3-1), le but du break à 2-1 avait été signé de la tête par Tommy Smith. Chelsea a décroché sa première C1 en 2012 contre le Bayern (1-1, 5 tab à 4) grâce à une tête-canon de Drogba sur corner de Juan Mata.
Mais le must british absolu reste évidemment l’extraordinaire finale de C1 1999 (Manchester United-Bayern Munich, 2-1) remportée dans les arrêts de jeu par deux buts sur corners divins de David Beckham, grand Maître des balles arrêtées. L’histoire de la Premier League est aussi peuplée de grands coups de pieds de coin repris victorieusement par les headers (coups de casque) légendaires des Alan Shearer à Newcastle, Tim Cahill à Everton, Olivier Giroud à Arsenal et à Chelsea ou de l’inénarrable Peter Crouch aux 53 buts de la tête dont pas mal sur corners servis par Steven Gerrard avec Liverpool ou par David Beckham avec l’Angleterre...
L'héritage du kick and rush
Et nous voici aujourd’hui avec Arsenal qui engrange les buts de façon industrielle, grâce à son désormais célèbre set pieces instructor (coach des coups de pied arrêtés), notre Nicolas Jover national, arrivé au club à l’été 2021. Cette saison, sur 30 matchs, les Gunners ont planté 16 fois sur les 173 corners qu’ils ont générés en championnat, égalant leur record de 2023-2024. Le procédé implique généralement les deux kickers attitrés Bukayo Saka et Declan Rice qui ciblent les target men Viktor Gyökeres, William Saliba et surtout Gabriel Magalhaes, roi des airs challengé par le Red Virgil van Dijk.
"À chaque fois que je tire un coup de pied arrêté, les gens le voient comme un simple coup de pied arrêté, mais moi, je le vois comme une chance d'aider l'équipe, de faire une passe décisive et de marquer", insiste le tireur d’élite Declan Rice, challengé, lui, par d’autres brillants centreurs de corners de Premier League, tels que Mo Salah, Bruno Fernandes, Phil Foden et Bernardo Silva (Man City). Avec Arsenal, les coups de pied arrêtés (corners, coups francs indirects, voire les remises en touches longues) témoignent en fait, indirectement, d’une permanence du bon vieux kick and rush avec ses résurgences sur corners. Au bon vieux jeu direct dans la boîte (kick and rush vertical), à l’ancienne, a succédé un autre kick and rush, horizontal, où Arsenal fait mouche en balançant le ballon, dans la petite surface des 6 mètres infestée de requins sauteurs.
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Nicolas Jover lors d'Arseal - Sunderland en Premier League, le 7 février 2026
Crédit: Getty Images
Le jeu à terre adopté depuis presque 30 ans par la Premier League avec les techniciens continentaux n’aurait donc pas totalement fait disparaître le kick and rush, simple, direct et hautement porteur de dangers mais qui a mué en s’horizontalisant. Avec Arteta et Jover, Arsenal, parangon du jeu continental introduit en PL par Wenger, resterait donc paradoxalement très british. Les Canonniers d’Arteta offrent ainsi actuellement la synthèse hybride du jeu de position (open play) et du 'kick and rush horizontal'. Après tout, les géants Peter Crouch (dans les années 2000) puis Andy Carroll (dans les années 2010) avaient parfaitement prouvé leur utilité dans le jeu direct, à terre ou dans les airs, et sur les coups de pied arrêtés.
Les corners, comme les autres coups de pied arrêtés, voire les touches longues, sont évidemment une arme absolue du foot moderne et Arsenal brille sur les corners selon une complémentarité Arteta-Jover parfaite : avec Mikel Arteta, les Gunners concentrent beaucoup de joueurs dans les 30 mètres adverses et initient un contre-pressing étouffant. Résultat : un max d’expected goals dans le jeu ou sur les fameux coups de pied arrêtés que Nicolas Jover a permis de sublimer grâce à ses combinaisons diaboliques… et rémunératrices ! Selon The Athletic, le technicien français toucherait une prime à chaque coup de pied arrêté qui fait but.
De la réussite sur corner défensif, aussi
La géniale expertise du Frenchy s’étend au-delà des simples coups de pied de coin centrés dans la petite boîte : l’exercice implique aussi les seconds ballons sur renvois de corners où se positionnent aux abords de la surface les Ödegaard, Rice, Zubimendi (Granit Xhaka, autrefois) aux shoots de loin redoutables. Les corners se déroulent donc en deux phases (centres et deuxièmes ballons) sur les 20 derniers mètres adverses. Les esprits critiques qui blâment l’aspect stéréotypé des corners à répétition d’Arsenal au détriment du jeu de position oublient l’art des Gunners de savoir 'cornériser' à merveille les défenses adverses (par la prise d’initiative du jeu et par le pressing) afin d’obtenir ces 173 satanés coups de pied de coin…
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David Raya, à côté de Guglielmo Vicario sur un corner lors d'Arsenal - Tottenham en Premier League, le 28 avril 2024
Crédit: Getty Images
Détail intéressant et peu relevé concernant le travail de fond remarquable du duo Arteta-Jover, ce sont les buts concédés sur corners par Arsenal : zéro en 2024-2025 et seulement trois en 2025-2026. Des stats à faire pâlir Luis Enrique. Sans doute parce qu’Arteta est de l’école Guardiola, dont son Barça concédait très peu de corners du fait de sa vulnérabilité en défense avec ses latéraux très offensifs et seulement deux grands derrière, Piqué et surtout Puyol, authentique joueur de tête, lui. Les corners défensifs d’Arsenal 2026 sont un véritable enjeu du fait de la taille de David Raya, ridiculement petite : 1m83.
Il faut donc le préserver des corners adverses, car dans le jeu aérien anglais, notamment sur les coups de pied arrêtés, les gardiens doivent carrément aller à la castagne. La Premier League a ainsi institué les gardiens de haute taille et costauds, avec son modèle Petr Cech, 1m96. Voilà pourquoi le fluet Hugo Lloris et ses 1m88 pour 82 kilos « seulement » a mis un peu de temps à être titulaire à Tottenham… Qui dit corners, dit donc jeu aérien où il faut mettre à l’épreuve David Raya et ses défenseurs. Mais pour ça, avec Gabriel et Saliba, Arsenal sait faire. C’est donc dans ses deux surfaces qu’Arsenal est en train d’écrire son épopée de (presque) futur champion d’Angleterre. Mais on attend d’abord le match lors duquel Arsenal va battre le record de buts marqués sur corners en Premier League. Le dix-septième... Le 14 mars prochain, avec l’accueil d’Everton à l’Emirates ?
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