"Je te l'avais dit" est l'une de ces phrases que les psychanalystes donnent parfois en exemple pour démontrer qu'une expression peut être courte, paraître anodine, mais avoir de grandes conséquences. L'utiliser, c'est autant une manière de désigner son interlocuteur coupable que de se donner un avantage en vue d'un futur débat. Il n'en a fait qu'à sa tête et s'est finalement trompé ? Jetez-lui la formule magique et peut-être prendra-t-il votre avis en compte la prochaine fois.
Inutile, donc, d'avoir fait huit ans d'étude en psycho pour comprendre ce qui se cachait derrière le message lâché par Lewis Hamilton au 54e des 58 tours du Grand Prix de Turquie, au moment où le septuple champion du monde était encore persuadé, à tort, qu'il aurait dû boucler la course sans passer par la voie des stands. Un "I told you!" ("je te l'avais dit", en français) balancé à son ingénieur Peter Bonnington qui rappelle que la balance des décisions stratégiques de Mercedes n'est plus tout à fait à l'équilibre.
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Hamilton : "J'aurais dû rester en piste, je suis tellement frustré"

À chaud, après la course, le Britannique regrettait de ne pas avoir "suivi son instinct" alors que le patron de son écurie, Toto Wolff, sous-entendait au micro de Canal+ qu'il ne devait pas être le décisionnaire. À Istanbul, Hamilton a pourtant exercé un pouvoir qu'il s'est lui-même procuré en déclinant, à plusieurs reprises, les invitations de son écurie à passer par la voie des stands. Ces dernières années, l'Anglais a souvent vanté la cohésion de son équipe, dans les victoires comme dans les échecs. La réalité est un peu plus complexe.

Hamilton a un pouvoir de décision

Par sa personnalité, son expérience et son statut, "King Lewis" a fini par avoir un énorme poids dans les choix opérés par Mercedes en course. Une petite ineptie : autrefois décisif, l'instinct d'un pilote, aussi grand soit-il, ne pèse plus grand-chose face aux téras de données dont disposent les écuries en temps réel et sur chacune des monoplaces en piste. En cela, Hamilton est un privilégié ; les ordres qu'il reçoit sont parfois soumis à son opinion et il n'est pas rare que son avis interfère dans le circuit de décisions du muret de la firme allemande.
"Il est extrêmement difficile pour un pilote d'avoir son mot à dire pour la stratégie d'équipe car tout dépend beaucoup de l'endroit où chaque pilote se trouve sur la piste, expliquait Nico Rosberg en juin dernier. Mais certains, comme Lewis, ont des opinions très tranchées. Il a déjà réussi à changer la stratégie de l'équipe par ses mots." On est très loin du pilote-exécutant que Valtteri Bottas fut beaucoup plus souvent... y compris quand il avait raison. Souvenez-vous, au Castellet, lorsque le Finlandais finit par s'emporter à la radio : "Putain, pourquoi personne ne m'écoute quand je dis que c'est une course à deux arrêts ?"

Lewis Hamilton et Toto Wolff (Mercedes) discutent au Grand Prix de Turquie, le 12 octobre 2021

Crédit: Imago

En huit ans et demi de collaboration, Mercedes et Lewis Hamilton ont atteint un très haut niveau de confiance mutuelle. Mais l'amplification de la lutte pour le titre, plus relevée que jamais pour ce binôme, rend le fonctionnement de moins en moins naturel. Et a vraisemblablement fait grandir, chez Hamilton, une volonté de faire la différence de lui-même. Entre le pilote et son écurie, tout n'est plus aussi limpide qu'en début de saison.

Moins de confiance ?

À Bahreïn, il avait gagné grâce à une stratégie hyper agressive à deux arrêts, pensée en amont par James Vowles, le maître en la matière. Rebelote en Espagne, cette fois-ci à la suite d'un plan calculé au dixième près par les ingénieurs et les stratèges. Deux leçons durant lesquelles Hamilton a accordé une confiance aveugle à son muret.
La donne a changé depuis Grand Prix de France, premier échec stratégique de l'écurie allemande en 2021, quelques semaines après le début du congé maternité de Rosie Wait, la N.2 de la spécialité - ce qui n'est peut-être pas un hasard. Toto Wolff avait admis une "erreur de jugement" de son board, qui ne s'est pas rattrapé ensuite, en Hongrie, laissant le Britannique s'élancer seul sur la grille de départ en pneus intermédiaires.
De quoi affecter les certitudes du septuple champion du monde. Pas surprenant, donc, que l'Anglais ait retrouvé son esprit de contradiction à Zandvoort, estimant avoir été stoppé trop tôt par son écurie. À raison, cette fois-ci. Un mois plus tard, à Istanbul, il n'avait peut-être pas oublié.

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