Formule 1 | AlphaTauri de plus en plus piloté par Red Bull

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Changement de nom, de management avec les arrivées de Peter Bayer et Laurent Mekies, rapprochement technique avec l'Angleterre et Red Bull jusqu'à une forme non avouée de tutelle : AlphaTauri a entamé il y a quelques mois une transformation que nous explique Pierre Hamelin, ingénieur de course au sein de l'équipe italienne depuis 2014. Le but : s'extraire de la 10e place du championnat du monde.

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Cinq points au compteur et encore cinq Grands Prix – plus deux sprints – pour tenter de sauver ce qui peut l'être. AlphaTauri a raté sa saison 2023 et la 10e et dernière place au championnat du monde Constructeurs lui semble promise, même si les 12 unités de Haas ne sont pas hors d'atteinte.
En vérité, l'échec ne date pas d'hier. Dès le mois d'avril, Helmut Marko, conseiller spécial en sports mécaniques auprès de la présidence de Red Bull, a tiré le signal d'alarme, à l'orée d'une saison jugée perdue d'avance. Et l'octogénaire autrichien n'a pas attendu que l'avenir lui donne raison pour lancer une refonte totale du mode de fonctionnement de l'écurie B de la galaxie Red Bull, installée à Faenza, en Italie. A partir d'un constat simple : AlphaTauri s'est affranchie sans succès, depuis quelques années, de la tutelle technique de l'entité mère et le modèle d'écurie indépendante qu'elle a essayé de développer a définitivement atteint ses limites. Et c'est un retour au statut d'équipe satellite des origines que Red Bull a décidé pour AlphaTauri. Qui va passer par une refonte totale de l'organisation.
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Red Bull reprend le contrôle

La reprise en main va être totale. Ainsi, Franz Tost, 67 ans, a été un peu poussé vers la sortie pour faire place nette à Peter Bayer et Laurent Mekies. L'Autrichien, ex-secrétaire général de la FIA pour le sport et proche de Christian Horner, le directeur général de Red Bull Racing, est déjà devenu directeur exécutif de l'écurie, en charge de toute la partie administrative. Quant au Français, ex-n°2 de Mattia Binotto puis Fred Vasseur chez Ferrari, il arrivera comme directeur d'équipe, à une date encore indéterminée.
Ce seront là quelques-uns des changements les plus visibles, qui passeront aussi par une nouvelle appellation car Red Bull ne veut plus mettre la main à la poche comme elle l'a fait en reprenant le nom de sa marque de vêtements. Commercialement, l'expérience est considérée comme un échec, et, curieusement, Adidas ou Hugo Boss sont favoris pour prendre la suite. Sans que l'on sache si sera comme constructeur ou sponsor principal figurant dans l'appellation commerciale, car Red Bull voudrait y apparaître aussi.
Cependant, le virage le plus important déjà amorcé par la Scuderia est un rapprochement technique autant que physique avec la base de Milton Keynes, avec en point d'orgue le recyclage de toutes les pièces de Red Bull autorisées par la FIA, à des fins d'économies d'échelle. Selon la publication allemande Auto Motor und Sport, la prochaine monoplace italienne reprendra la suspension avant de la Red Bull, la seule à tirants avec la McLaren (toutes les autres sont à poussoirs), en sus du concept aéro.
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Pierre Hamelin (AlphaTauri) au Grand Prix de France 2022

Crédit: Getty Images

"Le fond plat, c'est là où tout le monde travaille"

