Grand Prix d'Espagne 2026 | De Monza au Madring, la petite mort de la Formule 1
Par Julien Pereira
Mis à jour 12/09/2026 à 13:59 GMT+2
Vendredi, les 22 pilotes de la grille ont découvert le Madring. Un tracé radicalement différent du mythique circuit de Monza, où ils n'avaient pu produire qu'un spectacle de mauvaise qualité la semaine dernière. Pas sûr qu'ils puissent faire mieux, dans la banlieue de la capitale espagnole, dans un enchaînement qui illustre à quel point cette nouvelle réglementation n'est pas bonne pour le sport.
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Seulement sept jours et un gros millier de kilomètres, une broutille à l'échelle de la Formule 1, séparent le Grand Prix d'Italie de celui d'Espagne. Pourtant, très peu de choses de ce que verront les spectateurs, ce week-end, ressembleront à ce qu'ils avaient vu, jusqu'à dimanche dernier, lors de la course remportée par Kimi Antonelli. En piste, tout sera différent. Ce qui ne veut pas dire que ce sera mieux.
À Monza, ils avaient assisté à la destruction d'un mythe. Le circuit italien étant ce qu'il est - c'est-à-dire un terrain de jeu pour la puissance moteur et un berceau du sport automobile - il a aussi constitué un sacré casse-tête à la FIA. Pour la simple et mauvaise raison qu'avec la réglementation actuelle, les monoplaces ne sont absolument plus adaptées à ce type de tracé où les pilotes écrasent la pédale environ 80% du temps.
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Cette caractéristique aurait poussé les pilotes à multiplier les phases de "lift and coast" et de "super clipping" afin de recharger les batteries, devenues quasiment aussi importantes que le moteur thermique avec la nouvelle réglementation. Pour éviter de montrer des pilotes qui "lèvent le pied", ou dont les montures perdent plusieurs dizaines de kilomètres par heure en bout de ligne droite, la FIA avait réduit, à Monza, la quantité d'énergie pouvant être récupérée à 5 MJ par tour (contre 8,5 habituellement).
Monza n'était plus le Temple de la Vitesse
Conséquence : la vitesse de pointe des F1 a ainsi été drastiquement réduite et les pilotes ont peiné à atteindre les 320 km/h sans inspiration, sur un circuit où elles dépassaient allègrement les 350 km/h l'année dernière. "Sur un circuit comme celui-ci, le problème se pose quelle que soit la direction que l'on prend", avait observé Oscar Piastri avant le week-end.
Monza n'était donc plus tout à fait Monza. "Nous entrons sur la piste et nous lisons 'Temple de la Vitesse', mais ce n'est plus le Temple de la Vitesse, avait lui déploré Fernando Alonso et son très aiguisé sens de la formule auprès du journaliste Jorge Peiro. Nous avons atteint 350 et 360 km/h à Barcelone et Budapest, mais ici nous n'atteignons que 312 km/h. Monza a cessé d'être le Temple de la Vitesse".
Il y a quelques semaines, Stefano Domenicali, PDG de la F1, certifiait que "la grande majorité des fans ne s'intéressaient pas aux détails techniques", mais qu'ils étaient "concentrés sur ce qui se passe sur la piste." S'il avait voulu manquer de respect aux amoureux de ce sport et sous-entendre que le "grand public" était facilement influençable, l'Italien ne s'y serait pas pris autrement.
Ce n'est vraiment pas comme ça que ça devrait se passer
Il n'est pourtant vraiment pas certain que les uns, comme les autres, aient véritablement apprécié le spectacle présenté à Monza, ce festival de dépassements "au bouton" où les pilotes ont engagé leur gestion de l'énergie, bien plus que leur talent et leur cran, pour gagner des positions. Mais la F1, elle, était très fière d'afficher, en plein Grand Prix, que Kimi Antonelli avait réalisé 25 dépassements au total avant de se défaire définitivement de son coéquipier George Russell. Dont aucun dont on se souviendra.
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"Dans l'histoire de ce sport, normalement, le pilote le plus déterminé, le dernier à prendre les freins, le premier à appuyer sur la pédale d'accélérateur, le plus engagé à haute vitesse, finit par être récompensé, a rappelé Max Verstappen dans une excellente interview accordée à la BBC cette semaine. Parce que le temps se gagnait dans les virages."
Puis il a ajouté : "Maintenant, tu ne cesses de te dire : 'Dans ce virage, je vais peut-être devoir me retenir un peu. Remettre les gaz plus tard. Ou freiner plus tôt. Ou lever le pied. Et comme ça, j'aurai une meilleure vitesse de pointe.' C'est tellement peu naturel. Ce n'est vraiment pas comme ça que ça devrait se passer."
Encore des dépassements au bouton
Au Madring, les F1 n'auront aucun mal à recharger leurs batteries, puisque les zones de freinage sont nombreuses. Mais ce n'est pas pour autant qu'il y aura plus de spectacle. Ce nouveau circuit a été adopté pour tout un tas de raisons, qui correspondent aux critères exigés par Liberty Media, notamment pour générer plus de revenus. Mais il ne favorise pas les dépassements. Du moins, ceux qui ne seraient pas simplement effectués à l'aide d'un bouton magique.
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Max Verstappen, encore, lors d'un live Twitch : "La seule chose qui est dommage, c'est que beaucoup de zones de freinage sont inclinées, donc vous ne pouvez pas tenter un dépassement parce que vous freinez et tournez soit à droite, soit à gauche, a-t-il détaillé. Ce qui est la pire chose à faire pour créer une opportunité de dépassement."
La F1 n'est, heureusement, pas qu'une affaire de dépassements, et savoir apprécier la bravoure de pilotes qui navigueront à des vitesses folles entre deux rails, un peu comme à Djeddah, doit aussi être un impératif pour le spectateur. Le "grand public" si cher à Stefano Domenicali n'a sans doute pas cette sensibilité-là. Alors, de Monza au Madring, en l'espace de sept jours, les huiles de la discipline auront peut-être réussi à ne satisfaire personne, sauf elles-mêmes.
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