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17 Grands Prix sans Ferrari ou l'histoire la plus douloureuse de la Scuderia en F1

17 Grands Prix sans Ferrari ou l'histoire la plus douloureuse de la Scuderia en F1

Le 24/03/2020 à 08:23Mis à jour Le 24/03/2020 à 11:07

FORMULE 1 - Ne pas courir, c'est déjà arrivé à Ferrari. Par la force des choses comme toutes les équipes en ce moment, ou par choix, dépit ou tristesse comme c'est arrivé à 17 reprises depuis l'ouverture du Championnat du monde en 1950. Souvent, l'absence a raconté une souffrance, parfois une révolte.

Ferrari a disputé 990 Grands Prix et une des onze éditions des 500 miles d'Indianapolis ayant compté pour le Championnat du monde de Formule 1. Voici l'histoire des 17 Grands Prix auxquels la marque n'a pas participé.

Grande Bretagne 1950 : Faux-départ

Quelques 150 000 spectateurs se massent le 13 mai sur le circuit de Silverstone pour la toute première de l'histoire du Championnat du monde. Personne ne soupçonne encore ce que cette compétition va devenir et Enzo Ferrari, le fondateur de l'équipe italienne, a d'autres considérations en tête. Ses machines font de la figuration face aux imbattables Alfa Romeo et il n'est pas un philanthrope. Faute d'accord avec les organisateurs anglais, il choisit de courir le Grand Prix de Formule 2 de Mons, en Belgique, où les primes de départ sont plus élevées. Ses machines signent un triplé anonyme et il sait désormais où il faut être. Le lendemain de l'épreuve, il confirme sa participation au Grand Prix de Monaco, disputé dès le week-end suivant.

Juan Manuel Fangio (Alfa Romeo) au Grand Prix de Grande Bretagne 1950

Grande Bretagne 1959 : Grève

Un mouvement social dans la métallurgie empêche Ferrari de sortir ses voitures de son usine. L'équipe renonce au déplacement à Aintree.

Etats-Unis d'Amérique 1960 : Impasse

Cooper est champion du monde des constructeurs depuis le mois de juillet, Jack Brabham chez les pilotes depuis la mi-août. Ferrari vient de gagner enfin une course, à Monza, et pour le "Commandatore" il faut mettre à profit tout le temps disponible pour préparer le 1.5 litre de la future règlementation. Pas de déplacement donc sur le circuit californien de Riverside, le 20 novembre.

Etats-Unis d'Amérique 1961 : Deuil

Monza a scellé pour le meilleur et pour le pire les destins de Phil Hill et de Wolfgang von Trips dans une épouvantable tragédie. L'Américain a été titré suite à l'accident mortel de son coéquipier allemand, dont la sortie de piste de la Ferrari a coûté la vie à 14 spectateurs.

Enzo Ferrari n'a pas le cœur à terminer la saison. Il n'y aura pas de Ferrari à Watkins Glen.

Vidéo - Pole à 263 km/h, Lauda héros défiguré, records, 11 septembre : Ferrari dans la légende de Monza

01:45

France 1962 : Grève

La Scuderia a inscrit trois 156 pour son champion du monde en titre Phil Hill, Ricardo Rodriguez et Lorenzo Bandini, mais une grève en Italie dans le secteur de la métallurgie bloque l'usine de Maranello et l'empêche d'honorer son engagement sur le circuit de Rouen-les-Essarts.

Etats-Unis d'Amérique et Afrique du Sud 1962 : Capitulation

Le titre de Phil Hill en 1961 est un triste et vague souvenir, qui n'a pas survécu à la puissance des nouveaux moteurs V8 Climax et BRM. Ferrari terminera la saison sans victoire et à une modeste sixième place parmi les huit constructeurs du Championnat du monde.

Au lendemain de la dernière épreuve européenne, à Monza, Enzo Ferrari envoie un courrier à ses pilotes pour leur signifier que la Scuderia n'ira pas à Watkins Glen, ni à East London, terminus sud-africain du "Mondiale".

Pour la troisième année de suite, donc, Phil Hill ne va donc pas courir son épreuve nationale. Pire, son patron émilien l'estime démotivé et il apprend sur place, par une source externe à l'écurie, son licenciement. Libre à lui d'essayer la Porsche de Joachim Bonnier.

Déçu par le double forfait des Rouges en cette fin de saison, l'espoir de la Scuderia, le Mexicain Ricardo Rodriguez, 20 ans, a de son côté demandé l'autorisation de courir son Grand Prix national, hors-championnat, au volant d'une Lotus louée à Rob Walker Racing Team. Le Mexicain se tue sur les hauteurs de Mexico, le 1er novembre.

Vidéo - Une fulgurance fauchée en pleine gloire : la légende des frères Rodriguez

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Grande Bretagne 1966 : Bonne excuse

La grève générale en Italie revient encore comme la raison du forfait à Brands Hatch mais, selon les communicants sondés à Maranello, la prime de départ insuffisante est une autre explication.

