Eurosport
Avenir bouché : Esteban Ocon et Pierre Gasly condamnés par le marasme chez Alpine ?
Par
Publié 08/04/2024 à 23:09 GMT+2
L'Alpine ne répond pas aux attentes après une saison 2023 pourtant décevante. La monoplace ne vaut toujours pas un top 10 et, malgré un discours volontariste, une unité palpable à Enstone et à Viry, la pression monte. Luca De Meo, le PDG de Renault, fera un point cet été sur un projet qui ne décolle pas. Forcément, Esteban Ocon et Pierre Gasly regardent ailleurs. Mais n'est-il déjà pas trop tard ?
Instabilité permanente chez Alpine en F1 : "Ça donne le tournis"
Video credit: Eurosport
Le constat, d'abord. Trivial, terrible. Alpine s'enfonce dans une impasse depuis le début de la saison. La faute à une monoplace d'un nouveau concept, mal née et corrigée maladroitement. Avec l'A524, l'équipe française a fait un "pas en arrière" dimanche, selon Esteban Ocon, 15e du Grand Prix du Japon, à un tour et 41 secondes du vainqueur. Un diagnostic consenti, partagé au sein d'une équipe qui n'est pas dans le déni. Même si chacun se cache derrière une formule toute faite - "ce n'est pas là où on devrait être" - traduction d'une ambition déjà corrélée à la réalité et plus que jamais redimensionnée.
L'autre titulaire, Pierre Gasly, a fini 17e à Suzuka, plombé par une perte d'appui aéro - environ 0"5 par tour - suite à un contact en début d'épreuve avec… son coéquipier. De nombreux pilotes ont vu le calvaire du Rouennais en le dépassant, entre décrochages du train arrière à la moindre accélération et Vmax endémiquement faible, sanction d'un moteur en manque de chevaux (une trentaine), mais pas assez pour mériter une remise à niveau selon le règlement ; et ses concurrents de naguère, McLaren et Aston Martin…
"El plan" et les "100 Grands Prix" : une diversion
Alpine, c'est donc zéro point en quatre courses comme Williams et Sauber ; techniquement la dernière du championnat du monde suivant son "meilleur" résultat à date : une 13e place à Djeddah (Ocon) et à Melbourne (Gasly). Les circonstances n'y sont pour rien, l'équipe est à son niveau et c'est son pire début de saison depuis le retour sous le nom de Renault, en 2016. Comment en est-on arrivé là ? En huit ans, il est possible de faire beaucoup mieux en Formule 1 : Ferrari, McLaren, Williams, Red Bull et Mercedes l'ont prouvé en dominant le sport à cette échéance ou même avant, chez les pilotes ou les constructeurs. Voire les deux.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/04/08/3945509.jpg)
Le cap des 8 ans en Formule 1
Crédit: Quentin Guichard
Alpine n'a pourtant rien d'une exception. L'entité a suivi un parcours de montagnes russes comme toutes les autres avant elle. Sauf qu'elle a rechuté : elle a gagné en 2021 sur les débris d'un carambolage hongrois, pic providentiel avant un improbable retour à son point bas. Si sa base d'Enstone n'est pas à reconstruire sur des ruines comme en 2016, elle traîne comme un boulet un autre déficit, d'image : elle a dilapidé son crédit sympathie, son pouvoir d'attraction dans un turn-over infernal, minée par les égos comme l'avait dénoncé Alain Prost à son éviction. Elle a perdu sa dynamique, son statut d'équipe capable d'ajouter à moyen terme un chapitre aux épopées de Benetton (1994-1995) et Renault (2005-2006). Elle réclame du temps, se perd dans des concepts nébuleux - "El plan", les "100 Grands Prix" ; des outils marketing incantatoires autant que dérisoires. Et la fuite en avant continue : les réformes techniques de 2017 et 2022 ratées, elle donne rendez-vous pour le nouveau virage réglementaire, en 2026.
Doohan, faute de Sainz
Luca De Meo, PDG de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a promis un point cet été et les résultats signés jusqu'à la trêve pèseront plus lourd que le projet 2026, articulé autour d'un nouveau V6 et un novice de plus à la direction technique : Joe Burnell, après Matt Harmann en 2022. Si Bruno Famin loue l'esprit de solidarité de son équipe, la deadline estivale du big boss interpelle Esteban Ocon et Pierre Gasly. Revers après revers, les Normands répètent leur détermination à sortir tout le monde de ce mauvais pas. Ils en font peut-être trop car leur discours ressemble à un message envoyé à l'extérieur : ils ne baissent pas les bras et aspirent à mieux. Bref, ils sont de vrais des compétiteurs. En fin de contrat, surtout.
Bruno Famin en a pris acte. C'est de toute façon lui qui fixe l'agenda. Mais jusqu'à quand ? "Nous sommes contents de nos pilotes mais nous sommes préparés à tout scénario, a déjà prévenu le patron. Jack a besoin de tester pour grandir. Nous verrons bien ce que sera son futur..." Jack, c'est Jack Doohan, le pilote de réserve qu'Alpine veut préparer à la succession d'Ocon ou Gasly au cas où, faute de pouvoir attirer un pilote du calibre de Sainz. Parce que le temps des coups du type Ricciardo est terminé pour un bon moment.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/04/05/3943626.jpg)
Pierre Gasly (Alpine) au Grand Prix du Japon 2024
Crédit: Getty Images
Ocon et Gasly rêvent de Mercedes
Ocon et Gasly n'ont pas attendu leur patron. Ils sont en alerte depuis le 1er février et l'annonce du transfert de Lewis Hamilton chez Ferrari en 2025. La folie s'est emparée de la silly season et ça donne des idées. A 28 ans (ils sont nés en 1996), ils cherchent toujours à faire décoller leur carrière. Ocon n'a jamais connu de top team et son agent s'appelle Toto Wolff. Un rapprochement facile à faire avec Mercedes mais pas un argument décisif : l'Autrichien lui avait préféré George Russell pour remplacer Valtteri Bottas en 2022. Gasly ? Il n'a pas eu droit à une deuxième chance chez Red Bull. Son représentant a approché Wolff mais il n'est jamais sorti de la Q1 depuis le début de la saison…
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/04/05/3943627.jpg)
Bruno Famin (Alpine) au Grand Prix du Japon 2024
Crédit: Getty Images
Esteban Ocon, ce serait une forme de sécurité pour Mercedes, faute de Max Verstappen, Fernando Alonso, Carlos Sainz voire Andrea Kimi Antonelli ou Sebastian Vettel. A part ça, Aston Martin est l'écurie qui monte et une destination enviable. Si "Nando" quitte Silverstone évidemment.
Pas inspiré par McLaren
Pour les vainqueurs des Grand Prix de Hongrie 2021 et d'Italie 2020, la sortie de l'impasse et n'est pas pour demain. C'est même la décote, une forme d'oubli qui les menacent désormais. Et la stratégie d'Alpine reste floue. Enstone s'est concentré sur la fabrication de pièces au détriment d'un troisième châssis, et elle a fait fausse route à Suzuka en modifiant une monoplace qu'elle ne connaît pas bien.
L'an dernier, McLaren avait démarré de façon aussi pénible mais elle avait pris le temps du diagnostic et attendu le neuvième Grand Prix, début juillet à Spielberg, pour greffer les premières évolutions. Une méthode couronnée de succès dont ne semblent pas s'inspirer les Bleus. Dans une impasse comme jamais.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité