Au cœur de la ville de Québec, surplombant le Saint-Laurent, trônent les Plaines d'Abraham. Ce poumon de verdure, où il fait bon flâner aux beaux jours, est associé à une page douloureuse de l'histoire de la Belle Province.
C'est là, le 13 septembre 1759, que l'armée britannique remporta au terme d'un long siège une bataille décisive face aux Français, marquant le début de la conquête britannique du Québec. Depuis plus de deux siècles et demi, la grande histoire de la petite animosité entre Canadiens anglophones et Canadiens francophones, faux-frères unis par une même citoyenneté, pimente la vie du pays de façon plus ou moins relevée selon les périodes.
Les grands récits
Snyder - Heatley, le pardon et l'impossible rédemption
28/01/2019 À 22:40

La mort du lieutenant-général français Louis Joseph Montcalm lors de la Bataille des Plaines d'Abraham, en 1759.

Crédit: Getty Images

Si la tentation séparatiste s'est plutôt atténuée au Québec depuis le dernier référendum pour l'indépendance en 1995, la rivalité demeure. Depuis le premier quart du XXe siècle, elle a trouvé un autre terrain d'expression : la glace.
Là-bas, on ne badine pas avec le hockey. Alors, entre Montréal, la grande cité québécoise, et Toronto, la métropole de l'Ontario, le sport national canadien ne pouvait que servir de transposition moderne et pacifique à ces querelles intestines. Montréal et Toronto. Les Canadiens (ou simplement le Canadien), et les Maple Leafs. Deux équipes historiques pour la rivalité la plus ancienne, la plus féroce, et la plus mythique du hockey sur glace.

Montréal - Toronto, toute une histoire... de haine.

Crédit: Getty Images

Deux philosophies, deux peuples qui s'affrontent

Alexandre Gascon est journaliste à Radio Canada, où il couvre l'actualité de l'équipe de Montréal. Il sera notre guide. Selon lui, si le Centre Bell et la Scotiabank Arena, les deux salles où Canadiens et Leafs ont établi domicile, ne sont pas les Plaines d'Abraham, et si le hockey n'est pas la guerre (ici, le seul siège s'effectue devant le but adverse), ce sport se vit bien parfois comme un prolongement de ces ressentiments anciens. "C'est une rivalité qui dépasse de beaucoup le sport, qui a des racines historiques à cause de la division du pays et qui s'incarne à travers le hockey, le sport national des deux provinces, leur porte-étendard", nous dit-il.
Le trait peut paraître un peu épais, la vision binaire a ses limites, mais le fond de vérité est là pour le journaliste québécois : "Je n'aime pas beaucoup dire ça parce que ce ne sont pas deux blocs monolithiques, mais le fait est que ce sont deux visions, deux philosophies, deux peuples qui s'affrontent. Même si ça ne s'incarne plus tout à fait comme ça aujourd'hui parce qu'il n'y a plus tant de joueurs québécois que ça à Montréal, il n'en reste pas moins que pour les partisans, il reste une très forte valeur symbolique."
L'internationalisation massive de la NHL depuis une trentaine d'années a effectivement estompé la dualité francophone-anglophone. La Ligue nationale n'est plus une simple affaire nord-américaine. Peut-on s'imprégner de décennies d'histoire en débarquant à Montréal ou Toronto ? Pour un Russe, un Suédois, un Tchèque, un Finlandais, quelle signification prend cette rivalité ? "C'est une bonne question, concède Alexandre Gascon. Ils vont dire que oui, mais je pense que ça prend un peu de temps. Pour qu'un Européen le ressente de la même façon, il faut qu'il ait joué suffisamment longtemps pour l'équipe. Et que la foule réussisse à leur injecter cette histoire-là."
Mais certains joueurs issus du Vieux Continent, avec la foi du converti, finissent parfois par devenir plus haineux envers les Leafs qu'un pur Québécois. Et Gascon de citer le cas de Tomas Plekanec. Le Tchèque a évolué 13 années à Montréal, avant d'être expédié au milieu de la saison 2017-2018 à... Toronto. "Pour lui, c'était un peu comme une trahison", explique le journaliste. L'année suivante, il resignera au Canadien pour une poignée de rencontres afin d'atteindre le cap des 1000 matches en NHL sous la tunique des Habs. "Quand il est revenu, reprend Alexandre Gascon, il nous a dit : 'Pour moi c'était inconcevable de porter le chandail des Leafs'. Donc, oui, c'est possible de s'imprégner de cette culture et ça finit par percoler."

