Ce n’est pas une romance, mais c’est une belle histoire. Revenons un peu plus de 8 ans en arrière, à l’été 2012. Arvor 29 / Pays de Brest, créé en 2004, atteint alors le zénith puis le nadir de la vie d’un club en quelques semaines à peine : un titre de champion de France, suivi d’une relégation administrative. En cause : "l'ampleur de la dégradation des fonds propres du club", selon les termes alors utilisés par la Commission nationale de contrôle de gestion (CNCG). Un passif estimé entre 300 000 et 600 000 euros (le budget du club est alors estimé à 1,2 million d’euros) et qui vaut dans un premier temps une relégation au club du président Fabrice Thomas, dont la liquidation judiciaire est finalement prononcée en juillet.
"Quand on a appris la nouvelle, ça a été un choc pour tout le monde", souffle Agathe Quiniou, native de Brest, qui avait alors commencé le hand depuis 6 ans et allait voir, de temps en temps, les matches de Cléopatre Darleux et compagnie. "Je ne m’attendais pas à partir, ça c’est fait très tard dans la saison et donc ça avait été un moment assez difficile pour moi", se remémore Pauline Coatanea. L’ailière, elle aussi brestoise, commençait alors à intégrer petit à petit l’équipe première et venait de signer son premier contrat. Mais un nouveau club professionnel de handball féminin est créé à Brest "sur les cendres" d’Arvor 29 et "sous l’impulsion de la Ligue de Bretagne", raconte Laurent Bezeau, qui avait emmené le club sur le toit de la France avant de partir pendant un an entraîner l’équipe féminine de Tunisie,
Je n’ai jamais été aussi ennuyée de gagner
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Une renaissance en N1, soit le niveau de l’équipe espoirs d’Arvor au moment de la liquidation, aussi due à un homme, Serge Bonnamour, ancien du champion de France 2012. C’est lui qui convainc alors Gérard et Denis Le Saint - dirigeants de l'entreprise du même nom, fortement implantée en Bretagne, et également à la tête aujourd’hui du Stade Brestois, actuel 13e de Ligue 1 - d’injecter des fonds, de prendre la présidence (poste occupé par Gérard Le Saint tandis que Denis Le Saint est président du club de foot) et de se lancer dans l’aventure. Déjà partenaires du temps d’Arvor, les deux frères, qui peuvent aussi compter sur le soutien financier d’un bon nombre d’amis entrepreneurs de la région, vont ainsi permettre au club du Finistère de démarrer l’opération reconquête. Quand il revient, à l’orée de la saison 2013-2014, Laurent Bezeau se voit donc confier une mission très simple : "Recréer un club qui franchit les différentes étapes pour retourner en première division, c’était l’objectif principal. Et c’était surtout de formater un club dans toutes ses dimensions pour aller au plus haut niveau".
A l’époque, Fanta Diarra garde les buts du club brestois : "C’était grandiose, se rappelle celle qui arrive alors que Saint-Maur, en D2. J’en garde de très bons souvenirs, on n’avait jamais de problèmes pour quoi que ce soit, on était toujours épaulées par Serge Bonnamour et sa femme, Nadine (alors trésorière du club). Ils s’occupaient de tout, le déménagement, les inscriptions à l’école pour ma fille…". Une gestion aux petits oignons qui permet à Brest Penn-Ar-Bed, comme il se prénomme à l’époque, de survoler les débats.
"De toute ma vie, je n’ai jamais été aussi ennuyée de gagner. Sportivement, pour une compétitrice comme moi, gagner des matches par 10 ou 20 buts d’écart, au début c’est génial, mais on n’avait plus le stress et l’adrénaline avant le match. D’habitude, nous gardiennes, on regarde les vidéos de la joueuse adverse qui va faire la différence, savoir où elle tire pour permettre de gagner d’un ou deux buts à la fin. Mais ce travail n’était plus nécessaire parce qu’on était tellement au-dessus…", raconte celle qui quitta le club à la fin de la saison et travaille désormais à la mairie de Narbonne, où elle joue en N1. Et qui se souvient encore de la soirée avec "limousines, privatisations de boîte de nuit, de restaurants", lorsque le club, invaincu à la fin de la saison, fête sa remontée en D2.

Une performance historique en Coupe de France

L’irrésistible ascension du club est provisoirement freinée par une accession au premier échelon ratée d’un rien lors de la saison 2014-2015, lors de laquelle il prend son nom de Brest Bretagne Handball. Un mal pour un bien selon Bezeau - "il ne fallait pas aller trop vite" - et qui permet à l’institution de s’étoffer un peu plus, en dehors et sur le terrain, à l’image du recrutement de l’internationale espagnole Marta Mangué en avril 2015. Et de rouler à nouveau sur la concurrence la saison suivante (20 victoires, 2 nuls, 0 défaite) en s’offrant surtout un premier trophée, la Coupe de France, après avoir écarté Metz en demie puis un autre club de première division, Toulon, en finale (25-16). Une performance majuscule, puisque Brest devient le premier, et seul club de D2 à ce jour, à triompher dans la compétition.

