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Les Grands Récits : Dan Snyder - Dany Heatley, le pardon et l'impossible rédemption

Snyder - Heatley, le pardon et l'impossible rédemption

Le 29/01/2019 à 12:17Mis à jour Le 02/02/2019 à 17:00

GRANDS RECITS - L’histoire de Dany Heatley, c’est celle d’un hockeyeur qui a vu sa vie basculer au détour d’un virage. Un soir de septembre 2003, par son imprudence, le jeune homme a envoyé sa Ferrari dans le décor et son grand copain Dan Snyder au cimetière. La suite, c’est l’histoire d’un pardon, celui des parents du défunt. Et d’une reconstruction inachevée.

Les Grands Récits, saison 2 - C'est toujours mardi, et c'est toujours Grands Récits. Notre série vous propose de vous plonger dans la folle histoire du sport, entre pages de légendes, souvenirs enfouis et histoires méconnues. Toujours à hauteur d'hommes. Jusqu'à la fin du mois de février, place aux destins brisés du sport. Dans ce dixième volet, retour sur un accident qui a brisé deux vies. Et mis en lumière des gens pas comme les autres.


"Salut Kovi, on se voit demain !" Le soir où Dan Snyder lui a dit au revoir, Ilya Kovalchuk n'a pas songé une seule seconde qu'il entendait la voix bienveillante de son coéquipier pour la dernière fois et que ces mots, parmi les plus anodins qu'un homme puisse prononcer, resteraient à jamais gravés dans sa mémoire. Il n'avait aucune raison d'imaginer que ce salut amical était un adieu. Parce qu'on ne meurt pas à 25 ans.

Mais voilà, la Faucheuse n'est pas du genre à demander la permission quand il est question de récolter son dû. Armée de son outil de malheur, elle moissonne ce qu'elle peut, dès qu'elle le peut. Il n'y a pas de petit profit. Ce 29 septembre 2003, c'est au détour d'une courbe dans laquelle une Ferrari couleur crépusculaire venait de s'engager qu'elle a donné un ample coup de faux.

Au volant du bolide, le futur de la NHL et du hockey canadien, Dany Heatley. A ses côtés, son moins illustre coéquipier mais ami proche, Dan Snyder. Après avoir participé à un événement promotionnel et une rencontre organisée avec les abonnés des Thrashers d'Atlanta à la Phillips Arena, les deux hockeyeurs s'arrêtent dîner sur les coups de 21 heures, avec l'autre étoile montante de la Ligue, Ilya Kovalchuk, dans un de ces centres commerciaux qui poussent comme des champignons aux quatre coins des Etats-Unis.

Dan Snyder

Dan SnyderGetty Images

La mort au tournant

A 22 heures et des poussières, l'affaire est entendue. Les trois hockeyeurs sortent de The Tavern et reprennent leur petit bonhomme de chemin. Kovalchuk part de son côté. Heatley et Snyder rentrent chez le premier nommé, qui loge le second depuis le mois d'août. Après avoir galéré et été baladé entre ligues mineure et majeure, ce dernier sera pleinement intégré à l'effectif des Thrashers pour la saison qui doit débuter dans quelques jours. Dans moins de cinq minutes, le destin de l'un basculera, la vie de l'autre ne tiendra plus qu'à un fil.

Lenox Road. Quartier résidentiel huppé de Buckhead. La 360 Modena déboule à vive allure. Élu MVP du dernier All Star Game et auteur d'une saison remarquée (41 buts et 48 assists), Heatley s'est offert le bolide il y a peu de temps. Au sortir d'une très légère courbe sur la gauche, sur une route apparemment dégagée, la Ferrari quitte sa ligne et s'en va traverser la voie, jusqu'à s'encastrer de plein fouet dans une grille en fer. Sous la puissance du choc et répondant aux règles élémentaires de la force centrifuge, la voiture rebondit et tournoie jusqu'à taper, sur son flanc, l'une des nombreuses colonnes de briques qui constituent la clôture.