Tomas Plekanec au Centre Bell en 2018.

Crédit: Getty Images

On vous emmerde et on vous bat au hockey
Montréal - Toronto, c'est en tout cas LA rivalité historique de la NHL. Ce sont toujours les deux franchises les plus titrées : 24 Coupes Stanley pour les Canadiens, 13 pour les Maple Leafs. Les deux équipes se sont affrontées plus de 800 fois depuis leur tout premier duel, le 26 décembre 1917. Un record, là encore. La toute première Coupe Stanley, en 1918, a mis aux prises Montréal et Toronto. Une lutte sportive entre deux clubs, mais aussi une bataille économique et culturelle entre deux villes.
"Au Canada, anglophones et francophones se disputent le trône du hockey mondial, rappelle encore Alexandre Gascon. Au Québec, il y a ce côté minorité un peu écrasée qui a son mot à dire mais qui n'a pas le plein contrôle de son destin politique et de son futur. Donc il y a un peu de frustration, qui s'exprime aussi à travers le hockey. 'C'est nous les plus forts, vous nous regardez de haut, mais on vous emmerde et on vous bat au hockey'."
En termes de rayonnement national, il n'y a toutefois pas photo. Au Canada, il y a Montréal et les autres, Toronto compris. "Les Leafs sont très populaires en Ontario mais le Canadien fascine bien au-delà du Canada francophone, assure Alexandre Gascon. D'abord, il ne faut pas oublier qu'il y a un million de franco-ontariens, et la plupart sont pour le Canadien.Puis, que ce soit dans l'amphithéâtre des Oilers (Edmonton), des Flames (Calgary) ou des Canucks (Vancouver), honnêtement, quand tu te promènes dans les gradins, c'est 50-50 entre les partisans de l'équipe locale et ceux du Canadien. C'est fou. Bien des joueurs s'en sont plaints. Ils disent 'tu es chez toi, dans ta maison, et tu te fais huer. On ne ressent ça que quand on joue contre le Canadien.' Cette équipe a un impact d'un océan à l'autre."
Peut-être parce que, jouer pour le Canadien, c'est porter les couleurs d'un club, mais aussi d'une ville tout entière et même au-delà. A Los Angeles, on joue pour les Kings. A Montréal, on joue pour le Canadien et, peut-être plus encore, pour Montréal.
Cristobal Huet a vécu une belle et longue carrière en NHL. S'il a débuté à Los Angeles, s'il a remporté la Coupe Stanley avec Chicago en 2009, c'est bien au Québec, entre 2004 et 2007, que le gardien de but français estime avoir vécu ses plus belles années. Parce que Montréal, c'est autre chose :
"Je me suis imprégné de la culture et de l'histoire du Canadien. Quand on fait partie du club, on en vient tout de suite à rencontrer les légendes, comme Jean Béliveau ou Guy Lafleur, qui sont toujours là aux matches dans la petite salle des anciens. Le changement est vraiment important par rapport aux autres franchises, surtout américaines. On sent tout de suite l'importance de l'équipe pour la ville et même la région. Il y a de l'amour. Il y a forcément un peu plus de pression, mais c'est tellement excitant de jouer pour une franchise comme ça. On est fier de représenter le Canadien de Montréal."

