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Du "je suis fini" de 2017 à la 5e veste verte, l'histoire d'un retour triomphal

Du "je suis fini" de 2017 à la 5e veste verte, l'histoire d'un retour triomphal

Le 15/04/2019 à 08:04Mis à jour Le 15/04/2019 à 10:08

MASTERS 2019 - Dantesque. Exceptionnel. Extraordinaire. Légendaire. Les adjectifs pleuvent et collent déjà la victoire de Tiger Woods à Augusta, dimanche. Le 15e succès en Grand Chelem de l'Américain est d'autant plus remarquable qu'il intervient deux ans à peine après un point bas, professionnel et personnel. Woods revient de loin. Mais le géant semble plus grand que jamais.

"Je suis fini". Avril 2017. Tiger Woods prend part au traditionnel diner des champions organisé en amont du Masters, à Augusta. Alors âgé de 41 ans, le plus célèbre golfeur du monde n'a quasiment pas évolué en compétition depuis un an et demi. Son dos est meurtri, lui provoquant des douleurs jusque dans la jambe droite. Il faut lui installer un coussin spécial sur son fauteuil pour qu'il puisse aller jusqu'au bout du repas. Ce soir-là, il l'avoue, il ne pense plus au golf. Pour lui, c'est terminé. Deux ans plus tard, presque jour pour jour, il a endossé dimanche la veste verte la plus mythique du monde.

L'Histoire du sport regorge de retours tonitruants et improbables, mais celui opéré par Tiger Woods se place sans contestation possible parmi les plus formidables. Quelques jours après cette douloureuse et presque pathétique apparition à Augusta, il avait subi une nouvelle opération du dos. La quatrième. Celle de la dernière chance, afin de fusionner deux vertèbres lombaires.

Tiger Woods

Tiger WoodsGetty Images

La photo de la déchéance

Si Woods est coulé physiquement, il va également toucher le fond dans sa vie personnelle en ce printemps 2017. Fin mai, il est arrêté près de son domicile floridien alors qu'il conduit en état d'ivresse et shooté de médicaments. La photo prise au poste de police fait le tour du monde. Le contraste avec les clichés de son triomphe géorgien dimanche n'en est que plus saisissant.

Pour rajouter au sordide, son ancien caddie, Steve Williams, publie à la même période son autobiographie, dans laquelle il attaque à la truelle le mythe Woods, qu'il accuse d'avoir été tyrannique et de l'avoir traité "comme un esclave".

Cette semaine, alors qu'il recevait le "Ben Hogan award", récompensant le plus beau comeback de l'année 2018, le Tigre s'est épanché sur ses déboires d'alors. "Ce n'était pas une période très agréable, a-t-il dit en maniant l'euphémisme. Ces deux années ont été très dures, mais j'ai réussi à reprendre le fil, notamment en me ressourçant auprès de mes enfants. Avec eux, j'ai fait des choses que je n'avais pas eu le temps et la chance de faire depuis très longtemps."

Tiger Woods en 2017 après son interpellation

Il a traversé l'océan

Soyons clairs, la victoire de Tiger Woods à Augusta ne sort pas de nulle part. L'an dernier, il avait plus qu'amorcé son retour au plus haut niveau. Il avait renoué avec la victoire, décrochant le 80e succès de sa carrière en fin de saison à Atlanta. En Grand Chelem, il n'était pas passé loin de rafler la mise au British Open, puis à l'USPGA. Il frappait à nouveau à la pote du Top 10 mondial (il pointait au 12e rang avant le Masters, alors qu'il était... 1200e fin 2017) et comptait parmi les candidats au titre ce week-end. Mais entre rejouer la gagne et gagner, il y a un océan, que Woods a allègrement traversé ces quatre derniers jours.

Mais ce qui semblait possible au regard des dix derniers mois apparaissait invraisemblable à l'échelle des deux-trois dernières années. Personne n'aurait misé un dollar sur le Woods de 2016 ou 2017. Pas même lui. Lorsqu'il a repris l'entraînement après sa dernière opération du dos, le Californien frappait son drive à peine à une centaine de mètres. Pour l'homme qui avait révolutionné ce coup, la déchéance a dû être pénible à supporter. La reconstruction a été lente, laborieuse et, vu son âge, elle s'annonçait pour le moins aléatoire.

Nicklaus 1986, Woods 2019

Son triomphal comeback s'inscrit dans la droite lignée de ce qui, jusqu'à ce 14 avril, était considéré comme la page la plus marquante de la glorieuse histoire du vénérable Masters. En 1986, Jack Nicklaus décrochait son 6e Masters et le 18e et dernier titre majeur de sa carrière. A 46 ans. Plus personne ne croyait en lui. A juste titre. Il n'avait plus gagné à Augusta depuis onze ans et pas un Grand Chelem depuis six. Il avait disparu de l'élite mondiale. Ce sacre improbable du "Golden Bear" était instantanément passé à la postérité.

Tiger Woods a trois ans de moins que Nicklaus en 1986. Ce n'est "que" son 5e Masters et "que son 15e Grand Chelem. Mais cet exploit-là vaut bien celui de Nicklaus. Sans le moindre doute, il est de ceux dont nous reparlerons dans quelques décennies. En 1997, Tiger Woods avait inauguré son palmarès majuscule ici-même, à Augusta. A 21 ans, il était alors, et l'est toujours, le plus jeune champion à s'accaparer la Veste verte. Phénomène de précocité, il ajoute aujourd'hui en intégrant le club des "quadragêneurs", comme l'écrivait Antoine Blondin, une dimension supplémentaire à sa carrière, et mêle l'épopée à ses razzias passées.

3954 jours séparent sa victoire à l'US Open en 2008 de celle au Masters dimanche. Jack Nicklaus, après son coup de force d'Augusta en 1986, n'avait plus remporté le moindre titre, qu'il fut majeur ou mineur. Quand bien même le point d'exclamation aurait valeur de point final également pour le Tigre, rien n'atténuera sa force. Mais avec un tel animal, on ne jurerait pas que l'Histoire, qui a repris son cours dimanche, s'arrête là. Avec lui, on ne jurera plus de rien. Jamais.

Tiger Woods au Masters d'Augusta en 2019.

Tiger Woods au Masters d'Augusta en 2019.Getty Images

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