Carlos Sainz sera particulièrement attendu ce week-end à Montmelo. Par une foule espagnole impatiente de voir triompher le premier pilote local depuis Fernando Alonso en 2013, et au-delà de ça par toute une Scuderia Ferrari qui n'a justement plus gagné en Catalogne depuis cette même année. Sevré de pole position et de victoire depuis le début de sa carrière en Formule 1, le Madrilène de 27 ans est-il capable d'ouvrir enfin son palmarès, après 145 courses en championnat du monde ? Là est toute la question.
La F1 75 est annoncée jusque dans les rangs de Red Bull comme la grandissime favorite du Grand Prix d'Espagne, la sixième manche du Mondial. Elle a dominé le début de saison, mais avec Charles Leclerc aux commandes. Elle va recevoir des évolutions techniques - un nouveau plancher notamment - qui doivent lui permettre de gagner jusqu'à 0"3 ou 0"4 par tout sur ce tracé rythmé, où les enchaînements de virages rapides lui sont répétés favorables Mais cela ne saurait suffire à faire de lui l'homme à battre. Car depuis le début de saison, le fils du champion du monde des rallyes 1990 et 1992 est clairement à la peine face à son coéquipier monégasque, aussi bien en qualification qu'en course. Et en étant objectif, on ne voit pas au vu de ce qu'il a montré dernièrement comment il pourrait prendre le dessus à la régulière, ou sans bénéficier d'une erreur du pilote de la Principauté.
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Le problème du survirage

Il est un titulaire qui ne gagne pas, il le sait, ça lui pèse, et l'échéance de son épreuve à domicile ne fait que lui rappeler ce constat. C'est vrai, la "rossa" n'était pas dans le coup l'an dernier, mais ça fait cinq fois qu'il rate le coche cette année. Si l'on excepte les intermittents du spectacle Luca Badoer, Giancarlo Fisichella (2009), Mika Salo à qui l'on avait demandé de ne pas gagner (1999) ou encore Nicola Larini (1994), il faut remonter à Ivan Capelli, en 1992, pour trouver trace du dernier pilote régulier de Maranello passé par la Scuderia sans rien gagner.
Pourquoi Carlos Sainz en est-il là ? Parce que son ADN de pilote ne supporte pas le survirage, qui convient au contraire très bien à Charles Leclerc. A entendre l'Espagnol, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes l'an dernier, mais ses nombreuses fautes de pilotage avaient suggéré une autre réalité. Sans le payer cash comme cette année.
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Le pilote au n°55 vit actuellement le même problème que Sebastian Vettel en 2019 et 2020, et qui a poussé l'Allemand vers la sortie. Il déteste sentir le train arrière de son bolide au bord de la rupture d'adhérence, alors que le Monégasque apprécie le pilotage sur fil du rasoir. Avec n'importe quoi d'ailleurs. Pas plus tard que le 8 mai à Fiorano, à bord de la Ferrari 312 T4 de Gilles Villeneuve, quarante ans tout juste après la mort du Canadien à Zolder, en Belgique. "Charlot" a parlé d'une machine "très joueuse et survireuse", "très amusante à conduire."

Erreurs à répétition

Mattia Binotto s'est peut-être emballé en prolongeant le contrat de l'Ibère pour 2023 et 2024, sur la foi du doublé assuré par l'Espagnol en ouverture de la saison à Bahreïn, et de sa troisième place acquise en Arabie saoudite. Car il n'a pas vu sa terrible faute de précipitation dans le troisième tour du Grand Prix suivant, en Australie, comme un signal d'alerte. Qualifié neuvième à cause d'un drapeau rouge puis d'un manque de temps pour préparer son seul tour décisif en Q3, il a manqué de lucidité dans les roues de l'outsider Mick Schumacher (Haas). En voulant faire oublier son départ calamiteux (cinq places perdues), il a tout gâché. "En essayant de reprendre des positions, j'ai commis une erreur en attaquant trop tôt alors que mes pneus n'étaient probablement pas prêts. J'ai manqué de calme", a-t-il avoué.
Deux semaines plus tard, devant les tifosi à Imola, un mur le stoppa net en Q2. "C'est une erreur un peu bizarre, pour être honnête, a-t-il plaidé. Je ne la comprends pas très bien parce que je n'attaquais pas fort, je n'étais pas à la limite. Je ne peux que demander pardon." Une nouvelle erreur manifeste réparée dès le lendemain, à l'issue d'une belle remontée en course "sprint" (P4 pour 5 points). Avant la poussette de Daniel Ricciardo (McLaren) et l'enlisement dans les graviers le dimanche, à la première chicane.
Mais l'étape suivante, à Miami, n'a rien eu de très rassurant non plus à cause d'un carton dès les essais libres 2, ce qui a obligé "Charlot" à reprendre le programme de tests, sans pouvoir le boucler. "Désolé les gars. Je ne sais pas ce qui s'est passé", a dit le n°2 de la Scuderia…

Leclerc aussi habile que Schumacher

Battu pour la cinquième fois en autant de séances de qualification face à son leader (seuls Norris et Bottas affichent de tels scores) suite à une erreur en fin de Q3 floridienne, Sainz a sauvé un podium le dimanche grâce aux soucis de moteur de Sergio Pérez (Red Bull). A minima ce qu'on lui demandait, sans faire oublier le reste. Ce qui lui a fait parler d'un "résultat correct" et évoqué encore ses difficultés au volant d'une F1 75 qu'il reconnaît ne pas comprendre. "Avec la chaleur, la voiture bougeait, glissait beaucoup et on a le résultat qu'on mérite. Il va falloir essayer de construire à partir de ça…", a-t-il résumé.
Dépassé en vitesse pure, incapable de bloquer Max Verstappen (Red Bull) au départ, Carlos Sainz ne s'en sort décidément pas aussi bien que Charles Leclerc au volant de la F1 75, mais certains détails l'expliquent selon Shinji Nakano. "Leclerc et Sainz utilisent des techniques différentes pour stabiliser leur voiture dans les virages lents, explique l'ancien pilote de Formule 1 au site As-web.jp, dont GPblog.com a repris les propos. Leclerc combine freinage et accélération. Ça peut parfois donner quelque chose de mauvais. avec cette technique, on peut appuyer sur la pédale d'accélérateur lorsque le voiture devient un peu 'nerveuse'. Ça n'est pas bon pour la consommation d'essence ou pour les freins, mais ça peut être utile dans certaines situations."
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En d'autres termes, Charles Leclerc a pris ce tic de pilotage qui permettait autrefois à Michael Schumacher de stabiliser sa monoplace au plan aérodynamique dans des phases critiques de freinage.
"D'un autre côté, Sainz est plus traditionnel, observe Shinji Nakano. Il n'utilise pas son frein et son accélérateur en même temps. La technique de Leclerc est avantageuse sur les circuits où la Ferrari n'est pas rapide dans les virages", ajoute-t-il. Mais ce ne sera pas le cas à Montmelo. Une chance pour Sainz ?
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