Le tournant de la 2e Guerre mondiale

Si la rivalité a pris racine au cœur de la Première Guerre mondiale, c'est le second conflit planétaire du XXe siècle qui va développer ses branches les plus solides. Et dans un premier temps au moins, cela n'aura rien à voir avec des considérations sportives.
"Beaucoup de joueurs canadiens ont été enrôlés dans l'armée à partir de 1942, raconte Alexandre Gascon. Certains sont allés au front, même si la plupart se contentaient de jouer au hockey pour distraire les militaires. Mais il y avait une différence de philosophie : au Québec, les gens étaient massivement contre la conscription, alors que le reste du Canada y était favorable."
A l'époque, le directeur général des Maple Leafs se nomme Conn Smythe. Grand dirigeant historique du hockey nord-américain, il donnera par la suite son nom au trophée de meilleur joueur des séries finales de la Coupe Stanley. "Smythe était un fervent patriote, et il a accusé le Canadien d'avoir des passe-droits de la Ligue Nationale pour ne pas avoir de joueurs conscrits", ajoute Alexandre Gascon. Ce sera notamment le cas de Maurice Richard, alias "Le Rocket", l'icône absolue du hockey québécois. Richard a voulu s'engager, mais du fait de ses multiples blessures sur la glace, l'armée l'a réformé.

Conn Smythe en compagnie de la reine Elisabeth II lors d'une visite de la souveraine à Toronto.

Crédit: Getty Images

Alexandre Gascon poursuit : "Je ne sais pas si on peut parler de passe-droits, mais le fait est que les principaux joueurs du Québec ne sont pas partis dans l'armée. Peut-être que, dans les casernes militaires du Québec, on avait tendance à leur dire 'Non, vous jouez pour le Canadien, vous n'irez pas au front', tandis qu'à Toronto, on était vraiment pour. Et c'est pendant ces années-là que le Canadien a commencé à retrouver de sa superbe. Les Leafs, Conn Smythe en premier, les ont toujours accusés d'avoir été protégés. Ça a été la cristallisation de leur rivalité et c'est ensuite devenu exponentielle avec ce qu'il s'est passé sur la glace."

L'âge d'or des années 60

De 1944 à 1979, les deux franchises vont s'affronter à 15 reprises en playoffs en 34 ans, avec un âge d'or dans les années 60, où elles dominent totalement la NHL. Là aussi, le combat prend une tournure identitaire, jusque dans l'expression du jeu des deux équipes. "On avait deux philosophies sportives qui s'affrontaient, témoigne Alexandre Gascon. Les Leafs n'étaient pas forcément les athlètes les plus habiles, mais c'étaient des costauds qui faisaient le sale boulot, un jeu porté sur la rudesse, la robustesse, tandis que le Canadien avait un jeu axé sur la vitesse, avec Jean Béliveau, Henri Richard ou Yvan Cournoyer."
Chaque camp prend sa part de gloire et étoffe sa légende. Celle de Maurice Richard, un des plus formidables scoreurs de tous les temps, n'a peut-être jamais été aussi grande que lors des playoffs 1944. En demi-finale, Montréal surclasse Toronto (4-1). Lors du 2e match, Richard inscrit les cinq buts de son équipe. Un record qui n'a jamais été battu depuis. "Richard 5, Toronto 1", titrent les journaux le lendemain.

Maurice Richard, la légende ultime du Canadien de Montréal, ici avec la Coupe Stanley en 1958.

Crédit: Getty Images

C'est un tournant dans l'histoire du club comme dans celle de la NHL. Les Canadiens décrochent leur première Coupe Stanley depuis 1931. Ils n'avaient même plus disputé de finale depuis. C'est le début d'une formidable success story qui va faire du Canadien l'équivalent des New York Yankees en baseball : un ogre, en route pour 18 titres d'ici la fin des années 70. Pendant trente-cinq ans, Montréal va soulever la Coupe Stanley en moyenne une année sur deux.
Toronto connait aussi de francs succès, avec en point d'orgue un triplé entre 1962 et 1964. Au milieu, l'unique série éliminatoire entre Leafs et Canadiens qui est allée au terme des sept matches. Une des victoires les plus mémorables des Ontariens face au grand voisin québécois, même si rien ne peut égaler, vu de Toronto, la finale de 1967. La dernière entre les deux équipes. La dernière des Maple Leafs à ce jour, soit la plus longue disette en cours pour une équipe NHL.
C'était maintenant ou jamais pour ce groupe, un des plus vieux jamais titrés avec 31,4 ans de moyenne d'âge. Johnny Bower, Red Kelly et Allan Stanley ont dépassé la quarantaine et neuf de leurs coéquipiers ont plus de trente ans. Cette victoire possède une double saveur inégalable : en cette année 1967, celle du centenaire de la naissance de la Confédération du Canada, l'Exposition Universelle se tient à Montréal. Une salle du pavillon québécois a été réservée pour exposer la Coupe Stanley. Un excès de confiance qui viendra longtemps hanter les Montréalais comme un boomerang.

