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L'argent pour Dabaya

L'argent pour Dabaya
Par Eurosport

Le 12/08/2008 à 14:00Mis à jour

Le valeureux haltérophile français Vencelas Dabaya-Tientcheu a arraché une magnifique médaille d'argent, mardi à Pékin. Un bel accomplissement personnel et un coup de fouet pour son sport, qu'il voulait recrédibiliser en France.

Le concours d'haltérophilie masculin des -69 kg s'est terminé par un grand éclat de rire chinois et les chaudes félicitations du camp français à Vencelas Dabaya-Tientcheu. La médaille d'or venait tout juste d'être attribuée de façon cocasse, en trois temps et autant d'échecs, quand ce relâchement manifeste a conclu l'épreuve.

En une poignée de minutes, l'escouade de Liao Hui venait de pousser le Tricolore dans un impossible retranchement : un premier essai, puis un second à 197 kg pour un or de plus en plus improbable. Avant une ultime tentative un peu surréaliste, lancée par un gros sermon du coach bleu à son champion, qu'il pensait piquer à l'orgueil... Le hall pékinois voyait bien que le naturalisé hexagonal, natif de Kumba, porte drapeau du Cameroun aux Jeux d'Athènes, avait plus que donné ; et que l'on ne transforme pas une Lada en Ferrari ; même si en l'occurence Dabaya-Tientcheu était plutôt une Porsche qu'il fallait juste repeindre en rouge…

Exhorté, le regard fixe en se rendant au podium, pour l'exploit, il entendit les derniers conseils expéditifs tirés de la Méthode Coué : "Ce n'est pas lourd. C'est lourd au départ mais pas après. Accélère ta barre et ce sera léger"... Pour en arriver là, il avait déjà battu son record personnel de 145 kg datant de l'Euro 2008, pour le porter à 151 kg, à son 2e essai. Mais là, l'épuisement gagnait et l'homme n'était visiblement pas convaincu qu'un miracle allait se produire...

Le champion du monde 2006 et d'Europe 2007 s'installa donc devant la barre dans un silence de perplexité. Il posa les mains sur l'engin, se figeant pour chercher où pouvait bien se nicher le surplus d'énergie nécessaire pour effacer son retard de 10 kg… Au moment où l'on crut qu'il allait lâcher les watts, Dabaya-Tientcheu surprit en se relevant pour acter son impuissance, sans même masquer un essai aussi ultime qu'inutile. Une honnêteté louable pour lui et les siens qui, passée l'incrédulité, pouvaient commencer à fêter cette belle médaille -d'argent- attendue depuis les Jeux de Montréal 1976, et espérée plus encore pour relancer en France un sport bafoué par un dopage d'état venu de Bulgarie.

En fait, il n'avait jamais supporté ce poids à l'entraînement, mais c'était trop tentant de l'expérimenter... "A 197 kg, j'aurais été à égalité avec le Chinois pour la médaille d'or et je l'aurais battu au poids de corps", a-t-il expliqué. "Les Chinois ont été très forts tactiquement. Derrière le plateau, c'est la guerre des nerfs et ce sont les entraîneurs qui décident du poids de la barre. Je ne suis qu'un pion. J'ai donc dû tenter l'impossible. J'étais sûr de pouvoir soulever 190 kg, mais quand je me suis rendu compte du poids demandé par les coachs, j'ai réalisé que la charge était vraiment au dessus de mes possibilités je me suis désuni. Comme j'avais déjà gagné la médaille d'argent, je n'ai pas tenté de la soulever au 3e essai".

"C'est une belle médaille pour l'haltérophilie française qui l'attendait depuis 32 ans et pour le Cameroun, d'où je viens" , a-t-il estimé. "J'ai pensé à tous les haltérophiles de France qui me soutenaient devant leur poste de télévision et qui m'ont poussé. Je me suis bien entraîné et il n'était pas question que je revienne de Pékin sans médaille. Mon fils voulait entendre la Marseillaise à la télé. Je suis désolé de ne pas lui avoir fait ce plaisir. Je remercie le président de mon club à Villeneuve-Loubet et la France entière qui m'ont poussé à aller chercher cette médaille".

Avec un total de 348 kg, le Chinois Liao Hui a figuré au centre du podium, complété par l'Arménien Tigran Martirosyan (338 kg).

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