Grand Prix du Japon | "Imaginez si cela s'était produit à Vegas…" : l'inquiétant crash d'Oliver Bearman (Haas)
Par Julien Pereira
Mis à jour 31/03/2026 à 17:57 GMT+2
Après la frayeur, la réflexion. Le crash à 50G subi par Oliver Bearman au Grand Prix du Japon, dimanche, a ravivé le débat autour du nouveau règlement. Les différences de niveau de batterie entre les monoplaces entraînent des situations où l'écart de vitesses est tel qu'il devient ingérable, et dangereux, pour les pilotes. Certains d'entre eux avaient déjà tiré la sonnette d'alarme.
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Il y a toujours deux bonnes raisons de tendre l'oreille lorsque Fernando Alonso s'exprime. La première est que l'Espagnol a toujours le sens de la punchline. La seconde, beaucoup plus importante, est qu'il parle avec la riche expérience d'un pilote de 44 ans qui a tout vu et tout connu de l'histoire moderne de la Formule 1.
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Dimanche, on a donc écouté le double champion du monde avec beaucoup d'attention lorsqu'il a livré son opinion sur cette nouvelle génération de monoplaces, juste avant le Grand Prix du Japon, au micro de DAZN : "Il n'y a rien de divertissant, a-t-il lâché. Les dépassements ne sont même plus intentionnels. Tu te retrouves avec un niveau de batterie supérieur et soit tu percutes la voiture de devant, soit tu la dépasses". Dans la formule du pilote d'Oviedo, il y avait la forme, le fond et, malheureusement, quelque chose de prémonitoire.
Au 22e des 53 tours de cette troisième épreuve de l'année, Ollie Bearman (Haas) avait effectivement un niveau de batterie largement supérieur à celui du pilote qui le devançait, en l'occurrence Franco Colapinto (Alpine). Mais pour des raisons propres à la course, il n'a pu opérer une manœuvre de dépassement en bonne et due forme. Alors, pour éviter l'alternative énoncée par Alonso, le jeune Britannique n'a pas eu d'autre choix que de s'aventurer hors piste.
308 km/h, 50G
À 308 km/h, soit près d'une cinquantaine de plus que l'Alpine de l'Argentin, le coéquipier d'Esteban Ocon a instantanément perdu le contrôle, percuté la barrière de pneumatiques et subi un crash à 50G. Le protégé de Ferrari s'en est heureusement sorti sans fracture, comme l'ont révélé des examens effectués dans la foulée, mais avec de grosses contusions au genou.
Bref, il y a eu plus de peur que de mal, mais cet incident-là a rendu particulièrement vive une inquiétude déjà exprimée à plusieurs reprises par une partie des pilotes cette saison. Dans ces moments où les écarts de puissance disponibles sont immenses, les pilotes se retrouvent confrontés à des situations que même leur exceptionnelle proprioception n'est pas capable d'appréhender.
"Le problème majeur, ce sont ces différences de vitesse, a justement observé Colapinto auprès de Viaplay. Oliver roulait probablement 50 km/h plus vite que moi. Quand je l'ai vu, il était déjà dans l'herbe. Ça ressemble presque à la qualification, lorsqu'un pilote effectue un tour de sortie et l'autre, un tour de rentrée." Avec un état d'esprit et une vigilance totalement différents en course.
Un mois de répit bienvenu ?
Ce premier accident imputable à la nouveauté technique - puisque les commissaires de course n'ont pas détecté de manœuvre suspecte de Colapinto - devrait devenir un sujet central dans les prochains jours, alors que les écuries s'apprêtent à se réunir autour de la FIA pour évoquer d'éventuelles évolutions réglementaires.
"L'accident que nous avons vu aujourd’hui était prévisible, les pilotes l'avaient annoncé, a rappelé Carlos Sainz au micro de DAZN. Il s'agit d'un crash à 50G. Imaginez si cela s'était produit à Las Vegas ou à Bakou, sans zones de dégagement et à des vitesses encore plus élevées. J'espère que la F1 va revoir sa position, car il est clair que le règlement comporte des failles et des problèmes qu'il faut résoudre avant Miami."
Peu importe si nous perdons une demi-seconde
L'annulation des deux Grands Prix initialement prévus au Moyen-Orient au mois d'avril offre effectivement un mois de répit durant lequel des ajustements sont envisageables. Mais des modifications de grande ampleur autour du fonctionnement du moteur pourront difficilement être apportées avant 2027. D'autant qu'il semble utopique d'envisager un compromis entre toutes les équipes compte tenu de l'avantage dont bénéficient les écuries disposant du bloc Mercedes.
"De par leur conception, ces réglementations incluent un certain nombre de paramètres ajustables, notamment en matière de gestion de l'énergie, qui permettent une optimisation basée sur des données réelles, a écrit la FIA dans un communiqué. Toutes les parties prenantes ont toujours été d'avis qu'un examen structuré aurait lieu après la phase d'ouverture de la saison, afin de permettre la collecte et l'analyse de données suffisantes. Un certain nombre de réunions sont donc prévues en avril pour […] déterminer si des améliorations sont nécessaires. La FIA continuera à travailler en collaboration […] avec toutes les parties prenantes pour garantir le meilleur résultat possible pour le sport et la sécurité restera toujours un élément central".
"Je ne suis pas un expert de ces moteurs, mais il faut trouver des solutions, a insisté Sainz. Peu importe si nous perdons une demi-seconde au tour. S'il faut baisser la puissance pour que le moteur électrique tienne plus longtemps [...], je suis convaincu que ce sera plus sûr. Et aussi plus divertissant, car on serait moins dépendant de l'énergie disponible. Là, les dépassements que nous voyons ne sont pas des vrais dépassements." Après trois Grands Prix, le débat est toujours ouvert. Sans doute plus que jamais.
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