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Hamilton n’a pas besoin de rouler pour être un grand champion

Hamilton n’a pas besoin de rouler pour être un grand champion

Le 19/03/2020 à 12:33Mis à jour Le 19/03/2020 à 21:42

GRAND PRIX D’AUSTRALIE – La F1 n’a pas roulé le week-end dernier à Melbourne, et n’est certainement pas ressortie grandie des tergiversations autour de la tenue, ou non, de l’épreuve. Tout le contraire de Lewis Hamilton qui, lui, n’a pas besoin de la piste pour se comporter en champion. En grand champion.

A la fin de la saison – pour l’heure, il est évidemment impossible de vous donner une date précise – Lewis Hamilton décrochera peut-être un septième titre de champion du monde de Formule 1. Qui sait. Il deviendrait ainsi l’égal du recordman en la matière, Michael Schumacher, alors qu’il domine déjà l’Allemand dans de nombreux autres domaines statistiques.

Viendra alors le temps de l’impossible délibération, où l’on s’amusera à classer le pilote britannique parmi d’autres illustres noms de la discipline. Il faudra alors tenir compte d’une autre matière que les chiffres. Et se rappeler que Hamilton n’est pas devenu un grand champion par ses seuls accomplissements sportifs.

La question de l’exemplarité

Depuis ses débuts en F1 ou presque, l’icône de Stevenage alimente un autre débat, insoluble lui aussi : un champion doit-il être exemplaire ? Lui n’a aucun doute à ce sujet.

Quelques jours avant le "Grand Prix" d’Australie, ou ce qu’il en a été, l’Anglais a rendu visite à une organisation caritative de réhabilitation d’animaux sauvages touchés par les graves incendies qui ont décimé le pays. En janvier dernier, il avait fait don de 500 000 dollars pour la lutte contre les feux.

En début de semaine, il partageait à ses 15 millions de followers sur Instagram les gestes "barrières" pour endiguer la pandémie de coronavirus. Surtout, il n’avait pas hésité, quatre jours plus tôt, à mettre les deux pieds dans le plat alors que le microcosme de la F1, occupé à chiffrer les pertes et à désigner les responsables, s’apprêtait à plonger dans le fiasco.

Lewis Hamilton (Mercedes) prend la parole en conférence de presse, avant le Grand Prix d'Australie 2020

Lewis Hamilton (Mercedes) prend la parole en conférence de presse, avant le Grand Prix d'Australie 2020Getty Images

En conférence de presse, Hamilton s’était dit "choqué" par la volonté de maintenir le Grand Prix, alors que la pandémie avait déjà fait des victimes en Australie et que des personnes âgées côtoyaient le paddock. "Mais l’argent est roi", avait-il souligné de manière osée, mais juste. Aucun autre pilote n’avait pris position de la sorte. Certains avaient même préféré accorder leur confiance aux instances dirigeantes.

Ce qui compte, c’est d’essayer

Il n’est de toute façon pas question, ici, de distribuer les bons ou les mauvais points. Simplement, le moment est opportun pour prendre un peu de recul, et s’interroger sur ce que peut être un champion, au-delà de son sport.

En octobre dernier, Hamilton s’en était pris au domaine de l’agriculture, "le plus gros pollueur, devant l’industrie du transport", et souhaitait inciter à "devenir végétalien". Ses détracteurs – Fernando Alonso en tête – avaient jugé ses idées et son discours incompatibles avec son train de vie.

Damon Hill, lui aussi champion, avait fini par trancher : "Nous sommes tous des hypocrites à des degrés divers, et si des gens comme lui ne s’exprimaient pas, nous continuerions tous à faire la même chose sans même essayer de changer."

Plusieurs mois plus tard, le débat est le même. Le sextuple champion du monde a choisi la "bonne" posture, mais il aurait probablement pris la piste si les organisateurs du Grand Prix étaient allés au bout de leur absurdité. Qu’importe. Peut-être qu’un grand champion ne doit pas être exemplaire. Mais qu’il doit d’abord essayer de l’être.

Lewis Hamilton (Mercedes), à Melbourne, le 12 mars 2020

Lewis Hamilton (Mercedes), à Melbourne, le 12 mars 2020Getty Images