Le choc n'est pas terrible. Il est effroyable. Le véhicule est instantanément coupé en deux. Snyder est éjecté à trois bons mètres d'une voiture qui n'en a plus que le nom. Sa ceinture de sécurité est en lambeaux, preuve supplémentaire mais superflue de la violence de l'accident. Heatley, lui, est encore sur le siège conducteur. Mais, comme son pote, inconscient. Il n'aura jamais aucun souvenir de cette funeste soirée.

" Votre fils a été impliqué dans un mauvais accident mais il est vivant"

A quelques dizaines de mètres de là, un agent de sécurité, attelé à la surveillance d'une des résidences du quartier, entend résonner le vacarme métallique du malheur. Un cri strident déchire la nuit tombante. L'homme appelle les secours et, rapidement, en vient à la conclusion suivante : "Les gars sont morts". Il a tort. Ou raison avant tout le monde, concernant Snyder. Dans six jours, le hockeyeur de 25 ans aura abandonné le combat. Dany Heatley, 22 ans, survivra. Mais sa vie ne sera jamais plus la même.

Pris en charge par les secours, Snyder arrive au Grady Memorial Hospital tête lacérée et inconscient. Il souffre d'une fracture du crâne. Heatley s'en sort "mieux". Si le cocktail de ses blessures est effrayant, il n'est pas mortel : commotion cérébrale, mâchoire brisée et autres ligaments du genou rompus ne lui laisseront pas de séquelles physiques. La trace sera mentale.

Elmira. Banlieue de Toronto. A 1h30 du matin, le téléphone sonne chez les Snyder, LuAnn et Graham. Entrent alors en scène des personnages d'exception, au sens premier du nom.

Le docteur Adler leur apprend que leur fils a été victime d'un accident de la circulation et se trouve dans son service, plongé dans le coma. Il a une mauvaise et une "bonne" nouvelle : "Votre fils a été impliqué dans un mauvais accident, un très mauvais accident. Mais il est vivant". Les deux parents prennent le premier vol pour Atlanta, où ils atterrissent en même temps que le lever du soleil.

Dan Snyder

Dan SnyderGetty Images

Héros et martyre

Les cinq jours qui vont suivre ressemblent à un chapelet parsemé d'espoirs déçus qui déboucheront sur l'issue que le monde redoutait. Celle qui mène au calvaire. Le 5 octobre au matin, quelques heures avant l'issue fatale, les docteurs assurent pourtant aux parents du jeune homme que sa situation évolue favorablement. Il s'éteindra le soir, victime d'un choc septique. L'histoire pourrait se terminer ici. C'est maintenant qu'elle commence. Avec ses vrais héros : LuAnn et Graham Snyder. Et son autre martyre : Dany Heatley.

Il est plus commode de maudire que de pardonner, et c'est sans doute pour cela que la rancœur est le (res)sentiment le mieux partagé au sein de la communauté humaine. LuAnn et Graham, infirmière et agent d'assurance de leur état, ne sont pas faits de ce bois-là. Croyants jusqu'au bout des ongles et même au-delà, les deux sont mennonites, un mouvement religieux issu de la réforme protestante qui prêche la tolérance et valorise le pardon.

Quand le destin les a privés de leur deuxième fils, ils n'ont poursuivi que deux buts, inextricablement liés : faire perdurer la mémoire du disparu. Et, à défaut de la sauver, soulager l'âme de celui qui avait condamné la chair de leur chair. Comment ? En le pardonnant. Et en l’accompagnant, avec un but ultime : lui éviter de croupir en prison pour un crime dont il est responsable plus que coupable, à leurs yeux. Une vie gâchée suffit amplement.

Danny Wilde et Brett Sinclair

Dany Heatley et Dan Snyder, ce sont les Danny Wilde et Brett Sinclair de la NHL. Comme les personnages principaux de la mythique série "Amicalement Vôtre", les deux hommes n'ont pas grand-chose en commun, de prime abord. A part être canadiens, baigner dans le hockey depuis leur tendre enfance et arborer l'un de ces sourires édentés qui rappelle combien ce sport a été et reste un atout pour l'économie de la dentisterie à travers les décennies.

