Un moment historique pour la Bosnie-Herzégovine. Elle a obtenu mardi soir en Lituanie (0-1) sa qualification pour le Mondial brésilien, le premier tournoi majeur de son histoire. Un succès fêté dans la liesse dans une partie du pays, qui n’en pouvait plus d’attendre cette consécration depuis la victoire en Slovaquie le mois dernier.
En réalité, le Brésil a d’abord pris la forme d’un barrage raté, celui disputé face au Portugal il y a quatre ans sur le champ de patates de Zenica. Un premier barrage dans l’histoire du pays qui venait couronner le travail de Miroslav Blazevic, l’homme du podium croate en 1998. Deux ans de travail pour construire une équipe et un esprit, un groupe et son incroyable public. Ce résultat, ajouté à l’éclosion de plusieurs joueurs de talent comme Pjanic, Ibisevic et Dzeko, ont décomplexé l’équipe et l’ont convaincue qu’elle pouvait rivaliser avec de grandes sélections.

La Bosnie a payé cher pour apprendre

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Le départ, pas très élégant, de Blazevic et l’arrivée sur le banc de Safet Susic n’a pas brisé la dynamique enclenchée. Forte de son noyau de sept-huit joueurs de très haut niveau, la Bosnie a été à un penalty de Nasri de se qualifier directement pour l’Euro 2012. Soyons honnêtes, malgré le résultat nul, les Français ont pris ce soir-là une leçon de football, sur le terrain et dans les tribunes. Malgré un barrage à nouveau perdu contre les Portugais, l’équipe n’a cessé de progresser, d’emmagasiner de l’expérience à mesure que ses joueurs-clés prenaient de l’envergure. Qu’on se souvienne du Pjanic de 2010, et de celui d’aujourd’hui. Pareil pour Dzeko, Begovic, Lulic ou Ibisevic.

Pjanic Ibisevic Bosnie

Crédit: Panoramic

Pendant quatre ans, la Bosnie a payé cher pour apprendre, elle a échoué deux fois sur la dernière marche, mais elle est devenue une sélection respectée sur la scène internationale, tout en grappillant des places au classement FIFA. Ce n’est pas la même chose de commencer une qualification en étant dans le 4e chapeau ou dans le 2e. Le groupe relativement facile dans lequel elle est tombée cette fois-ci (Grèce et Slovaquie comme principaux adversaires) en témoigne. Et avec l’Euro à 24 dès 2016, la Bosnie, comme la Croatie et la Serbie, sont presque assurées de se qualifier à chaque fois.

Une grève des joueurs en 2007

Mais cette qualification s’est aussi jouée dans les coulisses. Souvenez-vous, c’était en 2011, la FIFA annonçait que la Fédération de Bosnie était suspendue. Par réflexe, nombreux sont ceux qui ont dénoncé le néocolonialisme des patrons du football mondial à l’égard de cette pauvre Bosnie sans défense. En réalité, cette suspension a sauvé la vie du football en Bosnie. Avant la suspension, la Fédération était un repaire de corruption et de cooptation ethnico-politique, où des gens incompétents détournaient des fonds sans s’occuper du développement du football. Les joueurs eux-mêmes avaient déjà fait grève en 2007 pour dénoncer cette situation.
La suspension, et la mise en place d’un comité de normalisation qui règle les problèmes avant d’organiser de nouvelles élections, est une procédure classique prévue dans les statuts de la FIFA. En Bosnie, c’est la légende Ivica Osim (dernier entraîneur de l’équipe de Yougoslavie) qui, malgré son âge et sa santé fragile, a traversé le pays de part en part. Il y a négocié avec les autorités politiques, en particulier avec le président de la partie serbe de la Bosnie, afin de trouver un compromis sur de nouveaux statuts qui empêcheraient une partie (serbe, croate, bosniaque) de paralyser toute prise de décision, comme c’est trop souvent le cas au niveau des institutions politiques. Ce long travail a porté ses fruits.

Bosnia fans celebrate (Reuters)

Crédit: Reuters

Aujourd’hui, le nouveau président élu Begic jouit d’une solide légitimité. Sa priorité, outre le développement des infrastructures dans le pays, très en retard en raison de la guerre et du manque d’investissement, est de parcourir le monde à la recherche de jeunes joueurs d’origine bosnienne qui évoluent à l’étranger. Nés en Bosnie ou à l’étranger entre 1990 et 1995, leurs parents ont fui le pays et la guerre et ont fait leur vie ailleurs, privant la Bosnie d’une grande partie de ses cerveaux et de ses forces vives. Evidemment, le succès actuel rend la sélection de Bosnie plus séduisante pour d’éventuelles recrues.

Les Croates de Bosnie soutiennent la Croatie, et pareil pour les Serbes

La dernière en date se nomme Izet Harjovic. Il a fait ses classes à Arsenal et débuté cette année aux Grasshopper Zurich. C’est lui qui a donné la victoire à la Bosnie en Slovaquie en septembre. La semaine dernière, Muamer Tankovic, 18 ans, a mis un triplé avec… les U18 suédois, contre la Bosnie-Herzégovine. Mais il n’attendrait qu’un signe pour s’engager avec son pays d’origine. D’autres, comme Haris Seferovic, ne viendront pas, et il faut respecter ce choix, comme celui d’Özil ou de Shaqiri, si l’on veut se défaire du poison de la pensée ethnique.
Reste alors une inconnue. Si les médias du monde entier vont s’enthousiasmer aujourd’hui puis en juin prochain autour de cette histoire d’équipe de foot mixte qui "unit tout un peuple" selon le poncif qui commence à agacer certains Belges, qu’en est-il en réalité ? On fait la fête à Sarajevo et Zenica, mais quid de Banja Luka ? On ose espérer que tous les citoyens de Bosnie ont au moins de la bienveillance pour cette équipe, même si les Croates de Bosnie soutiennent la Croatie, et pareil pour les Serbes.
Si d’aventure les barrages se passaient mal pour la très inquiétante équipe croate, dont le sélectionneur Igor Stimac vient de présenter sa démission, la Bosnie serait la seule sélection issue de l’ex-Yougoslavie au prochain Mondial. On peut espérer dans cette hypothèse qu’il y aura dans la région un élan de sympathie pour la Bosnie qui ferait du bien à tout le monde. Les nostalgiques imagineront alors ce qu’une sélection yougoslave aurait fait au Brésil (elle aurait perdu contre le Brésil en finale bien sûr !). Mais on ne refait pas l’histoire, et après en avoir été la malheureuse victime, la Bosnie va maintenant pouvoir écrire la sienne.

Supporter Bosnie Joie Qualifs Mondial 2014

Crédit: AFP

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