On attendait de la revoir en compétition internationale depuis le 12 janvier. Ce jour-là, lors du Masters de Doha, qui réunissait les meilleurs de chaque catégorie, Clarisse Agbegnenou s’était hissée - comme très souvent - sur la plus haute marche du podium. Près de cinq mois plus tard, la leader des -63kg s’apprête à remettre son titre mondial en jeu. Ce mercredi, elle foulera à nouveau les tatamis. À Budapest, dans une László Papp Sportaréna qu’elle ne connaît que trop bien.
À vrai dire, il n’est pas rare que les judokas se retrouvent dans la capitale hongroise. Marius Vizer, l’emblématique président de la Fédération internationale de judo (FIJ), y possède son bureau permanent. Le siège de l’instance, jusque-là officiellement localisé à Lausanne, vient d’ailleurs d’être déplacé sur les rives du Danube, comme cela a été annoncé jeudi dernier. En plus de son habituel Grand Prix, devenu un Grand Slam en 2020, et des Mondiaux prévus en ce mois de juin, Budapest a accueilli les championnats d’Europe en 2013 et du monde en 2017. Deux rendez-vous primordiaux dans la carrière d’Agbegnenou.
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2013 : le premier titre d’une longue série

26 avril 2013. La combattante du JCE Argenteuil n’a que 20 ans, mais elle commence sa journée de compétition avec de hautes et légitimes ambitions. La pépite de la délégation française reste sur une victoire au Grand Slam de Paris, quelques semaines plus tôt. Nombre de ses adversaires redoutent son explosivité et ses attaques très tranchantes. Encore faut-il confirmer en grand championnat. Et c’est ce qu’elle fait.

Clarisse Agbegnenou (France) / Championnats d'Europe de Budapest 2013

Crédit: Getty Images

Au terme d’une journée parfaite, conclue par un ippon infligé après 40 secondes à la Russe Marta Labazina en finale, Agbegnenou se laisse submerger par l’émotion. Ses larmes de joie l’accompagnent ensuite sur le podium, au moment où retentit "La Marseillaise". Pour la première fois, la native de Rennes décroche une médaille d’or continentale. "Ou tu la suis, ou elle t’écrabouille, note alors Larbi Benboudaoud, son entraîneur référent (et actuel directeur de la haute performance). Elle a zéro doute et un gros capital confiance."

2017 : la bête noire enfin dominée

31 août 2017. Depuis son coup d’éclat budapestois, Clarisse Agbegnenou a remporté une autre médaille d’or européenne et, surtout, son premier titre mondial. C’était en 2014, année de rêve pour la "Tigresse", qui a ensuite continué à accumuler les breloques, mais plus aucune du plus précieux métal. Car un obstacle se dresse maintenant devant elle. Il s’agit de Tina Trstenjak.
Mondiaux de Kazan (2015), JO de Rio (2016), Grand Slam de Paris (2017) : à chaque fois, la Française et la Slovène croisent le fer en finale. À chaque fois, l’affrontement tourne à l’avantage de la seconde citée, qui sait comment résister aux offensives de sa rivale et fait preuve d’une efficacité létale dans le travail au sol. Si elle veut reprendre sa marche en avant, la vice-championne olympique n’a donc d’autre choix que de trouver la solution pour, enfin, battre cette bête noire (quatre revers d’affilée depuis 2015).

Clarisse Agbegnenou (France) face à Tina Trstenjak (Slovénie) / Championnats du monde de Budapest 2017

Crédit: Getty Images

Et c’est en Hongrie qu’elle y parvient. Au terme d’une finale accrochée, la Tricolore s’impose au jeu des pénalités. "Une fois, deux fois, quatre fois… Je n’en pouvais plus qu’elle me batte, ce n’était pas possible ! Quand même, je suis une guerrière, il fallait que je change la donne, avoue Agbegnenou à la presse après son combat victorieux. Là, je l’ai fait et je suis sur la lune !" En plus de lui offrir un deuxième sacre planétaire, ce succès est synonyme de déclic. Maintenant, c’est Trstenjak qui ne réussit plus à mater sa concurrente.

2021 : l’envol idéal vers Tokyo ?

9 juin 2021. "Gnougnou" a 28 ans, quatre médailles d’or mondiales et cinq européennes au compteur. Sa notoriété dépasse désormais allègrement les frontières du judo et sa présence dans la sélection des Bleus pour ces championnats du monde est une excellente nouvelle pour les organisateurs, privés de plusieurs têtes d’affiche en raison de la proximité calendaire avec les Jeux olympiques, prévus dans un mois et demi.
Comme ses coéquipières Marie-Eve Gahié (-70kg) et Madeleine Malonga (-78kg), Clarisse Agbegnenou a la ferme intention de conserver son dossard rouge, que portent tous les champions du monde en titre. L’enjeu majeur, cependant, est sans doute ailleurs. Cette escapade dans la "Perle du Danube" doit être une étape en forme de tremplin, une ultime sortie destinée à prendre des repères et à faire le plein de confiance avant le grand départ pour Tokyo. Là-bas, la sociétaire du RSC Champigny n’aura d’autre obsession que de s’adjuger l’or. Et ainsi enrichir encore davantage son incroyable palmarès.
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