Snyder a vu le jour en 1978, à Elmira, sa ville de toujours. Heatley est né en 1981, en Allemagne de l'Ouest. Son père jouait déjà au hockey, à Fribourg (D2 allemande). Celui de Snyder, Graham, se débrouillait aussi crosse en main et s'occupe des jeunes de sa ville. Bref, les deux jeunes hommes ont de bonnes raisons d'aimer passer du temps sur les patinoires. Mais la bonne fée aux patins ne s'est penchée que sur l'un des deux berceaux, celui de Dany Heatley.

Choisi en 2e position de la draft 2000 par la nouvelle franchise d'Atlanta, les Thrashers, Heatley ne met pas beaucoup de temps à se faire un nom et se frayer un chemin parmi la cohorte des stars de la NHL. L'ailier, fan de Brett Hull depuis qu'il est tout gamin, sera d'ailleurs élu rookie de l'année au terme de sa première saison, qu'il dispute aux côtés de l'autre jeune pépite de la franchise géorgienne, Ilya Kovalchuk. Le duo est déjà détonant, même si Atlanta est la pire équipe de la Ligue.

Obsédé par le but et loin d'être manchot quand il s'approche des mitaines adverses, Dany Heatley devient incontournable dès la saison suivante. Sélectionné pour le match des étoiles, il tape dans le mille. Son coup d'essai est un coup de maitre : 4 buts, une passe. Voilà le Canadien élu MVP du All Star Game malgré la défaite de l'Est (6-5). Jeremy Roenick, son coéquipier d'un soir, l'adoube. "Tu as 22 ans ? On n'est pas censé réussir des choses comme celles-là à 22 ans. Mon dieu…" Certains organes spécialisés osent désormais prononcer ou écrire les noms de Heatley, Lemieux et Gretzky dans la même phrase.

NHL 2004, jaquette maudite

Dany Heatley glane le premier de ses deux titres Mondiaux avec le Canada au printemps suivant. L'histoire est en marche. Reconnaissance ultime : la marque EA Sports en fait même la tête d'affiche de la jaquette du jeu NHL 2004. Sortie prévue le 22 septembre 2003, soit une semaine avant l'accident impliquant la jeune star. Dans l'urgence, l'effigie de Dany Heatley sera remplacée par celle de Joe Sakic. Des copies du jeu avec la pochette initiale, devenue tristement collector, auront eu le temps de s'écouler dans l’intervalle.

Dan Snyder est, lui, un anonyme de la NHL. Déjà, il y est entré par une porte dérobée. Jamais drafté, parce qu'il n'en avait pas le niveau, et forcé de s'accrocher à ce qu'il peut pour exister, le gamin de l'Ontario s'en sort toujours par le chas d'une aiguille. C'est l'histoire de sa vie. Il s'est toujours battu pour arriver. Avec ses moyens, son envie et une abnégation à nulles autres pareilles.

Dany Heatley NHL 2004

Gamin, il voulait évoluer dans les buts. Son père l'en a dissuadé, lui assurant malicieusement qu'il ne pouvait pas. Pour une raison simple : on n'a le droit qu'à un portier par famille. Et c'était Jack, son grand frère. La vérité, c'est que papa Graham est convaincu que son rejeton a un avenir ailleurs sur la patinoire, dans le champ exactement.

Il avait raison. Mais il restera longtemps le seul à en être persuadé, avec le principal intéressé qui est doué d'une conviction inébranlable. Même l'équipe B des Sugar Kings d'Elmira est à deux doigts de lui claquer la porte sur les doigts au cours de sa première saison. Dan Snyder a 16 ans. Et se comporte comme toujours : il s'accroche, retrousse ses manches et finit par atteindre son but. Il sera élu recrue de l'année par son équipe.

" Pas le plus talentueux mais toujours à 100%"

S'il n'a pas le talent de son futur coéquipier et bourreau, Snyder est un type courageux. Doublé d'un gars bien. Du coup, le monde entier a envie de l'aider, même s'il ne compte que sur lui-même. Dans sa quête d'absolu et de NHL, le voilà qui file jouer avec les Owen Sound Platers, équipe de jeunes qui évolue en Ontario Hockey League. Quatre ans et quelques buts plus tard, le centre est recruté par Atlanta en tant que free agent. La première fois qu'il le verra devant un palet, Don Waddell, general manager des Thrashers, se dit qu'il a peut-être "jeté 25 000 dollars par la fenêtre" en recrutant le jeune homme.

