Un mercato d'été plus écoeurant que jamais

Eurosport sur Google

Ça y est, c'est terminé. Enfin. Depuis mardi soir, le marché des transferts est clôturé. Entre les montants faramineux dépensés, les comportements des clubs et de certains de leurs supporters, les stratégies méprisables des agents et le traitement infligé à certains joueurs, ce mercato estival fut sans doute le plus écœurant de tous. En attendant le prochain.

Un mercato d'été plus écoeurant que jamais

Crédit: Quentin Guichard

Le football d'aujourd'hui est capable de vous faire apprécier la fin de l'été, ce qui en dit beaucoup sur ce qu'il est devenu. Mardi soir, le marché des transferts s'est clôturé, pour la plupart des championnats européens, et a ainsi refermé deux mois et demi d'une frénésie écœurante, durant lesquels les clubs de football se sont comportés, plus que jamais, comme des entreprises viles et sordides.
La Premier League a encore fait exploser les compteurs, en dépensant plus de 4 milliards d'euros pour devenir le plus grand dépôt-vente d'Europe. Elle a, une nouvelle fois, déréglé le marché, en faisant des indemnités à neuf chiffres une norme, et en exploitant toutes les zones grises offertes par les règlements de la Fédération et de l'UEFA, toutes deux bien impuissantes face au fléau.
Au Royaume, on a ainsi vu Chelsea s'offrir une dizaine de joueurs pour la cinquième fois consécutive depuis que BlueCo en est son propriétaire, Manchester City dépenser près de 400 millions d'euros pour densifier son milieu de terrain, et copiner avec Tottenham pour refourguer ses indésirables à des conditions très avantageuses, si avantageuses qu'on se demande bien si Roberto De Zerbi pourra se permettra un énième discours populiste.

La Ligue 1 sous perfusion de la Premier League

Les délires des multinationales anglaises auront au moins permis à la Ligue 1 de survivre, une nouvelle fois, puisque plus de 800 des 1 300 millions qu'elle a engrangés cet été venaient de la Premier League. Monaco a cherché à tirer le fil jusqu'aux derniers instants, provoquant les faux départs de Lamine Camara puis de Folarin Balogun, et terminant en modèle d'amateurisme. Lyon s'est aussi délesté, avec les départs de Malick Fofana (on y reviendra) et d'Ainsley Maitland-Niles. Et l'OM, après avoir vendu nombre de ses cadres, a vécu une dernière journée en encéphalogramme plat.
Jamais les trois clubs les plus forts de L1 derrière le PSG n'avaient été, simultanément, dans un tel marasme économique. Il n'est pourtant pas certain que cette situation les pousse à revoir leur modèle et à changer de paradigme pour devenir moins dépendant de revenus volatiles. Ce, malgré les intentions rassurantes de Michele Kang et celles, bien plus fraîches, de Frank McCourt : les résolutions ne durent jamais bien longtemps, paraît-il.
picture

"Si un Espagnol doit être Ballon d'Or, Rodri aura l'avantage"

Video credit: Eurosport

Demandez donc à la Turquie : en 2022, le pays avait adopté une loi visant à limiter l'endettement des clubs professionnels à 10% des revenus bruts de l'année précédente. Celle-ci n'a jamais été appliquée, le gouvernement préférant fermer les yeux sur la santé des clubs phares comme Fenerbahçe, capables de s'offrir des joueurs grassement rémunérés (Greenwood, Lukaku, Aké) malgré ses 430 millions de dettes : le mercato est le nouvel opium du peuple.
Peut-être est-ce la raison pour laquelle de plus en plus de supporters oublient ce qu'ils étaient. Autrefois garants d'une forme d'authenticité, ils sont aujourd'hui des comptables, ravis que des joueurs qu'ils ont supportés toute l'année s'en aillent pour des sommes inimaginables. Ils sont obnubilés par les posts des grands pontes du mercato, Fabrizio Romano en tête qui a, comme d'autres, sacrifié son éthique journaliste sur l'autel de la course à l'info... et aux marques.

Les joueurs, premières victimes

Les principales victimes, finalement, sont les joueurs eux-mêmes, baladés dans un gigantesque jeu de chaises musicales orchestré par ceux qui agissent dans l'ombre. C'étaient Jorge Mendes et Mino Raiola, c'est aussi, désormais, l'agence Roc Nation, division sportive de ce qui était, à l'origine, un label fondé par Jay-Z. C'est elle qui a tenté d'essorer le PSG pour le transfert de Yan Diomandé, et qui s'est finalement entendue avec le Real Madrid pour nouer le transfert le plus insensé de l'été : 140 millions d'euros pour un joueur ayant disputé une seule saison au plus haut niveau.
picture

Malick Fofana, désormais joueur de Sunderland

Crédit: Getty Images

C'est aussi elle qui a baladé Malick Fofana entre Sunderland et Crystal Palace, tout au long de la dernière journée de mercato. "Il ne savait plus où il habitait, il était décrit comme hyper stressé, il se laissait porter par un truc qui le dépassait", a résumé Hugo Guillemet, journaliste de L'Equipe et suiveur de ce dossier délirant.
Nul doute que l'international belge aurait préféré poursuivre son aventure lyonnaise. Nul doute que sa première nuit comme joueur de Sunderland a été longue. Lui, comme beaucoup d'autres, n'a pas eu le pouvoir de faire son propre choix. Fofana est l'un des visages de ce mercato répugnant. Pablo Garcia en est un autre.
Ce jeune joueur du Betis, formé au club, n'a pas pu retenir ses larmes, face aux caméras et derrière la vitre d'une voiture conduite par sa mère, lorsqu'il a été exfiltré de Séville et envoyé à Santander, afin de permettre aux Verdiblancos de dégager une indemnité de transfert et de s'offrir, ainsi, Dani Ceballos. Déchirant. Mais ce mercato d'été est enfin terminé. Ne manque plus que le traditionnel communiqué de la FIFA, qui se réjouira des montants et des commissions qu'il a générés, pour un dernier relent.

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité