Il y a à peine 4 mois, elles montaient tout en haut du mont Olympe, et désormais, elles doivent réaffirmer leur statut et leur domination sur le monde. Après avoir glané l’or olympique à Tokyo, les handballeuses tricolores sont de retour aux affaires, pour le Mondial organisé en Espagne jusqu’au 19 décembre prochain, le premier à 32 équipes, où elles espèrent atteindre une 5e finale en 5 ans. Un chiffre qui dit beaucoup de la prédominance actuelle de cette équipe de France, que les joueuses d’Olivier Krumbholz vont tenter de prolonger encore, sans toutefois se mettre la rate au court-bouillon.

Trois bizuths et seulement treize médaillées olympiques

"J’arrive sur cette compétition sans pression, parce qu’il y a eu pas mal de changements, à plusieurs niveaux, dans cette équipe", a ainsi posé Allison Pineau, la joueuse la plus capée du groupe (264 sélections pour 673 buts), à deux jours de l’entrée en lice des Bleues. "Ce qui est important c’est de reprendre notre marche en avant et de poser des bases solides", avec bien sûr les JO de Paris 2024- "notre plus gros objectif" dixit Pineau -en ligne de mire.
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La douche froide
19/12/2021 À 18:01
L’arrière gauche a prolongé sa pensée, listant les principales attentes du groupe : "Il faut qu’on prenne les matches comme ils viennent parce qu’il y a peut-être des ingrédients que l’on n’a pas retrouvés, il y a de nouvelles choses à mettre en place. J’ai envie qu’on fasse un bon premier tour, que les nouvelles puissent prendre la mesure de ce qui les attends". Car de la troupe victorieuse au pays du Soleil Levant cet été il ne reste que treize médaillées olympiques en Catalogne, à Barcelone, où les Bleues résideront jusqu’à la fin de la compétition, tandis qu’elles disputeront l’intégralité de leurs matches, y compris les éventuels quarts, demies et finale à Granollers, à seulement 30 kilomètres de leur lieu de résidence. Un atout non négligeable dans une compétition où l’état de fraîcheur du groupe peut faire la différence.

La joie de Coralie Lassource et de Kalidiatou Niakate lors de la finale du tournoi olympique féminin de handball entre la France et la Russie, le 8 août 2021

Crédit: Getty Images

Tandis que les historiques Siraba Dembélé, Amandine Leynaud et Alexandra Lacrabère sont parties à la retraite, l’un des choix forts d’Olivier Krumbholz a été de se séparer de sa gauchère Pauline Coatanéa. L’arrière droite qui faisait partie des habituées de la sélection a vu Céline Granier lui être préférée. La joueuse de Besançon, dont ce sera la première compétition internationale, a convaincu le sélectionneur, qui l’a décrite comme une "ailière précieuse, jeune, qui a du talent, de la vista au tir, avec du culot et qui joue juste", lors du rassemblement en octobre, ainsi que lors des deux matches de préparation victorieux face à la Hongrie (33-28 et 29-28).
Peut-être qu'on aborde la compétition avec plus de légèreté, mais on a malgré tout envie de retourner dans le dernier carré
Les cadres sont bien là, comme Cléopatre Darleux dans le but, Pineau, Méline Nocandy ou Estelle Nze Minko sur la base arrière, et le duo Edwige-Foppa au poste de pivot. Si Tamara Horacek, médaillée d'argent à Rio en 2016, et auteure d’un impressionnant 11/11 au tir lors de la dernière sortie des Tricolores, fait son retour, tout comme la gardienne Laura Glauser, deux autres bizuths figurent dans la liste : Oriane Ondono au poste de pivot, qui devrait être surtout sollicitée à l’entrainement, et Alicia Toublanc, que Krumbholz "suivait depuis un moment", appelée à jouer le rôle de numéro un à l’aile droite.
"Je pense que les filles sont prêtes, il y a plus d’envie, moins de fatigue et de lassitude que lors du mois d’octobre. On a un collectif avec du potentiel, il va falloir qu’on se mette en ordre de bataille", a indiqué le sélectionneur. Sur la lancée de leur été doré, les Bleues sont bien déterminées à croquer leurs adversaires les uns après les autres. "Peut-être qu’on aborde la compétition avec plus de légèreté parce qu’on se renouvelle, mais on a malgré tout envie de retourner dans le dernier carré. Parce que c’est logique, c’est nous, c’est comme ça. Mais rien n’est écrit d’avance, il peut y avoir des surprises", rappelait Allison Pineau. Qui ne voudra surtout pas revivre la désillusion d’il y a deux ans, à Kumamoto. En 2019, alors championnes du monde et championnes d’Europe en titre, les Tricolores étaient sorties d’entrée de compétition, après une défaite inattendue contre la Corée du Sud (27-29) et un nul face au Brésil (19-19), réalisant leur plus mauvais championnat du monde depuis 2005.
Il ne faudra pas se tromper dans le rapport de force avec l'Angola
Des faux-pas, il faudra en faire le moins possible alors que les championnes olympiques ont hérité de la partie de tableau la plus relevée. "Je crains ce premier tour car je trouve que nous sommes dans une poule extrêmement difficile", estimait ainsi Olivier Krumbholz avant de s’envoler pour l’Espagne. Une entrée copieuse, l’Angola, triple champion d’Afrique en titre, attend les Bleues vendredi (18h). S’il y a, sur le papier, un monde d’écart entre les deux formations, le sélectionneur a mis en garde son groupe : "Il ne faudra pas se tromper dans le rapport de force avec cette équipe. Nous avons l’habitude de gagner les combats sur le plan physique mais l’Angola est certainement la seule équipe au monde à se situer à notre niveau, voire à un niveau supérieur. On essaiera de les observer à partir des images les plus fraiches possibles. Cette équipe est dangereuse avec d’excellents pivots et des bonnes joueuses mais on ne sait pas exactement dans quelle configuration elle se trouvera".