Mexique 1966 : Epuisement

Ferrari est éreinté par divers programmes qui l'ont conduite à autant de revers sur les pistes d'Endurance comme de Formule 1. Défait par Ford dans un duel titanesque aux 24 Heures, la Scuderia n'a pas non plus suivi le rythme des Brabham en Grand Prix. Des Brabham, parce que c'est Jack a empoché le titre pilotes à Monza, avant de devenir lui-même champion du monde des constructeurs lors de l'étape suivante, à Watkins Glen. Le moral est tel dans les rangs des Rouges que le Cavalino Rampante n'a délégué que la 312 de Lorenzo Bandini alors que le titre constructeurs n'était pas encore sous scellé. Et encore, c'est Luigi Chinetti, importateur de la marque aux Etats-Unis, qui a convaincu Enzo Ferrari d'envoyer une machine à Watkins Glen !

Mais il n'y en aura pas pour la der, à Mexico. Où John Surtees en profite pour faire un pied de nez à son ancien patron : vainqueur à Spa puis remercié juste après, ce qui l'a privé des 24 Heures du Mans, il gagne au volant d'une Cooper.

Jack Brabham (Brabham), Lorenzo Bandini (Ferrari) et John Surtees (Cooper) au Grand Prix des Etats-Unis d'Amérique 1966

Afrique du Sud 1967 : Réorganisation

Plus que jamais inquiet de la puissance montante de Ford en Endurance et l'arrivée imminente du V8 américain signé Cosworth en Formule 1, fortement concurrencée en Grand Prix par Brabham, Cooper et Lotus, Ferrari est encore en reconstruction quand le championnat doit débuter. Mais ni la date - un 2 janvier ! - ni le lieu - Kyalami - ne l'y encourage. Elle reviendra à la compétition pour la deuxième manche, le 7 mai à Monaco.

Monaco 1968 : Représailles

Enzo Ferrari ne décolère pas contre l'Automobile Club de Monaco. La chicane qui a coûté la vie à Lorenzo Bandini l'année précédente n'a pas été modifiée comme il l'exigeait. En signe de protestation, ses bolides ne feront pas le voyage en Riviera.

L'accident de Lorenzo Bandini à Monaco en 1967 : sa Ferrari retournée va devenir un brasier

Allemagne 1969 : Obsolescence

Entré en service en 1966, le châssis 312 vit sa quatrième saison d'exploitation. Il est complètement dépassé et Ferrari est vraiment dans le creux de la vague car côté moteur, le V8 Ford by Cosworth des Matra, Brabham, Lotus et autres McLaren est la référence absolue. Même BRM se classera devant Ferrari au Championnat du monde. Ferrari terminera à la sixième et dernière place au Mondial constructeurs...

Chris Amon a souvent piloté la seule 312 engagée, et en plein été, il n'y en aura même pas une pour lui au Nürburgring.

Pays-Bas et Allemagne 1973 : Révolution

Lancée en 1970, la 312 est dans sa version B3 à présent dépassée en puissance, fiabilité et qualité routière. Gianni Agnelli, le PDG de Fiat et l'actionnaire principal de la Scuderia, ordonne le retour en grâce du directeur technique, Mauro Forghieri, et le départ du directeur sportif Sandro Colombo. Dans cette ambiance fébrile, Ferrari fait l'impasse sur Zandvoort et Nürburging. Mais pas son pilote Jacky Ickx, qui se réfugie pour une pige chez McLaren et signe un podium dans "l'Enfer vert" d'outre-Rhin.

Autriche 1976 : Ecœurement

La Fédération internationale vient de réhabiliter James Hunt dans le rôle de vainqueur du Grand Prix d'Espagne. Elle a déjugé les commissaires, qui avaient trouvé que la McLaren du Britannique était trop large à Jarama. Niki Lauda, leader du championnat un temps proclamé vainqueur, n'avait vraiment pas besoin de ça sur son lit de souffrance. Il s'est gravement brûlé les poumons et le visage dans un accident au Grand Prix d'Allemagne. Pour Enzo Ferrari, c'est un scandale qu'il faut traiter par le mépris. Un forfait à Zeltweg.

Belgique 1982 : Deuil

Suite à l'accident mortel de Gilles Villeneuve lors de la qualification à Zolder, la Scuderia retire la machine de Didier Pironi.

Suisse 1982 : Malédiction

Suite au grave accident de Didier Pironi à Hockenheim, Ferrari n'a engagé qu'une 126C2 pour Patrick Tambay à Zetweg. Le Français doit à nouveau être le seul représentant du Cavalino Rampante devant son public, à Prenois, près de Dijon, mais il souffre de douleurs insupportables dues à une hernie discale au niveau des vertèbres cervicales, qui se prolongent dans le bras droit.