Mais là encore, et toujours, Dan Snyder va faire mentir les pronostics. Ballotté entre les Thrashers et les équipes de Ligue mineure affiliées à Atlanta (Orlando Solar Bears puis les Chicago Wolves), il enchaîne les allers et retours sans broncher. Avec le sourire et la même détermination. "C'était un sacré bosseur, se souvient Waddell dans les colonnes de The Athletic. Ce n'était pas le plus talentueux mais qu'il évolue en match ou à l'entrainement, il se donnait toujours à 100%."

Snyder n'a aucun problème avec le sale boulot. Faire briller les autres, c'est son fonds de commerce. Avec lui, pas de coup tordu. "Il voulait toujours le bien de tout le monde. Ça faisait partie de sa nature", se remémore son père. Les Thrashers l'incorporent définitivement dans l'équipe première au début de la saison 2003/2004 en tant que centre de la troisième ligne d'attaque. Ses 10 buts inscrits la saison précédente ont convaincu l'état-major d'Atlanta de lui réserver une place dans le roster. A 25 ans, il n'est qu'une ombre de la NHL. Mais il a trouvé la lumière. Sa lumière. Il n'aura pas l'occasion d'étrenner ses nouveaux galons.

Le numéro 37

Le numéro 37Getty Images

Snyder, un mythe porté par ses parents

Le numéro 37, celui que portait Snyder, sera omniprésent tout au long de la saison qui s'ouvre trois jours après la disparition du jeune homme. Atlanta le portera sur son cœur, et l'affichera aux quatre coins de sa patinoire. Durant sa carrière, Snyder n'aura disputé que 49 matches de NHL. Il va pourtant devenir un mythe, porté par ses parents et tous ceux qui l'ont côtoyé.

"Dan Snyder était un personnage 'bigger than life', comme on dit aux Etats-Unis. Une grande personnalité et un gars admirable, respecté pour son travail dur et pour avoir atteint la NHL alors qu'il n'y était pas programmé pour, nous explique John Manasso, auteur en 2005 d'un livre sur cette histoire ("Season of Loss, A Lifetime of Forgiveness, A The Dan Snyder and Dany Heatley Story"). Il était aussi aimé par ses coéquipiers pour son sens de l'humour et sa loyauté." Les chiens ne font pas des chats. Et ses parents sont au moins aussi formidables que lui.

Le soir où son fils rend son dernier souffle, sa mère quitte la chambre du défunt pour rejoindre celle de Dany Heatley. Elle lui souffle des mots de réconfort que peu seraient capables de prononcer dans de telles circonstances : "Tu n'as pas à être désolé. C'était un accident. Nous te pardonnons. Toi et moi sommes liés à jamais."

Privés de Dan, LuAnn et Graham vont alors s'évertuer, avec la franchise d'Atlanta - délocalisée depuis 2011 à Winnipeg - à faire perdurer la mémoire de leur fils. Encore aujourd'hui, à chaque fin de saison, l'un des joueurs de l'équipe est récompensé par le Dan Snyder Memorial Trophy. Son lauréat n'est pas le meilleur joueur du roster. Ni même le plus talentueux. Mais celui qui incarne le mieux "la persévérance, le dévouement, le travail acharné et désintéressé, afin que son équipe et ses coéquipiers puissent réussir." Le portrait craché de Dan Snyder. Une fondation est également créée au nom de l'ancien hockeyeur, elle a pour but d'aider les jeunes athlètes dans leur quête, offrant des bourses d'études aux jeunes méritants de l'Ontario.

