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Les cellules de recrutement à l’épreuve du Coronavirus

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Florian Maurice, responsable de la cellule de recrutement de l'OL aux côtés de Jean-Michel Aulas, président du club

Crédit: Getty Images

ParJohann Crochet
19/03/2020 à 22:47 | Mis à jour 20/03/2020 à 16:24

Alors que la quasi totalité des championnats européens est à l’arrêt et que le confinement total a été prononcé dans plusieurs pays, les cellules de recrutement doivent ajuster leur manière de fonctionner. En raison de l’incertitude à la fois sportive et économique, et devant l’impossibilité de voyager pour assister à des matches, elles s’adaptent.

Si l’heure est à la quarantaine et à l’aléa sportif, la parole semble également être confinée. De nombreux clubs européens ont en effet décidé de verrouiller toute prise de parole et les témoins de l’impact du Coronavirus sur le monde du football sont délicats à dénicher. "Un journaliste peut s’attacher au fond quand un supporter peut toujours trouver un moyen de tout critiquer si le club n’est pas bien classé à l’heure actuelle", témoigne justement un recruteur d’un club de Ligue 1, pas autorisé à parler officiellement par ses dirigeants.

De fait, cette période incertaine pourrait s’accompagner d’un évident travail de transparence, alors que les fans sont également dans le flou total. Le Covid-19 a de multiples conséquences sur le football et les premières ont été mises en lumière de façon éclatante : entraînements et matches suspendus, joueurs touchés par le virus et clubs placés en quarantaine. D’autres domaines sont touchés par ricochet. Parmi les secteurs impactés, celui du recrutement.

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La vidéo en réponse au confinement et à l’arrêt du football

"On ne peut pas dire qu’on utilise Wyscout, on le crame complètement !", rigole notre recruteur français. WyScout est l’une des plateformes mêlant data et vidéo que les cellules de recrutement utilisent au quotidien afin de défricher le terrain. "On utilise beaucoup les sites comme Wyscout, Instat et SciSports pour confirmer les impressions qu’on a pu avoir depuis le début de saison, soutient notre interlocuteur. Si on s’est déplacé 4 fois pour un joueur et qu’il a été titularisé 14 fois, on va donc regarder l’intégralité des matches pour détailler encore un peu plus. On fait de la révision, de l’analytique, on complète notre base de données de la grosse centaine de joueurs qu’on a mis de côté et qu’on doit maîtriser. La source de travail est infinie. Car tu peux découvrir à tout moment un joueur que tu n’avais pas forcément repéré, que tu n’avais pas eu la possibilité de voir en personne."

Quant à l’organisation, comme tout le monde est à la maison, elle est presque aussi fluide qu’en temps normal. "Dans nos directives, il y a moins de réunions hebdomadaires, mais par contre entre membres de la cellule de recrutement, on s’appelle pour confronter nos avis sur des joueurs comme on pourrait le faire dans un bureau, ajoute-t-il. Avec l’un des membres de la cellule, ces derniers jours, on s’est appelé au quotidien."

On essaye de rester en contact avec le monde extérieur

Le son de cloche est identique à Bergame. Comme tous les italiens, les salariés de l’Atalanta, les joueurs et le staff sont en confinement. Après l’annonce de l’apparition de cinq cas de Coronavirus au sein de l’effectif de Valence, les Lombards sont même en quarantaine totale. Ils avaient affronté les Ibériques quelques jours plus tôt en Espagne, pour ce qui reste l’un des derniers matches disputés de la saison en cours. "Tous nos scouts sont chez eux, témoigne Giovanni Sartori, directeur technique du club italien. On utilise Skype au quotidien, on essaye de rester en contact avec le monde extérieur. C’est clair que c’est différent. On regarde des matches de cette saison vu que le football est suspendu partout. On va sur les joueurs qu’on a déjà ciblés et on analyse leurs prestations sur plusieurs autres matches. On est huit à neuf personnes et on regarde trois à quatre rencontres par jour en ce moment."

Au nord de l’Europe et plus précisément en Norvège, qui n’a pour le moment prononcé aucune mesure de confinement, John Vik est en quarantaine. Le responsable du recrutement de Molde est revenu d’Espagne récemment et il suit les directives du gouvernement à destination des habitants de retour d’une zone contaminée sur le sol national. "Il n’y a pas de matches donc on ne peut pas voyager et même si je le faisais, je retournerai directement en quarantaine une fois rentré en Norvège, assure le recruteur scandinave. L’activité, aujourd’hui, consiste à regarder beaucoup de vidéos. On a une liste de joueurs qu’on était supposés voir en live dans les stades et on se concentre donc désormais sur les vidéos des semaines et mois précédents.J’analyse 2 à 3 matches par jour sur des joueurs qu’on avait déjà ciblés avant l’arrêt du football. On fait beaucoup de travail analytique en ce moment, faute de mieux."

Outre le fait d’avoir mis de côté l’observation de visu, les cellules de recrutement naviguent entre les incertitudes sportives et économiques, avec toutes les inconnues qu’une telle équation comporte.

