Ce n'est pas donné à tout le monde de monter sur un podium olympique à 21 ans. C'est ce que Romane Dicko est parvenue à faire en se passant la médaille de bronze autour du cou au terme du tournoi de judo des +78 kg, vendredi au Nippon Budokan de Tokyo. Une récompense qu'elle a de suite savourée, autour de la nouvelle championne olympique, la Japonaise Akira Sone, la Cubaine Odalys Ortiz et l'Azerbaïdjanaise Iryna Kindzerka.
Valeur montante de la catégorie chez les Bleues, appelée à assumer la lourde responsabilité de succéder de sa compatriote Emilie Andéol, sacrée aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, la licenciée du PSG Judo a plus que su répondre aux attentes placées en elle, et justifier ses ambitions personnelles de grandeur.
Tokyo 2020
"On a de l'or à aller chercher à Paris" : Riner et Agbegnenou ont pris rendez-vous
02/08/2021 À 15:59
Au cours de cette journée, la double championne d'Europe (2018, 2020), jamais alignée en Championnats du monde, aura connu le baptême du feu et su surmonter le choc de sa défaite en demi-finale contre Odalys Ortiz, 31 ans, qui avait stoppé en demi-finale sa série de 29 combats sans défaite.

Un contre bien placé d'Ortiz a privé Dicko d'une finale olympique

Je suis très contente parce que je reviens de loin
Mais c'était sans doute le prix de la jeunesse à payer devant cette légende, championne olympique en 2012, médaillée d'argent à Rio en 2016 et de bronze à Pékin en 2008. Neutralisée à la garde, un axe de progrès identifié depuis un moment, la native de Clamart n'a jamais pu déclencher ses techniques.
Qu'importe, cette médaille la fait entrer du plain-pied dans le concert international et n'est qu'une promesse pour la suite.
"J'avais vraiment à coeur de ramener une médaille d'or olympique, je pense que j'en étais capable, a-t-elle assuré. Après, le judo ça va vite, il suffit d'une séquence où tu poses mal les mains et ça ne pardonne pas. Mais je suis très contente d'avoir réussi à me remobiliser parce que c'était très compliqué après la demi-finale, j'ai beaucoup pleuré. J'ai pensé à mes proches qui ne sont pas là, à mes coéquipiers, et je me suis dit que je ne pouvais pas repartir d'ici sans médaille, j'ai trop souffert, j'ai trop donné. On vient ici pour le titre, mais on ne peut pas cracher sur une médaille de bronze olympique. Même si ce n'était pas celle pour laquelle j'étais venue, je suis très contente parce que je reviens de loin."
Les difficultés dont elle parle, ce dont des blessures à une épaule et un genou qui l'ont stoppé net après sa premier titre européen, et compromis sa saison 2019. Repartir de plus belle en 2020 n'avait rien d'évident, elle l'a pourtant fait en reprenant son titre continental.

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On ne peut pas cracher sur une médaille olympique
Cette force de caractère l'a sûrement aidé à reprendre le dessus après sa demi-finale. Pour mieux l'encaisser, il fallait en comprendre les raisons techniques pour chasser les doutes et relancer la machine. "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je l'attendais sur ça en plus, je savais qu'il fallait que je reste accrochée, a-t-elle expliquée. Je ne l'ai pas vu venir et après elle a remis les vérins, c'est comme ça, elle a bien joué son jeu. C'est le judo, ça peut aller très, très vite."
Et puis, non loin d'elle, il y avait Teddy Riner, qui venait de subir le même coup de semonce, en quart de finale. Pour être passé par là, le double champion olympique a su trouver les mots simples, justes. "On se suivait, a-t-elle raconté. Il a perdu son quart, j'étais là, j'ai perdu ma demi, il était là. Il est venu me dire que bien sûr, on ne peut pas cracher sur une médaille olympique, qu'il a commencé lui aussi avec une médaille de bronze, qu'il faut se remobiliser, que c'est le plus important et le plus difficile aussi."
Mais l'essentiel est là, même si elle parle de ce résultat comme une "demi-satisfaction". "J'ai ma médaille, c'est fait, et rendez-vous dans trois ans pour la médaille d'or", a-t-elle conclu. A Paris, pour les Jeux de 2024, donc. D'ici là, l'objectif de lui donner un vécu important au plus haut niveau. Avec trois Championnats du monde, y compris en année olympique désormais, elle devrait combattre à domicile avec une expérience forcément déterminante. Notamment face aux Japonaises. En 81 combats sur la scène internationale, elle n'a jamais croisé le fer avec elles.

Romane Dicko, médaillée de bronze en +78 kg lors des JO de Tokyo

Crédit: Getty Images

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