1979, la der en playoffs

Cette finale 1967, c'est la fin d'une époque. Pour la NHL, d'abord. Centrée depuis un quart de siècle autour des "Original Six", les six équipes historiques, la Ligue s'étend dès la saison suivante avec l'intégration de six nouvelles franchises. Montréal et Toronto empruntent alors des chemins opposés. Les Leafs rentent dans le rang quand le Canadien va traverser la période la plus faste de son histoire : huit titres de 1968 à 1979. Les deux ne jouent plus dans la même catégorie, et leur rivalité, même si elle demeure vive, commence à en pâtir sur le plan sportif. Et ce n'est qu'un début.
Le 22 avril 1979, les Habs s'imposent après prolongation, 5-4, et ramassent à la pelle les illusions des feuilles d'érable : Toronto est balayé 4-0 en playoffs. Montréal remportera peu après sa 22e Coupe Stanley, la 4e consécutive. Personne ne peut alors l'imaginer, mais, 42 ans plus tard, il n'y a plus eu une seule rencontre de playoffs entre les deux grands rivaux. Parce qu'ils vont peu à peu s'effacer des sommets de la NHL, surtout les Maple Leafs. Puis Toronto, de façon inexplicable, passera longtemps dans le giron de la Conférence Ouest, interdisant aux deux équipes de se retrouver en après-saison autrement qu'en finale. Une disette mal vécue par les amoureux des deux équipes.
En dehors de quelques matches de saison régulière, ces deux-là vont désormais se haïr surtout de loin. Alors, sportivement, Canadiens et Maple Leafs vont nouer d'autres rivalités. "Ces dernières années, souligne Cristobal Huet, Toronto était un peu moins bien et Montréal trouvait peut-être plus ses derbies du côté de Boston." Les Bruins, l'autre grand rival du Canadien. Sans oublier le voisin direct, Québec, qui a possédé une franchise NHL entre 1979 et 1995, baptisée "les Nordiques".
Après avoir beaucoup regardé en direction du sud et de Toronto, Montréal s'est alors embrasée pour une autre rivalité vers le nord, au moins aussi féroce. Elle enflammera la Province dans les années 80, avec plusieurs duels en playoffs, pour culminer lors de l'inoubliable "Bataille du Vendredi Saint", émaillée en 1984 de plusieurs bagarres générales, et de la controverse de 1987. Cette année-là, Montréal élimine Québec alors que, lors du match décisif, les Nordiques avaient inscrit le but de la qualification avant que celui-ci ne soit refusé.

Montréal - Québec, la rivalité "bestiale"