Comment gérer l’attente et l’inconnu ?

Pour John Vik, l’incertitude est la chose la plus compliquée à gérer aujourd’hui. "La chose la plus difficile est de ne pas savoir quand tout redeviendra à la normale, explique-t-il. On ne sait pas si le championnat débutera en mai, comme annoncé pour le moment, ou en juin, ou encore plus tard. On doit mettre en place plusieurs scénarios. Même si le football est bien moins important que ce qui se passe dans le monde actuellement, on se doit d’être professionnel."

Les joueurs de Molde à l'échauffement

Crédit: Getty Images

Le recruteur de Molde voit une autre difficulté, économique cette fois : "On ne peut pas dépenser d’argent pour le moment, avant de savoir quand le championnat pourra reprendre, car il y a trop d’inconnues. La prudence me semble justifiée. La priorité, c’est que les matches reprennent. Le reste attendra. On n’a pas de vue claire sur le mercato, à la fois sur celui en cours encore jusqu’au 31 mars normalement, mais aussi sur le marché estival. On attend des informations de la fédération."

En attendant le coup d’envoi officiel de la saison norvégienne (elle débute normalement fin mars), les clubs se sont entendus autour d’un pacte de non-agression. "Je pense qu’à l’heure actuelle, on peut dire qu’on a un gentlemen’s agreement entre clubs norvégiens, confirme John Vik. On a des petits clubs, des clubs normaux et des grands clubs. On ne se ‘volera’ pas des joueurs entre clubs du même rang. L’intérêt suprême est que les clubs et le championnat survivent."

On a deux mois d'avance sur le calendrier

En France, certains clubs avaient quelque peu anticipé la période actuelle. "On s’était dit qu’il fallait anticiper dès qu’on a vu que beaucoup de matches étaient à huis clos et donc qu’on n’avait plus la possibilité de faire du livescouting, reprend notre recruteur d’un club de Ligue 1 sous couvert d’anonymat. Il fallait faire un gros point à cause de la situation à venir, même si on était loin d’imaginer qu’on arriverait à un confinement total." Résultat, un séminaire d’une journée complète pour avancer et mettre en place la suite du programme. "On a évalué les données sur les joueurs susceptibles de partir cet été, sur ceux qui pourraient les remplacer, raconte le scout. Tout ça presque de manière définitive. On a fait un inventaire de tout ce qu’on a vu dans l’année, un peu plus de 100 joueurs qu’on a observés, validés, vus en vrai et qui potentiellement peuvent nous rejoindre."

Jean Lucas entouré de Jean-Michel Aulas et de Florian Maurice, le 25 juin 2019 à Lyon.

Crédit: Eurosport

Pour ce club français, en accord avec la direction générale, la vision n’a pas changé, même si l’issue de la saison reste incertaine : "On a évoqué en réunion l’incertitude économique liée au classement final car ce n’est évidemment pas la même chose de finir quatrième ou quatorzième. Mais on a décidé de rester fidèle à notre ADN et à notre façon de voir les choses. On a gardé dans notre liste les joueurs du haut du panier et ceux plus ‘réalistes’. La seule différence, c’est qu’on a deux mois d’avance sur le calendrier. Notre cellule fonctionne à l’heure actuelle comme elle le fait habituellement en période de mercato, où on ne se déplace plus et où l’heure est à l’analyse détaillée. Tous les joueurs qu’on devait observer de visu dans les prochaines semaines le sont actuellement en vidéo. Comme il n’y a plus de matches à couvrir, on doit tout revoir sur nos joueurs ciblés, tout ré-analyser en détail et à froid."

Le calme avant la tempête ?

Si tout le monde attend avec impatience la reprise des matches, car cela signifierait que la menace du Coronavirus est désormais bien contenue, les recruteurs prévoient des mois et semaines chargés. Car c’est bien connu, la nature a horreur du vide. "Je m’attends à un rythme très intense, confirme notre recruteur de Ligue 1. Je m’attends aussi à ne pas prendre de vacances en 2020. J’estime que c’est une situation un peu particulière. Je suis préparé à ça même si ça reste du domaine de l’hypothèse pour le moment. C’est dans le prolongement naturel de ce qu’on s’est dit lors de notre séminaire."

Le son de cloche est identique en Norvège. "Je pense que dès que les matches reprendront, l’activité dans les cellules de recrutement sera très importante, acquiesce John Vik. Je pense que c’est valable pour tous les pays.Avec cette longue période d’inactivité, quand les championnats reprendront, le rythme sera très intense avec souvent deux matches par semaine, donc à ce moment-là, on devra être prêt et on aura beaucoup de travail d’observation à faire."

Si certains secteurs dans les clubs tournent au ralenti, les cellules de recrutement sont elles toujours sur le pont. L’adaptation à cette situation exceptionnelle est certes nécessaire. Néanmoins, la dématérialisation de nombreuses tâches permet de ne pas prendre de retard sur le recrutement, malgré les nombreuses incertitudes. En attendant, comme tout à chacun l’espère, un rapide retour des beaux jours et des bonnes nouvelles.

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