F1 I Grand Prix d'Espagne I Kimi Antonelli, l'autre amour des tifosi : l'Italie peut-elle vraiment tourner le dos à Ferrari ?
Eurosport sur GoogleKimi Antonelli repousse décidément toutes les limites. Vainqueur du Grand Prix d'Italie dimanche dernier et lancé vers un premier titre mondial, le pilote Mercedes bouscule aussi les habitudes des tifosi. À Monza, même les supporters de Ferrari ont fini par vibrer pour lui. De quoi poser une question presque impensable en Italie : peut-on désormais préférer Antonelli à la Scuderia ?
Antonelli dans un "rêve", Leclerc et Hamilton dans un cauchemar : les réactions de la course
Video credit: Eurosport
C'est une scène que personne, ou presque, n'aurait pensé voir un jour à Monza. Qui aurait pu croire, sérieusement, qu'un pilote qui ne porte pas une combinaison rouge serait porté en triomphe par les tifosi amassés sur la piste ? C'est pourtant ce qui est arrivé dimanche dernier. Face au fiasco de Ferrari à domicile, les supporters de la Scuderia ont fini par se rabattre sur ce qu'il leur restait : Kimi Antonelli. Du haut de ses 20 ans, le jeune pilote italien de Mercedes, remonté de la 19e place au terme d'une course légendaire, a ainsi été célébré à la hauteur de son exploit.
De la Curva Alboreto aux longues lignes droites de Monza, alors que le rouge était évidemment partout, tout le monde s'est levé lors des derniers tours pour fêter un gamin qui filait tout droit vers l'histoire. Des tifosi de la Rossa serrant les poings et applaudissant une Mercedes : voilà une image que nous n'aurions jamais imaginée... Toto Wolff non plus, d'ailleurs.
"Ils étaient tous tellement heureux, se remémorait Toto Wolff jeudi dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport. Ils criaient tout le temps "Forza Ferrari", "Forza Kimi" et, quand ils me croisaient, "grande Toto !". Cela a été une immense émotion, pour toute l'équipe mais surtout pour Kimi, parce que gagner à domicile est l'un des plus grands rêves pour un pilote de Formule 1. En plus, il l'a fait au terme d'une remontée exceptionnelle et il a été énormément applaudi, y compris par les supporters de Ferrari. Avec une course parfaite, il s'est offert un souvenir qui restera gravé en lui toute sa vie." Les tifosi aussi, puisqu'ils ont pu voir le quatrième Italien de l'histoire s'imposer dans le "Temple de la vitesse", le premier depuis 60 ans. De quoi les faire définitivement chavirer pour le natif de Bologne ?
Une très belle page de sport
Diffuseur officiel de la F1 en Italie, même la chaîne Sky Italia semblait en proie à une sorte de saine schizophrénie dimanche dernier. Carlo Vanzini, célèbre commentateur de la F1 de l'autre côté des Alpes, s'enthousiasmait d'un "vole gamin, vole !" puis d'un "c'est incroyable, c'est historique !". Avant de retomber soudainement sur terre en promettant une analyse salée de "la faillite de la Scuderia" après le GP. Comme si, l'espace d'un dimanche, célébrer Antonelli ne revenait plus tout à fait à trahir Ferrari. Même à la "casa".
"Voir cette marée de supporters sauter en criant le nom de Kimi sous le podium a été fantastique. Et cela m'a amené à la conclusion que les supporters italiens n'ont pas à choisir entre Ferrari et Antonelli : ils peuvent profiter des succès des deux, assurait Toto Wolff au quotidien italien. Kimi est un pilote jeune, brillant, qui fait renaître dans son pays le rêve d'avoir un pilote capable de gagner après soixante-dix ans. Et de l'autre côté, il y a Ferrari, qui est l'équipe nationale. C'est comme si les Italiens avaient désormais deux occasions de gagner."
Pour Stefano Domenicali, le patron de la F1, c'est "une très belle page" qui s'est écrite pour le sport italien. "Une très belle page pour notre pays, et une très belle page aussi pour les tifosi de Ferrari qui, face à la performance extraordinaire d'un Italien qui est en train de montrer qui il est, lui rendent hommage", ajoutait-il au micro de Sky Italia.
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Où situer l'exploit d'Antonelli à Monza parmi les remontées les plus folles ?
Video credit: Eurosport
Pour Vincenzo Gibiino, président du Ferrari Club Italia, il n'est pas question de choisir. Car Antonelli touche à quelque chose qui dépasse même les couleurs de son écurie : l'italianité. "Je suis d'accord pour dire que c'était magnifique de voir les tifosi se lever pour Kimi. C'est une magnifique page de notre sport. Voir nos compatriotes réussir dépasse, selon moi, la question de la voiture qu'ils pilotent. Ils sont célébrés en tant qu'Italiens. C'est pareil dans d'autres sports : le volley, le tennis, etc.", nous explique-t-il. "Nous voulons célébrer l'italianité."
