Formule 1

Moss, trop fair-play pour être champion

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Stirling Moss, en 1955

Crédits Getty Images

ParJulien Pereira
19/05/2020 à 21:47 | Mis à jour 23/05/2020 à 21:42
@Jap_Pereira

Un talent fou, une personnalité marquante, et une gigantesque carrière… Ces sportifs avaient tout, absolument tout, pour être les maîtres de leur sport. Mais ils ont toujours manqué le Graal. Dès ce mercredi et jusqu'à dimanche, Eurosport.fr revient sur ces rois et reines qui n'ont jamais décroché la couronne. Stirling Moss, plus grand pilote non titré de l'Histoire de la F1, est l'un d'eux.

Interrogez n'importe quel membre du paddock. Ceux qui disent ce qu'ils pensent vous le concéderont bien volontiers : en Formule 1, il n'y a pas la moindre place pour la pitié. C'est ainsi, ce ne sera plus jamais autrement, puisque les enjeux du Mondial sont devenus trop importants pour que cela change.

La plupart des champions de ce sport sont des impitoyables. Les autres sont des exceptions que le temps risque de faire disparaître à tout jamais. Il y a un peu plus d'un mois, Sir Stirling Moss, illustre pionnier et pilote marquant des années 1950, nous a quittés. Il n'était pas un "impitoyable". C'est bien la raison pour laquelle il n'a jamais été un "champion" dans le sens auquel on l'entend aujourd'hui.

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Peut-être est-ce lié à son ère, son caractère, ou son statut. Mais ne vous méprenez pas : Moss était fait du même bois que tous les autres grands pilotes de F1. Il aimait gagner et à cette époque, il fallait le faire avec suffisamment de force pour s'installer sur une grille de départ en ayant conscience que la mort rodait tout autour du circuit.

Il adorait aller vite et par-dessus tout, il rêvait gagner en allant beaucoup plus vite que les autres. Ni le résultat ni les récompenses ne comptaient plus que l'essence de la course à ses yeux. Tout au long de sa vie, il a répété une phrase que l'on ne peut traduire sans la vider de son sens : "I am a racer. I am not a driver."

Admiratif de Fangio avant de le connaître… et marqué à tout jamais après

D'où vient cet état d'esprit ? Tout simplement de sa passion, elle-même née de son milieu social, celui d'une famille de pilotes. C'est la raison pour laquelle le jeune Moss n'a qu'une envie lorsqu'il débarque en championnat du monde : se frotter aux meilleurs. Et à l'époque, le meilleur s'appelle Juan Manuel Fangio.

Stirling Moss et Juan Manuel Fangio lors de la première victoire du Britannique, au Grand Prix de Grande-Bretagne 1955

Crédits Getty Images

Dès le début de l'année 1954, alors qu'il n'a pas décroché le moindre résultat significatif en Grands Prix, le Britannique part à la rencontre d'Alfred Neubauer, patron de l'équipe Mercedes-Benz, pour lui demander de l'engager afin qu'il puisse lutter contre le champion argentin. Il obtient finalement ce qu'il réclame l'année suivante, après avoir fait ses preuves, comme le lui avait demandé le dirigeant allemand, au volant d'une Maserati.

Moss voue une gigantesque admiration pour Fangio. "C'est même la raison pour laquelle j'ai rejoint Mercedes en 1955, concédera-t-il beaucoup plus tard, à Motorsport Magazine. J'avais énormément de respect pour lui. Son talent était incroyable."

Celui du jeune Stirling n'est pas mal non plus. En Belgique puis au Pays-Bas, il décroche deux deuxièmes places consécutives en passant la ligne d'arrivée une poignée secondes seulement après l'Argentin. Après cela, l'Anglais ne le sait pas encore mais il va bientôt vivre une course qui va considérablement impacter sa vision de la compétition.

M'as-tu laissé gagner ?

Juillet 1955, Aintree, Grand Prix de Grande-Bretagne. Pour Mercedes et ses pilotes, le plan est toujours le même : écraser la concurrence avec son champion, suivi de son brillant coéquipier. Problème, cette fois, Fangio ne prend pas la tête. Il se contente de suivre Moss, et le fait tout au long de la course. L'Anglais empoche son premier succès, devant son public, et devant le Maestro.

