Dans un pays qui compte sur ses multiples événements sportifs pour se refaire une image au niveau international - le fameux "sportwashing" dénoncé par des organisations non-gouvernementales - après le "kidnapping" du Premier ministre libanais Saad Hariri en 2017, l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d'Istanbul en 2018, la guerre au Yemen ou de façon plus générale les atteintes aux droits humains, le Grand Prix de Formule 1 tient une place centrale.
Vendredi, les autorités locales ont été promptes à garantir la sécurité des personnes sur le site du circuit et dans toute la ville de Jeddah, malgré des questions légitimes sur ses capacités à prévenir d'autres attaques. Les rebelles yéménites Houthis ont lancé dimanche dernier des attaques dans le pays via des drones et des missiles. Une raffinerie d'Aramco avait déjà été touchée à Yanbu, une ville située à une centaine de kilomètres au nord de Jeddah. Celle perpétrée vendredi contre des réservoirs de produits pétroliers d'une autre usine d'Aramco, l'un des principaux sponsors de la Formule 1 et peut-être même le plus important, a marqué une nouvelle étape dans cette escalade, qui a envoyé un message au sport en pleine séance d'essais libres 1. Vendredi, les Houthis ont revendiqué au total pas moins de 16 attaques.
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En pleine action lors des essais libres 1, certains ont compris que quelque chose n'allait pas. "Je sens une odeur de brûlé, c'est ma voiture?", a interrogé Max Verstappen, à la radio. Le Néerlandais avait perçu l'incendie qui se développait à dix kilomètres du circuit. Les roulages terminés, une réunion de 40 minutes en présence des pilotes et des directeurs d'équipes a suffi à Stefano Domenicali, PDG du promoteur du championnat Formula 1, et au président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, pour exposer les garanties fournies au plus haut niveau de l'Etat saoudien pour la sécurité sur le site du Grand Prix ; alors qu'un second meeting, cette fois sans les pilotes, devait servir à décider de la suite.
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"Etre amenés ici n'est pas de notre responsabilité"

Pouvait-il en être autrement ? Oui, selon les pilotes, qui ont éprouvé le besoin de se réunir de leurs côté juste après le feu vert de Formula 1, pour discuter de la situation, exprimer leurs inquiétudes. Ces derniers sont "conscients des problèmes", a assuré Daniel Ricciardo (McLaren), qui, obligé de venir courir en Arabie saoudite, a choisi une forme de présence pro-active à l'image de Sebastian Vettel (Aston Martin) - absent à Jeddah pour cause de Covid - qui en décembre dernier avait organisé une course féminine de karting, pour promouvoir l'égalité des droits. "Je pense qu'en venant ici, nous avons aussi une chance de créer un changement ou d'avoir une influence positive", a résumé l'Australien.
"Etre amenés ici n'est pas de notre responsabilité mais nous essayons de faire ce que nous pouvons, et je pense qu'il est important que nous essayions simplement de nous informer", a ajouté le septuple champion du monde Lewis Hamilton, qui avait couru avec un casque arc-en-ciel pour soutenir la communauté LGBT au Grands Prix du Qatar, d'Arabie saoudite et d'Abou Dabi, en fin de saison 2021.
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"Ils seront sur la piste, vous verrez"

Après la réunion entre les directeurs d'équipes, FIA et Formula 1 qui s'est terminée tard, Stefano Domenicali a rejoint les pilotes pour discuter. On ignore ce qui en est ressorti mais les 20 acteurs du Championnat du monde n'ont sans doute pas eu d'autre choix que faire confiance à l'Italien, sur la foi des garanties données. De son côté, Toto Wolff, le patron de Mercedes, a posé le dilemme en rappelant que les directeurs d'équipe sont "unanimes" pour continuer et que ceux qui ne sont pas d'accord sont libres d'assumer leur choix, selon une formule ainsi résumée : "Nous en sommes en démocratie". "Ils seront sur la piste, vous verrez", a prédit Stefano Domenicali, à la façon d'un Bernie Ecclestone capable de battre le rappel dans le paddock au nom d'intérêts supérieurs.
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La réalité est malheureusement plus nuancée que ça, et le patron autrichien sait que les équipes sont tenues de courir les épreuves proposées par le promoteur du Championnat du monde, et que leurs pilotes eux-mêmes y sont obligés par leurs contrats. Dans ce cas de figure, on semble loin de voir un ou plusieurs pilotes adopter la position de Sebastian Vettel, qui avait très vite averti, dès le déclenchement de l'attaque contre l'Ukraine, qu'il n'avait pas l'intention de courir en Russie cette année. Ou justifier leurs réserves comme l'Allemand l'avait fait en fin d'année dernière au Qatar, lorsqu'il avait déclaré : "Il y a beaucoup de pays dans lesquels nous allons et où beaucoup d'argent que nous recevons, d'une certaine manière, n'est peut-être pas très propre."

Le prize money le plus élevé du championnat

"En fin de compte, c'est la responsabilité de ceux qui sont au pouvoir de faire des changements et nous n'en voyons pas vraiment. Nous avons donc besoin d'en voir plus", a ajouté Lewis Hamilton.
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Les pilotes le savent, le Grand Prix d'Arabie saoudite est devenu en quelques mois seulement un rendez-vous incontournable par ses enjeux financiers considérables, entre la présence d'Aramco comme partenaire prépondérant des Grands Prix et l'épreuve en elle-même qui assure à Formula 1 (et par ricochet aux équipes) le prize money le plus élevé du championnat du monde avec 50 millions d'euros (à égalité avec le GP de Miami). Avec ses contradictions, parmi lesquelles le fait de courir de nuit, ce qui impose un surcoût énergétique peu en rapport avec le message environnemental que la Formule 1 essaie de véhiculer.
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