Getty Images

"Dès le deuxième run, j'ai compris que Lewis allait être un énorme problème"

"Dès le deuxième run, j'ai compris que Lewis allait être un énorme problème"

Le 22/03/2020 à 22:27Mis à jour Le 23/03/2020 à 20:16

FORMULE 1 - Ce n'est pas tous les jours que l'on réalise qu'un nouvel arrivant deviendra l'un des plus grands pilotes de tous les temps. C'est ce qu'a vécu Pedro de la Rosa en partageant la première séance d'essais de Lewis Hamilton chez McLaren, en 2006.

9 septembre 2006 : Lewis Hamilton est champion de GP2 Series au soir de la première des deux courses programmées sur l'autodrome de Monza. Le Britannique respecte depuis ses 13 ans le contrat que lui fixe annuellement Ron Dennis : gagner son championnat pour monter dans la catégorie supérieure.

Le gamin de 21 ans a une réputation de prodige. Il a spécialement impressionné en Formule 3 et en GP2, mais que vaut-il en Formule 1 ? C'est la question à laquelle l'équipe McLaren aimerait répondre au plus vite. En effet, l'équipe de Woking a enrôlé Fernando Alonso (Renault) pour 2007 et il lui manque un titulaire. Le renvoi de Juan Pablo Montoya est depuis quelques Grands Prix une opportunité pour l'expérimenté essayeur-maison Pedro de la Rosa, âgé de 35 ans. Ami de Fernando Alonso, il n'a d'ailleurs pas démérité en remplacement du Colombien : il a terminé deuxième du récent Grand Prix de Hongrie.

Lewis Hamilton, a une réputation de rapidité, et s'il connaît les circuits européens du Championnat du monde via le GP2, il n'a pas d'expérience de la F1 en termes de développement. Et puis, on est à une époque où un jeune peut progresser à coup de séances d'essais comme l'Espagnol l'a fait chez Renault en 2002 avant de pouvoir assumer une place dans un top team.

Pedro de la Rosa (McLaren) le 25 juillet 2007 à Jerez de la Frontera
" Il a fait un run, il était nulle part"

"Il était extrêmement doué, mais je n'imaginais pas à ce point, poursuit-il. Je savais qu'il était rapide, mais qui ne l'est pas ? Quand un jeune a gagné plusieurs championnats et qu'il arrive en Formule 1, il l'est forcément. Je savais que Ron [Dennis, le directeur de l'écurie] le soutenait depuis un bon bout de temps, qu'il le voulait dans son équipe. Mais je me suis dit : 'Essaie d'être le plus compétitif possible, ça peut le faire'. En tant que pilote-essayeur, j'étais un choix évident.

" En deux secondes devant les data, j'ai compris"

"Nous sommes donc allés tester tous les deux à Silverstone, avec Lewis. C'est là que j'ai changé d'avis, confie l'Ibère. Il y avait deux voitures. C'était sa toute première expérience en Formule 1. Il a fait un run, il était nulle part. Je me rappelle scrutant ses data avec Phil Prew, mon ingénieur d'alors. Phil m'a dit : 'Le garçon va devoir s'améliorer sacrément dans les années à venir. C'est un long chemin pour lui, mais il sera bon. Il faudra lui donner du temps, etc'… Je me suis dit : 'Oui, oui, oui…'"

"Et puis, j'ai fait un run, et je suis rentré, raconte Pedro de la Rosa. J'ai regardé les chronos, et j'ai vu que Lewis était plus rapide dans son deuxième run. J'ai demandé : 'Que se passe-t-il ?' Nous lui avons mis des pneus neufs' (a répondu Phil Prew). J'ai regardé les data… Il était tellement rapide dans Copse, Becketts, Maggotts… J'ai juste réalisé le potentiel de Lewis Hamilton. En deux secondes devant les data, j'ai compris que nous avions un énorme problème. Nous et tous les autres pilotes. C'était sa première fois à Silverstone, son deuxième run, et il était très très rapide. J'ai vu beaucoup de pilotes dans ma vie, des très bons, et j'en suis très honoré. Mais lui, je me suis dit : 'Wahoo, il est très spécial'. A la fin de la saison, je savais que Lewis serait dans la voiture de course (en 2007). Et je savais que Fernando Alonso était signé. Et je me suis dit qu'à la place de Ron [Dennis] et Martin [Whitmarsh, son adjoint], j'aurais pris la même décision. Lewis était incroyablement rapide et Fernando, nous le savions, était méga (rapide)."

"J'ai été surpris de voir Lewis exploser à ce point en 2007, ajoute-t-il. En y repensant, cette paire était possiblement la plus forte de tous les temps." Devant Alain Prost et Ayrton Senna, selon Pedro de la Rosa, parce que "la nouvelle génération était meilleure". "Quand, je regardais leur data, je me disais que ces gars venaient d'une autre planète."

Vidéo - Hongrie 2007 : Hamilton et Alonso font imploser McLaren au bout de la haine et du scandale

01:38