Pauletta Foppa lors du match opposant la France au Comité olympique russe en finale du tournoi de handball, aux JO de Tokyo

Crédit: Getty Images

Avec la Slovénie, "un bon collectif avec de très bonnes joueuses, au-delà d’Ana Gros, face auquel il faut jouer un bon handball et être bon tactiquement et en défense", en plat principal, puisqu’estampillé "match capital" par Krumbholz, puis le Monténégro, une sélection "plus faible sur le papier" mais dont il se "méfie", en dessert, le Mosellan sait qu’une bonne entame est cruciale. Tant sur le plan mental que comptable. Car lors du tour principal, les Françaises croiseront avec le groupe B, d’où la Serbie et surtout la Russie, face auxquelles les Françaises s’étaient inclinées à Tokyo (28-27) avant de prendre leur revanche en finale (30-25), devraient s’extraire.
On se sent moins enfermées que l'an dernier, on a toutes besoin d'air frais
Faire le plein de victoires, et de points, lors des 3 premières rencontres s’avèrera donc important, avec dans l'idée ensuite d'éviter un éventuel quart de finale de tous les dangers face à la Norvège, tombeuse de l’équipe de France en finale lors de l’Euro l’an passé. Pour le reste, un gros groupe de prétendants et d’outsiders attendent les vice-championnes d’Europe en titre.
Outre la Suède, demi-finaliste aux JO, et les Pays-Bas, tenantes du titre, l’Allemagne et le Danemark seront à surveiller. Tout comme, bien sûr, l’hôte de la compétition, l’Espagne. Les "Guerrières", finalistes malheureuses il y a deux ans, victorieuses face aux Tricolores lors des Jeux cet été (25-28), espèrent bien décrocher leur premier trophée d’envergure sur leurs terres, elles qui devraient bénéficier, pour la première fois dans le handball depuis l’émergence de la pandémie de Covid-19 en février 2020, du soutien de leur public.

Grand retour du public pour une compétition internationale

Sevrées d’ambiance lors du dernier Euro féminin, tout comme leurs homologues masculins lors du Mondial en Egypte en début d’année, de nouveau confrontées aux ambiances à huis clos à Tokyo, les joueuses ont hâte de retrouver un semblant de normalité lors de ce tournoi. "C’est toujours un plaisir d’avoir du monde dans un gymnase, c’est la première fois pour moi (sa première grande compétition était l’Euro 2020, NDLR), je suis très excitée à l’idée de commencer cette compétition avec du public, et pourquoi pas des supporters français", s’est ainsi réjouit la capitaine Coralie Lassource.
La cinquième vague qui touche l’Europe, et le retour des restrictions un peu partout sur le Vieux Continent ainsi que l’apparition du variant Omicron prouvent que la menace d’un retour à des salles aseptisées est toujours présente. Mais pour le moment, les Bleues ont profité d’une petite balade sous le soleil barcelonais, elles qui avaient été cloitrées dans leur hôtel au Danemark il y a un an. "On se sent moins enfermées, je crois qu’on a toutes besoin de respirer de l’air frais", appréciait ainsi Pineau. Elle compte bien, comme ses partenaires, étirer le plus longtemps possible son séjour en Catalogne.
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