Priscilla Gneto est d'abord restée prostrée sur le tatami. Elle a ensuite quitté l'Arena Carioca 2 en larmes, traversé la zone mixte dans le même état, sans dire un mot. Un peu plus tard, la tête reposée mais le cœur toujours gros, la médaillée de bronze des Jeux de Londres est revenue, avouant sa totale incompréhension devant ce qui venait de lui arriver. Elle a disparu dès son premier combat. Sans vraiment le perdre. Sans vraiment le disputer. Disqualifiée pour avoir touché les jambes de son adversaire avec son avant-bras.
"Il y a beaucoup d'incompréhension, a-t-elle avoué. Je ne comprends pas, personne ne comprend. Je suis triste. Triste d'avoir perdu mais encore plus d'avoir perdu sans comprendre." Alors qu'elle menait au score, via le nombre de pénalités, Priscilla Gneto s'est retrouvée à genoux sur un mouvement apparemment anodin et a touché la jambe de son adversaire, la Suissesse Evelyne Tschopp, restée debout. Cette dernière a pourtant admis qu'elle n'avait "pas senti" le bras ou la main de la Française.

Priscilla Gneto aux Jeux Olympiques de Rio 2016

Crédit: AFP

Rio 2016
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Fleury : "Il n'y a pas de sentiment d'injustice mais de colère"

"A aucun moment je n'ai attrapé le pantalon, se défend d'ailleurs Gneto. Parce que je sais que je n'ai pas le droit. Je ne suis pas en danger, mon but c'est vraiment de tenir mes mains loin de son pantalon." Un avis partagé par Cathy Fleury, entraîneur national. "Elle met juste son bras en opposition pour se protéger parce qu'en plus, en face, il y a une fille qui ne montre absolument pas qu'elle cherche à s'engager. Je vous rappelle aussi que le genou est à hauteur de tête", souligne-t-elle.
Sur le fond, la championne olympique de Barcelone ne conteste pas le point de règlement en lui-même, mais elle déplore l'absurdité de la situation. "Il n'y a pas de sentiment d'injustice mais de colère, poursuit Cathy Fleury. Ce n'est pas une injustice puisque c'est le règlement. Le règlement, c'est dès que le membre supérieur touche le membre inférieur. Qu'on l'attrape ou pas. Sauf qu'il est plus ou moins appliqué et quasiment jamais appliqué dans ce genre de situations. D'une compétition à une autre, il y a des gens différents. Et chacun applique ce règlement quand il veut, sans faire l'effort de comprendre ce qui se passe, savoir si c'est volontaire ou pas."
Franchement, c'est pas terrible
Pour Fleury, au-delà de Priscilla Gneto, c'est tout le judo qui sort perdant de scènes comme celle-ci. "C'est une succession de mots qui sont notés les uns à côté des autres sur une feuille. Et puis on applique. Tel que c'est écrit", regrette-t-elle, calme, le ton posé, mais la colère froide et la mine consternée.
Puis elle évoque la conception du judo du point de vue des athlètes, par opposition avec celle des juges. "Pour nous, dit-elle, le judo, c'est le geste technique, de magnifiques envolées, le ippon parfait. Et ça on sait ce que ça coûte d'entrainement. Le superbe pion, tous les judokas recherchent ça. Et imaginez-vous que ce mouvement parfait, c'est égal à 'ça' (l'application stricte d'un point de règlement)".
Inconsolable, Priscilla Gneto a le sentiment d'avoir été privé de son tournoi. "Franchement, déplore-t-elle, c'est pas terrible. J'ai l'impression que les arbitres n'ont pas conscience de ce qu'ils peuvent briser." Pour elle, ils lui ont pris ni plus ni moins qu'une part de son existence. "Eux, leur vie continue. Mais moi, en ce moment, c'était vraiment toute ma vie." "Quatre ans de travail pour ça", conclut Cathy Fleury, écoeurée.
De notre envoyé spécial à Rio, Laurent Vergne
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