Une fierté nationale qui permettrait donc de faire cohabiter l'impensable : l'amour presque viscéral pour Ferrari et celui, encore naissant, pour un pilote Mercedes. "C'est un garçon qui, comme beaucoup d'autres, s'investit dans le monde du sport automobile. Mais, par rapport aux autres pilotes, il montre qu'il est capable d'atteindre ses objectifs tout en conservant, extérieurement, une sérénité et un sourire qui font comprendre qu'on peut rester soi-même, avec un bon caractère, même en arrivant au sommet mondial. Cela joue aussi dans sa popularité", ajoute notre interlocuteur.
Un peu comme Jannik Sinner, finalement ? "Exactement. On le voit lorsqu'il se préoccupe des ramasseurs de balles, lorsqu'il porte son regard sur les personnes les plus faibles, plutôt que de regarder forcément le représentant d'un sponsor important ou les autorités du moment", affirme-t-il.
Conscient de l'engouement qu'il provoque dans son pays (La Gazzetta dello Sport a même proposé des réductions sur ses abonnements après sa victoire), Antonelli, qui a augmenté de sept points son avance au championnat sur son coéquipier George Russell, désormais relégué à 66 longueurs, sait qu'il entrerait définitivement dans la légende en cas de première couronne planétaire.
Les tifosi, partagés entre leur fidélité à Ferrari et leur admiration pour le nouveau phénomène du pays, pourraient être de plus en plus nombreux à rallier sa cause. Surtout qu'en F1, ils attendent une couronne mondiale depuis presque deux décennies : le dernier titre mondial des constructeurs de la Scuderia remonte à 2008 et le dernier titre des pilotes à 2007 avec Kimi Räikkönen. Une éternité.
Les tifosi peuvent-ils basculer du côté obscur ?
"Nous sommes absents du palmarès en Formule 1, mais nous remportons des victoires au Mans, le championnat du monde WEC, nous gagnons en GT3, en GT Cup et, incontestablement, dans le domaine des GT et des Hypercars, nous sommes numéro un, rappelle toutefois Gibiino. Je ne sais pas si cette absence de titres en F1 peut réellement jouer sur l'amour des tifosi. À Monza, nous avons vu qu'il y avait un public de toutes les générations. Je m'arrêterais plutôt à l'idée que les gens veulent aujourd'hui célébrer les réussites de cette nouvelle génération de sportifs italiens sous toutes leurs formes : qu'il s'agisse des voitures Ferrari ou de sportifs qui s'imposent."
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Kimi Antonelli (Mercedes) sur le podium du Grand Prix d'Italie 2026
Crédit: Getty Images
Place alors à la grande question : peut-on être supporter de Ferrari... et de Kimi Antonelli en même temps ? "Selon moi, oui, affirme Gibiino sans sourciller. Les deux peuvent cohabiter. On est 'ferrariste' parce que ce qu'ils ont réussi à construire chez Ferrari est quelque chose d'unique au monde. Tout le monde essaie de nous copier, mais Ferrari est aussi intrinsèquement une représentation de la tradition et de la technologie entièrement italiennes dans le monde entier."
Mais jusqu'où cette double passion peut-elle réellement aller ? Et surtout, résisterait-elle à un duel frontal entre Antonelli et Ferrari pour le titre mondial ? Imaginez, dans un futur plus ou moins proche, une dernière course décisive avec, d'un côté, Antonelli et, de l'autre, un pilote de la Scuderia...
"Selon moi, les Italiens continueraient à être avec Ferrari, mais ce serait une course avec d'énormes battements de cœur, imagine Vincenzo Gibiino. Ce serait une grande souffrance, parce que pendant toute la course, ils ne sauraient pas quoi choisir. Mais je pense que ce qui coule dans les veines des tifosi reste Ferrari."
Un effet... Rossi ?
Reste alors une dernière hypothèse : celle d'un "effet Valentino Rossi". Pendant des années, le "Dottore", flanqué de son célèbre numéro 46 chez Yamaha, a réussi à fédérer l'Italie derrière lui. Même face à Ducati. Antonelli peut-il devenir, à son tour, plus important que l'écurie pour laquelle il roule ? "Cela pourrait arriver, estime Vincenzo Gibiino. Mais en MotoGP, on célèbre d'abord le nom du pilote qui court, puis seulement après on dit : 'Ah, mais celui-là roule avec une Ducati', par exemple. En Formule 1, c'est différent : la marque est plus forte, la voiture est beaucoup plus mise en évidence. Mais la particularité de ce garçon pourrait créer un effet Rossi." Qui ne serait toutefois pas suffisamment puissant pour faire oublier Ferrari.
"Non, non, non. Je ne crois pas qu'on puisse soutenir quelqu'un contre Ferrari, coupe court le président du Ferrari Club Italia. Soutenir les deux, oui. Mais contre Ferrari, non. Ferrari reste au-dessus de tout et de tout le monde." À moins, finalement, de trouver le moyen le plus simple de résoudre ce dilemme : réunir les deux. En Italie, le fantasme d'un Antonelli en rouge existe déjà. "Bien sûr, c'est évident. Antonelli est de Bologne, Ferrari est à Maranello. Ce serait un mariage parfait. Selon moi, c'est un rêve permanent des ferraristes." De Bologne à Maranello, il n'y a après tout qu'une cinquantaine de kilomètres...
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