La saison 2020 n'est pas encore arrivée à son terme mais Mercedes se projette déjà... en 2022. Pour suppléer son champion Lewis Hamilton, touché par la Covid-19 et contraint de renoncer au Grand Prix de Sakhir, l'écurie dominante avait trois options possibles. Elle a fait une croix sur le choix de la facilité, laissant son réserviste Stoffel Vandoorne sur le flanc, et renoncé à celui de la raison, qui l'aurait amenée à élire Nico Hülkenberg. Tout ça pour tenter d'en savoir un peu plus sur son avenir. Avenir qu'aucun autre pilote n'incarne mieux que George Russell.
Russell, c'est le futur joyau de la couronne, le chouchou que toutes les grandes puissances du plateau cherchent depuis que Red Bull a jeté un ado dans l'un de ses baquets. Max Verstappen a beau avoir l'air d'être un vieux de la vieille, il a, en fait, amorcé une vague déferlante de pilotes issus de la même génération que lui. McLaren a Lando Norris, Ferrari a Charles Leclerc. Le pilote de King's Lynn est fait du même bois : airs de gendre idéal, aisance face aux médias, tueur sur la piste.
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Comme eux, il a gagné à peu près partout où il est passé (champion de Grande Bretagne en F4, vainqueur des GP3 Series, titré en F2...). Lui n'a pas bénéficié d'une promotion expresse pour une simple et bonne raison : Mercedes n'avait pas encore besoin de lui et avait beaucoup plus à perdre qu'à gagner en l'installant dans le voisinage de Lewis Hamilton. On ne touche pas au confort du champion d'aujourd'hui. On prend soin du cocon du champion d'après.

Invaincu en qualification

Le septuple champion du monde sur le flanc, l'opportunité était trop belle pour ne pas être saisie. Mercedes disposait d'un nombre incalculable d'éléments pour jauger le talent de son prospect. Le constructeur allemand a scruté son attitude, sa méthode - que l'on dit d'une minutie et d'un professionnalisme rares pour un pilote de son âge - et tout un tas de données indéchiffrables pour le commun des mortels, liées à sa réactivité, son sang-froid, sa vitesse.
Les autres ont vu ce que personne n'avait vu depuis Schumacher et Senna : une étonnante série d'invincibilité du prodige anglais en qualification face à ses coéquipiers. Sur les 36 séances du samedi qu'il a disputées en F1, Russell n'a jamais été battu par ses voisins de box, Robert Kubica puis Nicholas Latifi. Seuls les légendaires pilotes allemand (56) et brésilien (44) ont fait mieux.

George Russell (Williams) lors du Grand Prix de Bahreïn, le 28 novembre 2020

Crédit: Getty Images

Cette donnée-là est l'une des rares à être suffisamment fiable pour juger du talent du bonhomme. Chez Williams, écurie la moins performante du plateau, Russell est devenu un faiseur de miracles s'immisçant en Q2 le samedi après-midi, quand l'opportunité se présente. Même s'il n'est pas encore un produit fini. A Imola, il avait perdu le contrôle après une "erreur stupide" derrière la voiture de sécurité et pris un gros coup sur la tête, alors qu'il courait après son premier point en F1.

Bottas sous pression

"Tout cela fait partie du processus de développement, avait défendu Toto Wolff, patron de l'écurie Mercedes, dans des propos relayés par Autosport. Ce qui rend Lewis et Valtteri si spéciaux, et avant eux Nico [Rosberg], c'est l'expérience qu'ils ont acquise. Ce que George a enduré est arrivé aux meilleurs. Il traverse un passage horrible qui va s'effacer. Ça va être comme une cicatrice, et il sera un meilleur pilote à l'avenir."

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Avec lui, le dirigeant autrichien prend toutes les précautions du monde. Il sait pertinemment qu'un pilote doté d'une telle aisance n'a rien à faire en fond de grille. Même s'il n'a jamais bronché, par "loyauté" envers l'écurie qui lui a donné sa chance en F1. Même s'il s'estime capable de "faire aussi bien que Lewis Hamilton", à terme. "Si vous le mettez dans la bonne voiture, il est aussi rapide que le meilleur", avait dit à son sujet Charles Leclerc, insatisfait de la note dont a hérité le surdoué britannique dans le jeu vidéo officiel de la F1.
C'est le moment d'en savoir plus. Russell va découvrir l'étage du dessus tout frais payés, en n'ayant rien à perdre mais tout à gagner. Le test pourrait effectivement être beaucoup moins décisif pour lui que pour Bottas. Nulle part dimanche dernier lors du Grand Prix de Bahreïn, le Finlandais a laissé poindre une forme de lassitude ces dernières semaines. Mercedes n'attendra rien d'autre de lui qu'il endosse, sur la piste, le rôle de leader en l'absence du N.1. Sa performance servira d'étalon pour mesurer celle du chouchou d'à côté. Le pire pour lui, qui n'a jamais eu meilleure proposition qu'un contrat d'un an au sein de l'écurie, serait que les rôles soient finalement inversés.

George Russell et Valtteri Bottas (Mercedes) avant le Grand Prix de Sakhir, le 3 décembre 2020, à Bahreïn

Crédit: Getty Images

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