1000e Grand Prix de McLaren | Self made man, culture de l'erreur assumée et cocooning : le style Zak Brown

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Parti de rien, Zak Brown est devenu un leader charismatique chez McLaren en huit ans. Moins que le temps qu'il s'était fixé pour gagner le respect de tous sur la piste. Jusqu'à poser le logo papaye sur les Coupes des champions du monde des marques et des pilotes, l'an dernier. Comment ? C'est ce qu'il révèle dans sa bio.

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Zakary Brown ne s'est pas oublié dans les commémorations du Grand Prix de Barcelone-Catalogne, lors duquel McLaren va devenir une écurie millénaire. Dimanche à Montmelo, l'écurie britannique fondée en 1966 par le Néo-Zélandais Bruce McLaren rejoindra un cercle auquel appartenait seulement Ferrari, depuis 2020.
Le boss US de l'écurie de Woking a le sens du timing, et sa fierté ne pouvait passer à côté d'une telle échéance, marquée par une renaissance éclatante dont il a été l'acteur majeur, la clé de voute, depuis son arrivée à la tête de l'équipe de Woking. Fin 2016, il avait estimé à dix ans la durée nécessaire pour redonner à la belle anglaise endormie, moribonde à tout point de vue, son lustre d'antan. Rouvrir la vitrine pour y mettre des trophées de victoires, et finalement les plus belles coupes : celle du championnat du monde des constructeurs en 2024 et en 2025, et des pilotes l'an dernier.
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A la rencontre de Mickey Mantle

L’Étasunien de 54 ans a sorti sa biographie française en mai ("Pour sept dixièmes de seconde, Dans les coulisses de McLaren", aux éditions Talent Sport) pour raconter tout ça, dire comment il en est arrivé là. Pas seulement depuis son installation dans le fauteuil papaye. Il fait remonter son histoire à sa jeunesse marginale, son aversion pour l'école et sa nature conflictuelle. Un point de départ d'où il était impossible d'imaginer une telle ligne d'arrivée, un sursaut personnel basé sur une ambition aussi folle que soudaine, servie par un acharnement dans le travail, à en faire peur. Celle d'un gamin fondu de baseball ayant chaque jour fait le siège, des mois durant, du standard téléphonique du domaine de golf où jouait Mickey Mantle, jusqu'à arracher une rencontre avec son idole, sur un malentendu. Celle, plus tard, d'un aspirant pilote - deuxième de la course de Formule 3 au Grand Prix de Grande-Bretagne 1994 - ayant compris son don pour conclure des deals commerciaux.
"Ce côté entrepreneur et baratineur, on pourrait dire que ça remonte à ma période difficile à l'école, quand je n'avais pas d'autre choix que de baratiner pour me tirer des emmerdes", pose-t-il, dans les pages de son livre. De son bureau où il s'enfermait pour passer ses coups de téléphone du matin au soir, il a fait une affaire florissante - Just Management International -, jusqu'à un empire incontournable dans le paddock de l'Indycar et de celui de la Formule 1. Son business tout juste vendu, McLaren et Liberty Media le courtisent pour faire de lui leur nouveau patron. Ce sera Woking plutôt que Londres. Un choix dont se félicite vite son pilote vedette, Fernando Alonso. "Oui, c'est sûr que c'est agréable quand il dit en conférence de presse que je suis un génie du marketing et le meilleur patron qu'il ait eu", se targue le natif de Los Angeles.
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Si une erreur est commise, c'est aussi la mienne
"Si les gens vous aiment, ils vous feront confiance. Pendant toute ma carrière, j'ai misé sur la sympathie et la confiance que j'inspire aux autres", confie-t-il. La confiance, voilà son credo. La raison pour laquelle il délègue, beaucoup, et que McLaren est remplie de directeurs jusqu'à ressembler à une armée mexicaine. Mais ça fonctionne : les gens sont responsabilisés, poussés à l'initiative, et il veille à ce que personne ne marche sur les plates-bandes du voisin. En s'appliquant un principe jusque sur le muret : ne parle que des domaines qu'il connait. C'est pour ça qu'il n'échange qu'avec son directeur d'équipe, Andrea Stella, sans jamais interférer dans la stratégie.
"Je suis un leader démocrate et diplomate, résume-t-il. Un leader bienveillant. Au bout du compte, quelqu'un doit prendre une décision et j'ai le dernier mot. Cependant, je n'ai aucun problème à donner ce dernier mot à quelqu'un d'autre. Si nous sommes en réunion et que je ne suis pas du tout d'accord avec une suggestion et que je pense qu'on va dans le mur, je l'outrepasse. Mais je sais aussi que je ne sais pas tout, donc j'ai parfois eu tort. Je n'ai également aucun problème à ne pas être d'accord, à expliquer pourquoi je suis en désaccord, mais à laisser faire les choses quand même. Et il s'avère que si c'est une erreur, tant que c'est assumé, nous avançons et il n'y a aucune culture du 'Je te l'avais dit'".
"Si une erreur est commise, c'est aussi la mienne car je l'ai laissée se produire", ajoute-t-il. Avec une limite : ne jamais commettre deux fois la même.
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Il y a dix ou vingt ans, j'aurais été le premier à dire : 'C'est quoi ce bordel ?'
Pourtant, l'erreur de stratégie reste un marqueur chez McLaren ; qui en a même parfois fabriqué elle-même, comme en Hongrie en 2024, lorsqu'elle a fait rentrer Lando Norris avant Oscar Piastri, alors en tête, pour protéger l'Anglais d'un undercut et en même temps préserver le doublé. Quitte à demander ensuite au Britannique de laisser passer l'Australien, ce qui est effectivement arrivé. Tout le monde lui est donc tombé dessus, mais le poste de commandement de McLaren aurait été aussi critiqué pour son manque d'intelligence situationnelle s'il n'avait pas bougé et offert ce jour-là la deuxième place sur un plateau à George Russell (Mercedes). Trois points étaient en jeu, une distorsion de concurrence contre l'assurance d'un doublé : voilà pourquoi McLaren avait assumé ses "papaya rules".
Parfois, une erreur grossière a livré un jugement sans appel, à l'intérieur comme à l'extérieur du garage. Mais au fil du temps, Brown a arrêté d'être un patron aboyeur, par frustration ou autorité mal placée. "J'ai assez d'expérience pour savoir qu'en réalité, je n'ai pas tous les faits, appuie-t-il. Je sais aussi que mes employés vont quitter le muret en étant agacés et que ce n'est pas le moment pour moi de leur tomber dessus sans avoir toutes les informations. Donc j'attends quelques jours (…) Il y a dix ou vingt ans, j'aurais été le premier à dire : "C'est quoi ce bordel ?" Mais maintenant, j'ai changé d'approche : 'Donnez-moi les faits, faites-moi comprendre ce que pensait le muret des stands'". Le mardi est donc jour de debriefing à Woking.
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Crédit: Getty Images

