Sacré champion olympique pour la première fois en 1996 à Atlanta, David Douillet est entré dans l'histoire du judo mondial et du sport français en conservant son titre quatre ans plus tard à Sydney. Une quête qui ne fut pas de tout repos, comme il l'a confié à Florence Masnada. Extraits.

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"Ce n'était pas gagné de faire ce doublé. J'avais eu un accident de moto en 1996 qui avait largement complexifié l'ensemble de ma préparation. C'était loin d'être acquis cette affaire-là. Tout le monde m'avait déconseillé d'y aller. Pour deux raisons. La première, c'est que tout le monde a bien vu les difficultés pour être au niveau. C'était pas simple, je n'avais quasiment pas fait de compétition l'année qui précédait. L'autre raison, c'était qu'on me disait 'Tu es fada, si tu t'alignes, tu risques de tout perdre, tu vas finir sur un échec, tu vas faire la compétition de trop.' Et ce sont des proches, des très, très proches qui te disent ça. Tu te dis 'Est-ce que je vais faire une connerie?'. Ils te mettent le doute.
Puis rapidement, tu reviens sur ce que tu es, ce qui t'a construit, le sens de ta vie de compétiteur. Tu te dis 'Je n'ai pas fait de la compétition pour calculer, pour avoir un plan de carrière. J'ai fait de la compétition parce que j'aime ça. Point. J'adore ça. Si ça gagne tant mieux, si ça perd ça fait partie du jeu et je m'en fous. J'ai failli faire la connerie de les écouter. Bon. Le Normand est têtu.
Là, j'ai été tranquillisé. Mon but dans la compétition, c'est le plaisir que je vais y prendre. Ça va être la dernière fois, je ne vais quand même pas rater ça. Je sens que ça va être compliqué, que je tire sur la corde physiquement. Mais j'y vais et peu importe si je perds, j'y vais à fond, je vais prendre un pied fabuleux. Et j'ai pris un pied fabuleux. Je me suis éclaté, j'ai dégusté chaque millimètre du tatami, chaque seconde. Comme le dernier repas, le repas du condamné. J'ai été porté par cet état d'esprit."

Le coude, cette épée de Damoclès

"Le matin même de la compétition, il m'est arrivé un truc incroyable. Dix ans auparavant, je m'étais fait une subluxation du coude droit. J'avais des douleurs qui s'étaient redéclenchées quelques semaines avant les Jeux. Mais sans plus. Je m'étais dit que ça allait passer. En réalité, je m'étais déchiré la capsule du coude, ce qui fait que j'avais un épanchement et probablement du cartilage qui se trimbalait dans l'articulation.
Le matin de la compétition, je me bloque le coude. Je ne peux plus le bouger. Sous la douche ça m'est arrivé ! Très peu de gens le savent, ça. Le médecin de l'équipe de France m'a manipulé et m'a remis ça en route. Mais pendant toute la compétition j'ai eu cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je l'ai géré en me disant que je n'avais rien et que ça allait bien se passer et que ça ne servait à rien de se faire du mouron pour quelque chose qui n'existait pas encore. Et ça ne s'est pas rebloqué. Mais j'ai été opéré deux-trois jours plus tard. Je suis rentré en France plus tôt à cause de ça.

Pour le plaisir

"Hormis le coude, le jour de la compétition, je suis heureux. Je suis dans mon élément. Je suis heureux, j'ai envie d'y aller, de mettre mon kimono. Ça peut paraitre très prétentieux, mais je sens que je suis fort. Tu le sens. Oui je savais que j'étais fort, je l'avoue. Je ne me sentais pas perdre. Vraiment. Et toute ma compétition a été joyeuse et heureuse. C'était relax, agréable. J'ai rigolé, j'ai passé des bons moments. Alors, j'avais mes combats bien sûr, mais j'ai eu cette chance de finir sur une compétition idéalement agréable. J'étais souriant, blaguant."

Shinohara, la Tour Eiffel sur la tête

"Très certainement que mon état d'esprit a perturbé mon adversaire en finale (le Japonais Shinichi Shinohara, grand rival de David Douillet, NDLR). Trois minutes avant de monter sur le tapis, on est l'un à côté de l'autre. Et avec mon entraîneur de l'époque, Marc Alexandre, on se marre comme des baleines parce que son coach lui met une pression de maboules. On capte quelques mots de japonais, donc on entend grossièrement ce qu'ils se disent. L'autre, ce n'est pas une chape de plomb qu'il lui met, c'est la Tour Eiffel. C'était affreux. C'était du style 'Tu es l'honneur de la nation, tu n'as pas le droit de perdre, etc.' Quand on le regardait, on avait l'impression qu'il s'écrasait dans le sol.
En plus il avait eu un combat très dur en demie contre le Russe (Tamerlan Tmenov), et il n'avait pas ou mal récupéré. Je dis à mon entraineur, 'ça ne te fait pas penser à ce passage du Grand Bleu où il y a ce Japonais qui se prépare pour descendre en apnée ? Il est en hyperventilation et il tombe dans l'eau. J'avais l'impression de ça. Et je marre, on se marre. On se raconte ça. Il nous voit rire. On ne se moquait pas de lui, c'était la situation. Peut-être que ça a eu un impact sur lui."

Douillet en finale des JO 2000

Crédit: Eurosport

La connexion

"Ce n'est pas très sexy ce que je vais dire, mais ce que mon dit mon entraîneur avant la finale, ce sont deux trois consignes techniques. Genre 'Tu ne mets pas ta main là, tu n'oublies pas ça'. Hop, une claque sur le cul et je monte sur le tatami. Et tout de suite je sens qu'il n'a pas récupéré de sa demi-finale. Je le sens. Un judoka, quand tu poses la main sur quelqu'un, c'est comme si tu te connectais à la personne. Il y a une vibration, tu sens énormément de choses. Si la personne est nerveuse, tendue, pas tendue, fatiguée ou pas. Avec l'expérience, tu sens tout ça.
J'étais certain d'être face à quelqu'un qui n'était pas remonté à 100% de ses capacités. Mais son combat contre le Russe avait été très, très dur. Ca a été un avantage. Tant mieux pour moi. J'écarte le fait que c'est mon dernier combat, sinon ça me pollue. Tu l'évacues. Je ne dis pas que tu es une machine, mais presque. Tu es dans une espèce de bulle.
Je gagne, je serre la main de mon adversaire et je lui dis : 'Je suis content d'avoir fait ce combat avec toi, parce que c'est mon dernier, tu es Japonais.' Pour moi c'était aussi le combat idéal. Il était numéro 2, aussi. J'étais heureux de ça. Bien sûr, lui, il était affligé. Quand je rentre en France, je pense profiter de la vie. Je voulais prendre une année sabbatique. Elle a duré 15 jours."
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