Laurent Bezeau, l'entraineur des handballeuses de Brest

Crédit: Getty Images

Le budget brestois, qui a toujours été largement supérieur à celui de ses concurrents directs, voire à presque tous ceux de D1 lors de sa dernière saison en deuxième division, explique aussi cet exploit. "On a beau avoir un bon budget, encore faut-il le mettre au bon endroit. Et puis quand on a la matière, il faut travailler correctement, tempère le coach breton. Moi j’accorde beaucoup d’importance à l’état d’esprit et aux synergies pour parvenir à faire en sorte qu’un plus un égale deux, tout simplement. Parfois même, cela fait trois, à l’image de cette année-là".
Aujourd’hui, Brest a un budget (6,5 millions d’euros) deux fois supérieur à son plus grand rival, Metz Handball (entre 3 et 3,2 millions d’euros), l’autre engagé tricolore en C1. "Cela ne veut pas dire qu’on a deux fois plus d’argent pour les joueuses, rappelle-t-on au club. L’Arena (de Brest, d’environ 4 000 places en configuration handball et inaugurée en 2014) est chère à louer, on met beaucoup d’argent dans la formation, on a beaucoup de salariés…".
De quoi permettre tout de même aux Rebelles (leur surnom) de devenir un bastion du hand européen, année après année. En témoigne un collectif désormais composé en grande partie d’internationales françaises (Lassource, Coatanea, Foppa, Darleux), ou étrangères (Pop-Lazic, Kobylinska, Gullden, Toft, Jaukovic) de renom, dont l’exemple le plus éclatant reste la Slovène Ana Gros, chipée à Metz en 2018 : "Je cherchais un nouveau challenge, Brest est venu et ils m’ont proposé un projet ambitieux, un bel investissement pour le futur qui m’a plu, se remémore l’arrière droite. Ici on a vraiment tout pour nous, les joueuses. Les employés du club pensent toujours à ce qui serait le mieux pour nous. On a de quoi bien récupérer, on voyage bien… Les conditions qu’on a ici, on ne les retrouve pas dans beaucoup de clubs en Europe", admet celle qui a connu Györ, triple champion d’Europe en titre et sûrement ce qui se fait de mieux sur le Vieux Continent.
Laurent Bezeau n’ira pas affirmer le contraire, lui qui a vu son staff s’élargir au fil des années, et s’estime "privilégié". D’abord seul avec un kiné en 2013, il compte aujourd’hui 6 personnes (un assistant, un adjoint chargé de la performance individuelle, un entraîneur des gardiens, deux préparateurs physiques et un accompagnateur de performance) autour de l’équipe première.
Revenue au club en 2017, Pauline Coatanea confirme : "Ils (les dirigeants) ont mis les moyens. Je ne crois pas qu’il y ait, en D1, des clubs aussi bien structurés que le nôtre. Je me sens chanceuse d’être dans ces conditions-là. On s’entraîne à l’Arena, ce sont des supers conditions, on a des vestiaires à nous, une salle de musculation… Tout est mis en place pour que nous ne pensions qu’au handball et qu’on soit performantes sur le terrain, c’est super d’avoir toute cette structure autour de nous pour nous aider à gagner des titres". Encore vainqueur de la Coupe de France en 2018, Brest Bretagne Handball court toujours après ce sacre de champion de France, après avoir échoué en finale en 2017 et 2018, puis en demie en 2019 avant de voir la saison dernière s’interrompre en raison du Covid-19.
L'ambition d'aller au Final Four
C’est d’ailleurs l’objectif principal de la saison, nous ont avoué toutes les joueuses interrogées, ainsi que le coach. Qui ne vont pas pour autant se priver de continuer à progresser sur la scène européenne. Après avoir atteint la saison dernière et pour la première fois de son histoire les quarts de C1, là encore annulés en raison de la pandémie de coronavirus, les Bretonnes veulent y retourner, même si les ravages du virus, et ces nombreux matches reportés, tant sur la scène européenne que nationale, rendent flou la suite du programme. "Ce qui est sûr, c’est qu’on a une très forte envie de pouvoir jouer enfin ce quart de finale. Quand on y sera, après, on aura forcément l’ambition d’aller au Final Four", reconnait Bezeau.
Pour son équipe, actuellement 3e du groupe B, la route vers le Graal passe par Podravka, la formation croate qu’elle devait affronter à l’Arena la semaine passée mais qui n’a pu s’y rendre, pour cause de Covid. "Aller jouer chez elles (à Koprivnica, NDLR) ce n’est pas du tout pareil, elles sont beaucoup plus friables à l’extérieur qu’à domicile. Chez elles, il y a un engouement totalement différent", peste Laurent Bezeau. "On sait que ça joue très bien au handball, prévient pour sa part Ana Gros. C’est une équipe pas agréable à jouer, jeune, qui se bat tout le temps et n’a rien à perdre". "On va être dans des conditions un peu spéciales, ça va être un gros road trip", redoute pour sa part Coatanea, dont l’équipe est sur la route depuis mercredi après-midi, où elle est allée s’imposer, le lendemain (36-20), pour la sixième fois en six matches de championnat, à Toulon. Après tout ce chemin parcouru, le BBH peut toutefois se permettre quelques kilomètres de plus.
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