Piastri, un "gamin gentil"
Dans cette polémique sciemment créée dont chacun n'a pas saisi toute la dimension sur l'instant, Zak avait la puissance de l'argument contractuel : "Nous avons demandé à Lando d'échanger les places, et certaines personnes ont dit qu'il était faible parce qu'il a accepté, mais ça a toujours été notre accord." Une ligne rouge : l'écurie passe avant l'employé.
Cette partie visible ne saurait occulter tout le reste, la partie immergée de l'iceberg, parce que le boss passe son temps à chouchouter ses pilotes, les premiers ambassadeurs d'une certaine idée de la compétition - "perdre d'une bonne manière plutôt que gagner d'une mauvaise", d'une certaine image de la marque à préserver. Il parle de Piastri comme d'un "gamin gentil", "introverti", soutenu à chaque Grand Prix par une famille "qui n'interfère pas". Une chance. De Lando comme d'un jeune bien élevé. "Lando vient aussi d'une bonne famille, dit-il. Je pense que c'est Alex Ferguson qui parlait souvent de signer des joueurs pour leur caractère autant que pour leur talent et je crois totalement en cela, Lando est un exemple brillant de la pertinence de cette politique."
Et quand l'ambiance change dans un côté du garage, il sait ce qu'il faut faire. "Je peux remarquer quand ils deviennent vraiment anxieux, et je déploie des tactiques différentes, explique-t-il. Quand Lando a besoin d'un boost, je peux le faire éclater de rire et je sais que je l'ai replacé dans une bonne situation (…) J'essaie de le choquer car il est toujours un gars timide. C'est une approche différente avec Oscar. Avec lui, vous avez une conversation un peu plus professionnelle."
Zak, tu vois devoir apprendre à être une merde
Dans le paddock aussi, Brown est avenant. Il aime cultiver son personnage décontracté, loyal tout autant que direct. Mais il a dû s'endurcir dans ce "Piranha Club" qu'il compose avec Toto Wollf (Mercedes) et Fred Vasseur (Ferrari). "Quand je suis arrivé dans ce sport, Martin Brundle (pilote de F1 de 1984 à 1996) est venu me voir à Spa au Grand Prix de Belgique et m'a dit qu'il sait que, dans la majeure partie de ma carrière, j'ai la réputation de bien m'entendre avec les gens. Ce jour-là, il m'a prévenu : 'Zak, tu vois devoir apprendre à être une merde.' Et maintenant, je pense être devenu plutôt bon pour ça."
Un mantra à ne jamais oublier : "La réalité, c'est que vous devez les affronter de la manière dont ils vous affrontent, ou ils vous sortiront de la piste à chaque fois." "J'ai une bonne relation avec certains des autres directeurs d'équipe, poursuit-il. Regardez la relation entre Fred et moi : quand il y a des célébrations, on boit le champagne de l'autre, on s'incruste sur les photos de l'autre et on s'amuse."
"S'il y a deux gars des directeurs d'équipe avec qui j'ai envie de socialiser, ce sont Toto et Fred. Nous sortons dîner de temps en temps mais je sens que je dois rester sur mes gardes, et je suis sûr qu'ils ressentent la même chose. Ces gars sont vraiment rusés. Ce sont de bons gars mais aussi des rivaux sans pitié. Si vous avez descendu trop de bières et que vous êtes trop détendu en passant au niveau "pote", cela ne finira pas bien pour vous." Confiance en les siens, méfiance envers les autres : la maison orange est bien gardée.
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