Invité de notre podcast Fous du volant lundi dernier, Pierre Hamelin s'est refusé à confirmer la reprise de la suspension avant, sans la démentir. Néanmoins, l'ingénieur de course de Daniel Ricciardo a rappelé que la mutualisation des moyens est une réalité depuis 2021. Elle est amenée à se développer. "On avait un tunnel aérodynamique et des bureaux à Bicester, nous a expliqué le Français. Depuis deux ans, on utilise le même tunnel que Red Bull, et ça a beaucoup de sens de se rapprocher encore un peu plus. Maintenant, une partie de l'équipe va bouger un peu plus près de Red Bull, à Milton Keynes. Pour moi, ça va faire un peu plus de route, mais ce n'est pas grave. Au final, on utilise quand même le simulateur de Red Bull ; on a la synergie avec Red Bull, ça va simplifier les choses. Je pense que ça ne va pas beaucoup changer techniquement, ça va rester similaire. Ça va simplifier les déplacements, la communication."
Et de préciser ne pas voir le changement de suspension - s'il est avéré - comme le virage potentiellement le plus important. "Je ne peux pas répondre, coupe-t-il. On n'est pas là où on veut être, on n'a pas performé cette année comme voulu. C'est clair qu'il y a toutes les raisons pour essayer de faire des changements, quand ça ne fonctionne pas il faut un peu tout remettre en question. Au final, sur ces voitures, c'est le fond plat qui amène presque toute la performance. C'est beaucoup de charge, avec pas beaucoup d'effet de traînée : on peut donc gagner beaucoup d'appui sans trop d'effet de traînée. Le fond plat, c'est là où tout le monde travaille."

"On ne peut avoir ce genre de discussion"

"Je comprends la question de la suspension avant, mais ça ne va pas changer énormément les choses, reprend-t-il. Il y a des petites choses qui aident, à droite, à gauche, mais si on regarde McLaren et Aston Martin les années d'avant, qu'est-ce que ces voitures-là ont changé pour essayer de se rapprocher ? Elles ont fait un fond plat qui se rapprochait un peu plus de la voiture qui se trouvait en haut du classement."
Et d'insister sur ce rapprochement qui a ses limites, et sur lequel la FIA sera d'ailleurs vigilante. Au même titre que Haas vis-à-vis de Ferrari. "Je suis ingénieur de piste, je n'ai pas tous les secrets sur tous ces côtés aérodynamiques, techniques. Pour être honnête, on reste très distant de Red Bull sur ce genre de question. Il y a les règlements, et on ne peut avoir ce genre de discussion."
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"Une connaissance assez gigantesque de la FIA et la F1 en général"

Le DRS "magique" de la Red Bull ne fera pas l'objet d'un transfert de technologie car c'est interdit. "On salive autant que toutes les autres équipes quand on regarde les traces GPS (ndlr : des vitesses atteinte DRS ouvert), et pourquoi on perd un peu en ligne droite, avoue Pierre Hamelin . Encore une fois : le fond plat aide beaucoup et Red Bull a sûrement une voiture juste plus efficace que la plupart des autres équipes. Mais il y a beaucoup de règles, beaucoup d'essais FIA dans le garage. Même nous quand on est P15, la FIA demande à mesurer le DRS, à ouvrir l'aileron et vérifie que la voiture est comme on l'avait expliqué. " Il ne faut pas l'oublier, les échanges techniques restent "très cloisonnés" et si le prochain bolide de Faenza aura des airs de Red Bull, il aura toujours son propre ADN.
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Frederic Vasseur et Laurent Mekies (Ferrari) au Grand Prix de Bahreïn 2023

Crédit: Getty Images

Enfin, le retour à la maison de Laurent Mekies est une autre bonne nouvelle pour Pierre Hamelin. "J'ai travaillé avec lui quand je suis arrivé chez Toro Rosso en 2014, se souvient-il. C'était le chef de la Performance Véhicule. Il a beaucoup de connaissances techniques, pas juste en tant que directeur d'équipe (ndlr : il l'a été quelques fois par intérim chez Ferrari). Ça va être intéressant d'avoir de nouvelles idées : comment il organise les réunions, les discussions avec les pilotes, le travail d'exploitation, la logistique autour de l'équipe. C'est vrai qu'il est passé aussi à la FIA. Il a une connaissance assez gigantesque de la FIA et la F1 en général." De Franz Tost à Laurent Mekies, on devrait aussi voir rapidement la différence...
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