Face aux Nordiques, Montréal s'est retrouvé dans la position du "gros", endossant le rôle du méchant contre l'opprimé, soit l'exact contraire de la façon dont est vécu le rapport avec le Canada anglais en général et Toronto en particulier. "C'était la grande ville contre le petit qui pense qu'il est une grande ville mais qui ne l'est pas vraiment, sourit le Québécois Alexandre Gascon. Qui pense se faire regarder de haut par les Montréalais, ce qui est sûrement un peu vrai. Pour certains, les Nordiques étaient vraiment l'équipe du peuple québécois, qui voulait s'affranchir du "joug" du Canada anglophone, et je mets beaucoup de guillemets, alors que le Canadien est aussi l'équipe des anglophones du Québec, celle du conservatisme du statu quo en place."
Parallèlement à la lutte contre "l'ennemi anglophone", le Canadien va ainsi vivre une guerre fratricide avec Québec. Difficile, vu de France, d'en prendre pleinement la mesure. Alexandre Gascon évoque une rivalité "super excitante mais presque malsaine."
"C'était bestial, précise-t-il. Ça a déchiré des familles parce qu'il y avait des partisans des deux côtés. Il y a eu des divorces à cause de ça. Ce fut une rivalité à tous les niveaux : historique, financier, économique, social, sportif. On jase encore ici du but d'Alain Coté, et on jasera pendant des siècles. On voyait même des journalistes des deux équipes qui se battaient à poings nus sur la galerie de presse. Ça a pris des proportions totalement démesurées, ça a été une époque complètement folle."

La rivalité féroce dans les années 80 entre le Canadien et les Nordiques. Ici, Jimmy Mann et Chris Nilan.

Crédit: Getty Images

Folle et intense, mais brève à l'échelle de l'histoire plus que centenaire des Habs. Si les duels sportifs ont perdu en saveur, l'antagonisme avec Toronto est donc toujours resté bien ancré. "Il y a une charge émotive et symbolique très forte entre l'Ontario et le Québec qui fait que cette rivalité est toujours reconnue comme la plus grande", pour Alexandre Gascon. Cristobal Huet confirme : "Quand je jouais à Montréal, même si, sportivement, les deux équipes n'étaient pas au top, on sentait quand même une électricité différente et une vraie animosité quand on jouait Toronto".

1993, le rendez-vous manqué

Même sans confrontation en playoffs depuis 1979, les quatre dernières décennies ont été peuplées de quelques souvenirs communs mémorables. Comme le 7 avril 2007. Ce soir-là, les Canadiens se déplacent à Toronto lors du tout dernier match de la saison régulière. Les deux équipes peuvent encore se qualifier pour les playoffs. Les Leafs n'ont pas leur destin en mains, mais les Habs, oui. Une victoire et leur campagne se prolongera.
Ce match-là, Cristobal Huet ne l'oubliera pas. Mais pour de mauvaises raisons. Le gardien français revient de blessure juste à temps pour être aligné devant le filet. "J'avais eu beaucoup de travail en première période, mais ça se passait bien, nous dit-il. Puis j'ai craqué un petit peu physiquement."

Cristobal Huet lors du match décisif de saison régulière en 2007 entre Montréal et Toronto.

