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Payer Neymar en Bitcoins ? "À l’horizon 2020, c’est envisageable"

Payer Neymar en Bitcoins ? "À l’horizon 2020, c’est envisageable"

Le 29/08/2018 à 08:18Mis à jour Le 29/08/2018 à 13:21

TRANSFERTS - Sept clubs anglais, dont Tottenham, ont signé ce lundi le premier contrat de sponsoring rémunéré en Bitcoins. De quoi s’interroger sur les perspectives offertes par les cryptomonnaies dans le football dans les années à venir, et l’intérêt des clubs à y investir.

Dans le football comme ailleurs, on n’arrête pas le progrès. L’Angleterre, et la Premier League en particulier, l’ont bien compris. Outre-Manche commence à se répandre une nouvelle innovation : la cryptomonnaie, cette devise informatique dont la valeur s’aligne -en caricaturant- seulement sur l’offre et la demande. Sept clubs de l’élite britannique ont en effet signé un contrat de sponsoring inédit avec eToro, une plateforme de trading de cryptomonnaies. Inédit, car pour promouvoir la marque, Tottenham, Brighton, Cardiff, Crystal Palace, Leicester, Newcastle et Southampton seront payés… en Bitcoins.

Si les termes de l’accord sont bien évidemment nouveaux, les monnaies cryptographiques ont déjà mis un pied dans le football. Arsenal était ainsi, en janvier dernier, devenu le premier club à s’associer avec une société portée sur le sujet, via des publicités diffusées dans le stade. Wolverhampton a suivi le pas cet été, en accueillant cette fois le nom d’un site de trading de cryptomonnaies sur la manche gauche de son maillot. Dans un autre registre, Bitcoins et consorts peuvent être utilisés depuis quelques mois pour payer la visite du stade Santiago Bernabeu, antre du Real Madrid. L’UEFA, de son côté, commence à ouvrir très progressivement les ventes de billets aux cryptodevises.

Joao Moutinho, Wolverhampton

Joao Moutinho, WolverhamptonTwitter

"C’est un risque important à prendre"

Le contrat signé par les pensionnaires de Premier League ce lundi représente néanmoins une nouvelle étape. Et un moyen, surtout, pour les clubs de s’enrichir d’une nouvelle manière. "Les cryptomonnaies ne sont pas dépendantes des banques, explique Pierre Rondeau, spécialiste de l’économie du sport et auteur de Le foot va-t-il exploser ? Pour une régulation du système économique du football. Elles ne souffrent pas de taux de change, ni ne dépendent des décisions politiques. Aujourd’hui, les clubs peuvent espérer que la monnaie prenne de la valeur. C’est un pari sur l’avenir, et un risque important à prendre."

D’autant que la valeur des cryptomonnaies continue à augmenter régulièrement ces derniers mois. Pierre Rondeau parle d’un "effet de mode" : "Si de plus en plus de gens achètent des cryptomonnaies, leur cours peut augmenter. Ce sera donc au bénéfice des premiers acheteurs : ceux qui achètent aujourd’hui seront bénéficiaires." Sans nier toutefois que le cas inverse est tout à fait possible. Les monnaies cryptographiques ont, par définition, une valeur plus instable, et leur cours pourrait tout à fait s’effondrer. Les investissements dans les cryptomonnaies devraient donc rester minoritaires, pour le moment.

Transparence, merchandising et revente de billets

Les efforts des sites de trading pour investir un nouveau marché ne passent pourtant pas inaperçus. "Plus de transparence", "plus de facilités concernant l’achat et la vente de merchandising", "moins de fraudes à la revente de billets" : voilà, pêle-mêle et résumés, les arguments principaux du PDG d’eToro en faveur de l’introduction des cryptomonnaies dans le football. Pierre Rondeau les appuie : "C’est vrai qu’il n’y aura pas d’intermédiaire avec les banques, pas d’argent détourné." Tout en les nuançant : "Parler de transparence pour une monnaie née sur le darknet (un réseau anonyme, associé souvent à des activités dissidentes ou illégales, NDLR), cela prête à sourire."

Possible, alors, de voir le Bitcoin et les autres cryptomonnaies s’imposer à moyen terme dans le football ? En Turquie, le club amateur d’Harunustaspor s’est autoproclamé premier club à réaliser un transfert en Bitcoins. Omer Faruk Kiroglu a ainsi coûté 0,0524 Bitcoins (356 euros), assortis de 2500 livres turques (356 euros). Quant à imaginer le transfert d’un grand joueur payé intégralement en cryptomonnaie, il n’y a qu’un pas.

Neymar lors de sa présentation au PSG

Neymar lors de sa présentation au PSGGetty Images

Voir Neymar au Real Madrid pour quelques centaines de Bitcoins, cela ne devrait malgré tout pas arriver tout de suite : "À moyen terme, dans les années 2020, un transfert entièrement réalisé en cryptomonnaies est envisageable", pour Pierre Rondeau. A plusieurs conditions : "Il peut y avoir une crise monétaire, ou bien les résultats des prochaines élections européennes de 2019 peuvent mettre en danger l’euro, et favoriser les alternatives. De plus en plus de personnes militent de toute manière pour la fin de la monnaie en liquide." Le football, et la Premier League, sont prêts à passer le cap.

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