Mais sur le podium, il ne peut s'empêcher de douter. Il se tourne vers l'Argentin, le regarde et lui demande : "M'as-tu laissé gagner ?" Après le Grand Prix et jusqu'à sa mort, la question ne cessera d'être posée au quintuple champion du monde. Il trouvera toutes sortes de réponses, inventant même des justifications techniques. Jamais il n'admettra avoir offert ce succès à Moss.

Stirling Moss et Juan Manuel Fangio lors du Grand Prix d'Italie, à Monza, le 11 septembre 1955

Crédits Getty Images

Vice-champion du monde en 1955, le Britannique le sera une nouvelle fois la saison suivante. Entre-temps, Mercedes a mis fin à ses engagements sportifs. Fangio a filé chez Ferrari. Moss a rebondi chez Maserati.

L'élève est encore battu par le Maestro dans des conditions un peu particulières : proche de l'abandon lors du dernier Grand Prix, en Italie, Fangio avait pu boucler la course au deuxième rang - derrière son rival - au volant de la monoplace que son coéquipier chez Ferrari, Peter Collins, lui avait cédé, alors qu'il aurait lui-même pu être sacré... "Fangio est le meilleur d'entre nous, il mérite de gagner", avait-il dit pour justifier son acte qui en disait long sur l'importance du premier champion marquant de la F1.

Le jour où Moss a témoigné en faveur de son rival

Devancé pour trois points en 1956, Moss vit une dernière saison dans l'ombre du géant de Balcarce. Trois fois d'affilée vice-champion du monde, il devient le gigantesque favori au titre après la retraite de son modèle. Mais désormais, il doit lutter contre un autre obstacle. Les monoplaces engagées par Vanwall, sa nouvelle écurie, manquent de fiabilité. Son talent compense.

Au Portugal, il réussit un improbable coup double : se rapprocher du titre en s'imposant pour la troisième fois de la saison, et s'en éloigner en faisant preuve d'un immense fair-play. A Porto, il témoigne, de lui-même, devant les commissaires, afin d'empêcher qu'une sanction soit appliquée à Mike Hawthorn, jugé coupable d'avoir remonté la piste en sens inverse après un tête-à-queue. Le nouveau pilote Ferrari a beau être l'autre candidat au titre, il ne doit sa deuxième place qu'à l'immense geste de Moss.

Stirling Moss était le "champion sans couronne" et le roi du fair-play

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Ce jour-là, le Londonien prend une tout autre dimension aux yeux des fans et, aussi, à l'échelle de son sport. Il ne le mesure pas. Et il ignore encore deux choses. La première ? Il sera disqualifié un an plus tard pour les mêmes raisons, sur ce même circuit, alors qu'il sortira d'une longue convalescence pour soigner ses deux jambes brisées... et courir après le titre. La deuxième ? Il ne sera pas sacré au terme de la saison, Phil Hill ayant laissé passer son coéquipier Hawthorn lors de la dernière course, au Maroc, pour lui permettre de chiper la couronne.

Unique au palmarès

"Je croyais vraiment que je finirais par être champion cette année-là, avouera-t-il. J'ai vraiment senti que je pouvais battre Mike, qui était un très bon ami, et je ne l'ai pas fait. Mais je me suis aussi dit : 'Mike boit, il voyage partout, il fait tout ce que j'aimerais faire, et j'ai finalement été puni de ne pas avoir fait les mêmes choses que lui.'"

S'il avait été impitoyable, Moss aurait eu ce qu'il méritait. Il s'est acharné trois années de plus, sans revoir un état d'esprit qui, à l'échelle de l'Histoire, lui a coûté si cher. Car 70 ans plus tard, il est encore une anomalie. Aucun autre pilote que lui n'a empoché 16 succès ou plus sans jamais avoir décroché la timbale. Aucun autre pilote que lui n'a cumulé au moins trois places de vice-champion du monde sans jamais avoir atteint le Graal. Pourtant, très peu ont eu une carrière et une personnalité aussi marquante que la sienne.

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