Crédit: Getty Images

Comme s'il avait voulu en oublier les détails, sa mémoire lui joue quelques tours : "On avait perdu 5-3 ou quelque chose comme ça". Toronto s'est en réalité imposé 6-5. Peu importe. La justesse du souvenir tient dans son amertume, bien réelle, elle, même si les Leafs ne se qualifieront pas non plus. "C'était un moment assez dur, enchaine Huet. Pour moi, pour l'équipe, ça avait été frustrant de finir la saison comme ça." Depuis 1979, c'est sans doute ce qui s'est le plus rapproché de l'esprit des playoffs entre les deux équipes. "C'était un duel de playoffs... sur un match, rigole le Français. Mais oui, il y avait une grosse électricité ce soir-là."
Cette longue période reste surtout marquée par un rendez-vous manqué. Au printemps 1993, Montréal va conquérir sa 24e et, à ce jour, dernière Coupe Stanley. Porté par son gardien Patrick Roy, autre légende québécoise, le Canadien domine lors de la série finale les Kings d'un certain Wayne Gretzky. Mais il s'en est fallu d'un cheveu que Montréal ne retrouver son ennemi ontarien, dans un choc dont rêvait le Canada tout entier.
Lors de la finale de conférence, Toronto s'incline contre Los Angeles en sept matches, non sans une énorme polémique lors de la rencontre décisive, qui s'achève en prolongation. "C'est la fameuse controverse sur le but décisif de Wayne Gretzky en prolongation, qui n'aurait pas dû être bon parce qu'il y avait eu une punition et les arbitres ne l'ont jamais appelée, raconte Alexandre Gascon. Là, il y aurait vraiment pu avoir une Coupe Stanley Toronto-Montréal. C'était leur seule chance de s'affronter en séries au cours de toutes ces années."
Pour que le feu reprenne pleinement, cela passera nécessairement par la glace. Et pas en hiver, mais au printemps, à l'heure des playoffs. Alexandre Gascon en est convaincu : "Tu sens que quand elles s'affrontent, les deux équipes veulent vraiment en découdre et veulent gagner, probablement plus encore que contre une autre équipe. Mais pour que ça reprenne une envergure considérable, il faudra des affrontements en série éliminatoire, c'est indispensable.Si tu n'as pas ce catalyseur-là, la charge émotive ne peut pas être la même. Tu ne peux pas monter aussi haut ou descendre aussi bas après une victoire ou une défaite en saison régulière qu'en série éliminatoire." "Les rivalités, elles se créent vraiment quand on va loin dans les playoffs. C'est là que l'histoire s'écrit entre deux clubs", confirme Cristobal Huet.
Il n'y a rien de plus attirant que deux équipes qui se détestent et qui ont le goût de cette détestation
L'envie est là. Ce désir partagé est un des rares points de convergence entre supporters des deux camps. "Il n'y a rien de plus attirant que deux équipes qui se détestent et qui ont le goût de cette détestation.Les gens, des deux côtés, ont envie que ça redémarre, tout le monde adorerait avoir une série entre Montréal et Toronto", soupire Alexandre Gascon. Ce sera, peut-être, pour cette année. Réunis dans une division 100% canadienne, Covid oblige, Leafs et Canadiens possèdent pour la première fois depuis longtemps une équipe compétitive en même temps.
Alors, depuis Lausanne, où il occupe le poste d'entraîneur des gardiens, Cristobal Huet garde un œil averti et il y croit : "J'ai l'impression que c'est reparti, parce que Montréal joue bien et que Toronto a une équipe avec beaucoup de jeunes talents." "C'est vrai, il y a de bons éléments des deux côtés, note également Alexandre Gascon. Il y a aussi les personnalités qu'il faut aujourd'hui pour que ça reprenne. On a besoin de visages, d'incarnations. Auston Matthews à Toronto peut en être un, Carey Price (le gardien emblématique de Montréal, NDLR) en est un forcément. Shea Weber peut contribuer à ça aussi."

Carey Price, le gardien de but de Montréal, lors d'un match face à Toronto.

Crédit: Getty Images

Les braises ne demandent qu'à rougir à nouveau. En attendant un face-à-face en playoffs, il suffit parfois d'une poignée de mots pour rallumer un incendie. A l'été 2019, Max Domi, l'attaquant des Canadiens, lâche une petite bombe : "Montréal, c’est un tout autre niveau. Toronto a ses partisans, la Leaf Nation est assez grosse, mais il n’y a rien qui soit même proche de Montréal et ses partisans."
A Toronto, c'est peu dire que ses propos ont heurté. Domi est un enfant de l'Ontario. Il a grandi à Toronto et, facteur aggravant, son père, Tie Domi, est une légende des Maple Leafs. "Tie Domi avait le sang bleu et blanc, rappelle Alexandre Gascon, donc c'était un peu un crime de lèse-majesté que l'héritier Domi mette le chandail du Canadien et qu'il envoie promener Toronto. Il en faudrait plus, des phrases comme ça. Aujourd'hui, c'est très aseptisé. Oui, ça aide quand les protagonistes jettent de l'huile sur le feu."
Imaginez, maintenant, une petite phrase du même acabit à la veille de l'ouverture d'une série en playoffs. Les deux villes s'embraseraient en un tour de main. Montréal la francophone et Toronto l'anglophone, dont la langue commune est au fond le hockey, ne demandent que ça.
NHL
Montréal n'est plus quà un pas de la finale
HIER À 08:14
Hockey sur glace
Las Vegas égalise contre Montréal
21/06/2021 À 07:03