Niclas Havelid #28 of the Atlanta Thrashers receives the Dan Snyder Memorial Trophy from Dan's parents LuAnn and Graham Snyder, and Thrashers General Manager Don Waddell

Niclas Havelid #28 of the Atlanta Thrashers receives the Dan Snyder Memorial Trophy from Dan's parents LuAnn and Graham Snyder, and Thrashers General Manager Don WaddellGetty Images

" Je ne sais pas si j'aurais pu faire ça à votre place"

Les Snyder ne s'arrêtent pas là. Leur chagrin est immense mais ils vont se battre pour défendre Heatley qui, le 29 septembre 2003, roulait bien trop vite sur une route limitée à 35 miles par heure (56 km/h). Le jeune homme avait déjà été pointé du doigt pour sa conduite un peu trop cavalière. A combien roulait-il le soir du drame ? 80 miles par heure (128 km/h) diront les experts durant le procès, 58 retiendra la justice (93 km/h). Une chose est certaine : Heatley ne se débine pas et reconnait ses fautes, en février 2005. "Je roulais trop vite ce soir-là. Et je paierai cette erreur pour le reste de ma vie", regrette-t-il dans l'une de ses rares sorties sur un sujet qu'il évite depuis cette funeste soirée.

En échange de l'abandon de l'accusation d'homicide au premier degré, passible de quinze ans de prison, Heatley plaide coupable pour quatre chefs d'accusation secondaires, qui auraient tout de même pu l'envoyer à l'ombre pour trois ans.

Dans les semaines précédant le verdict judiciaire, le procureur tentera de convaincre les parents de Dan Snyder de se joindre aux poursuites et d'enfoncer Dany Heatley. Mais ils resteront fidèles à leurs valeurs et à leurs convictions. Heatley sera finalement condamné à trois ans de probation, 3000 dollars d'amende et 150 discours à délivrer sur les dangers de la vitesse au volant.

Le jour du verdict, le juge Roland Barnes justifiera sa clémence par ces mots : "Je rends cette décision parce, tout d'abord, les Snyder en ont voulu ainsi, lance-t-il à Heatley, yeux dans les yeux. Aussi, je pense que votre présence en prison ne servirait pas à la communauté." Puis, se tournant vers les parents de Dan Snyder, ponctue sa prise de parole par cette phrase, lourde comme le glaive de la justice : "Je ne sais pas si j'aurais pu faire ça à votre place".

Dany Heatley

Dany HeatleyGetty Images

La rédemption ne chasse pas les démons

L'Amérique chérit les happy end. On dirait même qu'ils ont été inventés pour elle. Mais cette histoire ne pouvait en accoucher. Parce qu'on ne soigne pas les âmes tourmentées et la rédemption n'a jamais chassé aucun démon. Si Heatley est rapidement redevenu ce qu'il était sur la glace avant l'accident, l'ombre de culpabilité a toujours plané au-dessus de sa tête, ne le laissant jamais en paix. Le fardeau était trop lourd.

Parti en Suisse et en Russie le temps du lockout qui a suivi la saison 2003/2004, il demande, dès son retour aux Etats-Unis, à s'éloigner définitivement d'Atlanta. Compréhensifs, les Thrashers laissent filer le hockeyeur à Ottawa pour que l'homme puisse se reconstruire. La famille Snyder, là encore, se range derrière le désir de Dany. Les fans des Thrashers, eux, feront preuve de moins de bienveillance le jour où ils reverront leur ex-idole sous le maillot des Senators. Ce jour de janvier 2006, ses oreilles siffleront comme jamais. Ce à quoi Heatley répliquera, vexé : "Au moins, ils font du bruit…"

A Ottawa, le numéro 15 des Senators va réussir de grandes choses, notamment deux saisons de suite à 50 buts - un accomplissement rare -, et disputer une finale de Stanley Cup. Avec le Canada aussi, jusqu'à décrocher le Graal olympique à Vancouver 2010. La suite ? C'est le déclin. Irrémédiable. Et un goût amer, au final. Parce que Dany Heatley aurait pu, aurait dû, aller bien plus haut.

La fin de sa carrière étasunienne sera marquée du sceau de l’acrimonie. Le tout, dans un silence assourdissant. Celui de l’intéressé. "Il n'avait pas voulu parler pour l'écriture de mon livre, pas plus que ses parents, se remémore aujourd’hui John Manasso. Il a tenté de passer outre l’accident sans jamais en parler publiquement. Un confrère l'a contacté récemment pour parler des quinze ans du drame mais il n’a pas eu plus de réussite…" A défaut d'oublier, Dany Heatley a tenté de taire le passé. Mais le temps n'efface pas tout. Pas plus les remords que les gens formidables.

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