James Allison est l'artisan des succès de Mercedes depuis 2017. A 52 ans, il est le directeur technique le plus côté du paddock et sait comment on travaille dans les plus grandes équipes pour avoir connu, en tant qu'ingénieur aérodynamicien, Benetton dans les années 90, Ferrari de 2000 à 2005, puis Renault à partir de 2006, où il est devenu un directeur technique à succès sous pavillon Lotus avant de retourner chez Ferrari de 2013 à 2016 pour une expérience plus contrastée.

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"L'affection du pays est une force pour Ferrari, et aussi son plus grand fardeau"
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Vendredi au Hungaroring, il a été interrogé en conférence de presse FIA sur les maux qui minent la Scuderia, classée cinquième place au championnat des constructeurs à cause d'une monoplace SF1000 mal née sinon incurable. Fort de ses sept années à Maranello, le Britannique s'est exprimé avec objectivité, franchise et bienveillance, livrant un point de vue extérieur mais éclairé sur ce que vit l'écurie italienne, qui pourrait voir son directeur d'équipe et directeur technique, Mattia Binotto, être prochainement remercié.

Jonathan McEvoy, journaliste au Daily Mail, lui a demandé ce que signifie de travailler pour Ferrari, et à quoi ça ressemble quand les temps sont durs… "Je ne serais jamais revenu chez Ferrari si le travail y était une expérience misérable, a insisté l'ingénieur anglais. J'ai passé deux parties très importantes de ma carrière chez Ferrari, et j'éprouve une énorme affection pour la marque, pour les gens qui y sont, et je pense qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur si je dis que j'ai encore beaucoup d'amis dans l'équipe."

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"La nation vit au rythme des succès de Ferrari"

"Travailler chez Ferrari est par beaucoup d'aspects une joie sans faille, mais le pays est tellement à fond derrière l'équipe, la marque est tellement puissante, l'histoire et l'héritage de Ferrari si importants qu'on se sent soi-même partie intégrante de quelque chose d'important, et c'est une vraie force pour ce groupe, a-t-il poursuivi. Mais c'est probablement aussi son plus grand fardeau car, à cause de cette affection et de cet enthousiasme, le fait que la nation vit au rythme des succès de Ferrari se transforme en énorme pression quand les choses vont mal. Cette pression est appliquée à l'extérieur par la presse, d'une façon bien plus intense que pour toute autre équipe de Formule 1."

"Ça s'exerce en interne sur toute personne qui se sent le devoir d'être à la hauteur des formidables résultats que l'équipe a eus par le passé et c'est, je pense, plus puissamment exprimé en interne dans une organisation où les décisions viennent d'en haut, où c'est probablement plus exagéré chez Ferrari qu'ailleurs, ce qui pousse le team à prendre des décisions à court terme et mène à s'égarer plutôt qu'à construire des forces sur lesquelles s'appuyer d'année en année. C'est donc un mélange de périodes de hauts et de bas ayant, à la base, la même origine qui est l'énorme désir dans l'équipe, et en dehors pour la marque, de se battre en tête du peloton", conclut James Allison.

Beaucoup d'observateurs connaissant le fonctionnement de l'équipe évoquent aujourd'hui principalement trois grands maux qui affectent l'équipe. Ross Brawn, ex-directeur technique des Rouges, incrimine cette pression paralysante de la presse transalpine dont seul Jean Todt avait su s'affranchir de 1993 à 2008, et qui n'a fait que s'accentuer sous la direction de Stefano Domenicali, puis celles de Marco Mattiacci, Maurizio Arrivabene et maintenant Mattia Binotto. Pour l'ex-pilote Gerhard Berger, c'est la concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme qui freine la progression du Cheval cabré. Enfin, selon Ralf Schumacher, le frère de Michael Schumacher, cinq fois champion avec Ferrari, c'est la volonté d'avoir un management italien qui empêche de recruter des meilleurs éléments dans le paddock.

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