Son retour était une surprise. Son apparition une bénédiction. Mardi, c’est un murmure qui a parcouru le Yoyogi de Tokyo. Oui, la reine était là, de retour, prête à se battre et à dominer des "démons" pas totalement exorcisés. Au vu de sa semaine écoulée, on aurait pu l’imaginer fermée, concentrée et mécanique dans sa préparation. Elle fut tout l’inverse : souriante, solaire et bluffante de sérénité.
Sur un agrès qui n’est pas son fétiche, avec une sortie finale simplifiée pour éviter les "twities", à savoir une perte de figure, Biles aura réussi un programme à la grâce folle, surtout dans ces circonstances. Dès sa sortie réussie, elle avait gagné. Sans même attendre sa note finale, sans même chercher à se positionner dans la hiérarchie, elle s’est jetée dans les bras de sa coach Cecile Landi puis dans ceux de Sunisa Lee, sa compatriote qui lui a succédé au concours général. Preuve que, pour Biles, l’essentiel était ailleurs.
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"Soutien" et bienveillance

"C’était une très longue semaine, c’était cinq ans très longs pour arriver ici, a-t-elle admis après coup. Je ne m’attendais pas à une médaille, je voulais simplement concourir, le faire pour moi et c’est exactement ce que j’ai fait". Pourtant, elle le jure, rien n’a été simple dans cette finale de la poutre, malgré les apparences. "J'étais un peu nerveuse pour la sortie car nous avons dû la changer et je n'ai pas fait de double arrière carpé depuis que j'avais 12 ans, a-t-elle avoué. Mais venir et concourir encore une fois et avoir le soutien de tout le monde est le plus important pour moi".
"Soutien" : le mot aura été répété plusieurs fois aux journalistes en zone mixte, preuve que la mansuétude du monde olympique à son égard et l’ovation reçue sur le podium l’auront touchée au plus haut point. Parce que si sa "santé mentale" aura fait parler, l’Américaine a également vécu un drame intime, en perdant sa tante pendant les JO, ajoutant de la tristesse à une situation de départ déjà loin d’être idyllique.
"Nous sommes humains, nous ne sommes pas juste des attractions et il y a des choses qui se passent en coulisses dont les gens n'ont aucune idée", a-t-elle soufflé. Les coulisses, justement, c’est là que tout s’est noué pour elle ces derniers jours. Car, de Tokyo, elle aura surtout fréquenté les cabinets médicaux et les centres de thérapies. "Tous les jours, je devais aller voir un médecin pour avoir une validation, a-t-elle rembobiné. J’ai aussi dû parler à un psychologue du sport, j’ai eu deux sessions pendant que j’étais ici et ça m’a clairement apaisée. J’ai pu me concentrer totalement sur la poutre puisque je n’ai pas fait les autres épreuves et ça m’a beaucoup aidé".

Une ovation et un soupir de soulagement : le podium plein d'émotions de Biles

Voir les autres faire des vrilles, ça me donne envie de vomir
Le tout sans regret sur ses forfaits successifs. "Physiquement, je n'aurais pas été capable de faire les autres finales sans me mettre en danger, parce qu'il y a des vrilles, et que j'aurais continué de me perdre en l'air et de me crasher, a-t-elle décrypté. Je me sens soulagée, mais je me sens comme quelqu'un qui doit rentrer à la maison et travailler sur soi."
Et, visiblement, le chemin vers la guérison totale est encore long : "Rien que de voir les autres faire des vrilles, ça me donne envie de vomir..., a-t-elle ajouté. Je n'arrive pas à comprendre comment ils y arrivent. J'avais déjà eu des 'twisties', avant mais ça ne m'était jamais arrivé dans une compétition aussi importante, juste par-ci, par-là à l'entraînement".
Venue pour une razzia historique, Biles repart chez elle avec deux médailles olympiques dans sa besace (argent par équipe et bronze sur la poutre). A la rentrée, elle s’alignera sur la tournée "Gold over Tour" dans 35 villes américaines pour retrouver du plaisir avec ses compatriotes. Mais Biles repart surtout avec des certitudes plein la tête : une championne ne se définit pas uniquement par ses performances. Et l’aura de celle-ci ne se limite pas aux gymnases du monde entier.
"Il faut que je digère ces Jeux olympiques, il s'est passé beaucoup de choses, a-t-elle conclu. Je n'ai pas du tout Paris (2024) en tête. Il y a tellement de choses sur lesquelles je dois travailler d'abord. Je dirais aux autres sportives : mettez votre santé et votre intégrité physique au-dessus de tout, même si ça signifie rater les plus grosses compétitions, ça sera mieux pour vous mentalement. Ma santé physique et mentale compte plus que toutes les médailles que je ne pourrai jamais gagner".
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