Formule 1 - "C'est vraiment impitoyable" : Franco Colapinto et ses 5 courses avec Alpine, ou l'ubérisation des pilotes

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Le pilote argentin Franco Colapinto commence en Émilie-Romagne ce week-end son contrat de cinq courses signées avec l'écurie française Alpine. Il n'aura donc que sept semaines pour faire ses preuves, sous peine d'être remercié à son tour comme Jack Doohan avant lui, qui n'a eu que six cartouches. Des méthodes qui rappellent celles, décriées, de Red Bull, et de l'ubérisation de la société.

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Video credit: Eurosport

Il est arrivé ce jeudi matin avec un sourire presque incrédule. Comme si, malgré son statut de pilote de réserve Alpine depuis janvier, il n'avait jamais été question d'être titulaire un jour et qu'il avait une chance surréaliste de récupérer ce baquet. À partir de ce Grand Prix d'Emilie-Romagne à Imola, et jusqu'en Autriche au moins, ce sera pourtant bien lui, Franco Colapinto, le coéquipier de Pierre Gasly dans la deuxième Formule 1 française. Son contrat s'étend pour l’instant sur cinq courses, soit une de moins que les six disputées par son prédécesseur Jack Doohan cette saison, jeté sans vergogne après des débuts timides jugés insuffisants.
Le pire étant que l'Australien pourrait presque s'estimer heureux : au moment de l'annonce de sa titularisation, les rumeurs lui donnaient seulement deux courses pour faire ses preuves. Pile le nombre de chances qu'a finalement eu le Néo-Zélandais Liam Lawson quelques stands plus loin avec Red Bull, le temps que l'écurie autrichienne soit certaine qu'il était une erreur de casting et promeuve Yuki Tsunoda.
"Bien sûr que j’ai parlé à Jack (Doohan), a confirmé celui qui roule désormais pour l’écurie sœur VCARB. C’est dur pour lui : comment peut-on attendre de toi de montrer tout ce dont tu es capable en seulement cinq courses, en plus sur ta saison rookie ? C’est vraiment impitoyable." Évidemment, lui est bien placé pour le savoir et on ne doute pas qu’il y avait un message pour son cas personnel à peine caché entre les lignes, mais tout de même.
Depuis le début de la saison, les deux équipes défrayent la chronique pour leur gestion rocambolesque de leur deuxième baquet. Côté français, comme côté taureaux ailés, la mise en concurrence y est étouffante jusqu'au ridicule et la menace de se faire remplacer à la première erreur y est constante. "Je ne peux qu'imaginer que c'est une situation horrible, et ce traitement a été injuste" a estimé le rookie de Haas Oliver Bearman à propos de la gestion du cas Jack Doohan.
Son coéquipier Esteban Ocon, présent en conférence de presse ce jeudi, partageait d’autant plus son état d’esprit qu’il a eu personnellement affaire aux dirigeants d’Alpine : "Malheureusement, je ne suis pas vraiment surpris des décisions prises récemment par l’équipe, a commenté l’ancien pilote de l’écurie française. Je n’ai pas grand-chose d’autres à ajouter."
Je n'ai fait que 9 courses de F1 dans ma vie
Ici aussi, il y avait une ambiance de règlement de compte, mais c’était surtout l’opportunité de pointer du doigt les méthodes de Flavio Briatore, conseiller spécial d’Alpine depuis juin 2024, et désormais team principal officieux de l’équipe depuis le départ d’Oliver Oakes mardi dernier. L’Italien a une bonne tête de coupable de ces chaises musicales entre pilotes. Au nom, officiellement, d’une espèce de darwinisme des paddocks, aussi brusque qu’implacable.
Il y a surtout là le meilleur moyen de pousser un pilote encore peu expérimenté à surconduire, et inévitablement faire des erreurs. Franco Colapinto, lui, préfère ne pas y penser : "Nous verrons bien, a-t-il écarté à propos de cette possibilité. Je ne pense pas en fonction de ces cinq courses. Mais bien sûr, quand vous entendez Carlos (Sainz) dire qu'il lui a fallu dix courses pour appréhender sa nouvelle voiture, je pense que cinq ce ne sera pas assez pour moi. Je n'ai fait que neuf courses de F1 dans ma vie."
Finalement, le sport de haut-niveau est simplement victime à son tour de l'un des maux de la société : l'ubérisation. On n'irait pas jusqu'à parler de contrats précaires, au vu des salaires mirobolants de ces pilotes, mais il y a de ça. Franco Colapinto n'avait même pas disputé une seule séance d'essais libres dans son nouveau baquet que l'on apprenait déjà qu'Alpine discuterait avec l'ancien pilote Red Bull Sergio Peréz. Le point commun des deux hommes : des soutiens financiers énormes, prêts à aligner des contrats de sponsoring très généreux une fois leur poulain choisi par une écurie. Dans le cas de Colapinto, l'un de ses partenaires aurait promis de tripler le montant de son apport en cas de titularisation. Et chez Alpine, on est visiblement meilleur en calcul mental qu'en ingénierie.
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