Les enjeux plus politiques que sportifs de l'UFC organisé à la Maison Blanche, en plein début de la Coupe du monde

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L'UFC aime faire les choses en grand. Dans la nuit de dimanche à lundi, l'organisation numéro 1 de MMA tiendra une soirée de combats inédite sur la pelouse de la Maison Blanche à Washington. L'évènement tombe pile au début de la Coupe du monde en Amérique. Mais il ne souffrira pas de la concurrence, car ici, il s'agit autant, voire plus, de politique et d'arrangements entre amis que de sport.

On voit le président américain Donald Trump aux côtés du président-directeur général de l'UFC, Dana White, lors de l'événement UFC 327 qui s'est déroulé au Kaseya Center le 11 avril 2026 à Miami, en Floride.

Crédit: Getty Images

En Amérique du Nord, on a évidemment la tête à la Coupe du monde. Pour la première fois depuis 1994, la plus grande fête du ballon rond revient aux États-Unis, en plus du Canada et du Mexique. Pour le président américain Donald Trump, adepte de l’utilisation de la FIFA comme marchepied politique, la séquence sera évidemment idéale pour se montrer et flatter un ego surdimensionné. Mais pas certain que les matches des Etats-Unis soient l’évènement sportif dont il a le plus hâte. Le milliardaire a d'ailleurs zappé le premier rendez-vous de Team USA à Los Angeles face au Paraguay (4-1).
Dimanche, Donald Trump fêtera son 80e anniversaire. Et pour l’occasion, l’UFC va tenir un évènement sur la pelouse sud de la Maison Blanche (oui oui). Les préparatifs ont déjà commencé. Une grande structure surnommée The claw (La griffe en bon français) a été posée devant le bâtiment et les derniers réglages sont en cours. 
Car il n’est pas aisé de faire tenir une cage de MMA parfaitement à plat sur une pelouse en pente, ni d’accueillir dans un des lieux les plus sécurisés au monde les quelques milliers d’invités triés sur le volet par Trump lui-même et quelques autres privilégiés, en plus des milliers de militaires invités gratuitement à l’évènement et choisis… sur un critère de ratio poids/taille. Il ne faudrait pas faire tache à l’écran, vous comprenez.
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"The Claw", l'immense structure destinée à accueillir l'UFC à la Maison Blanche.

Crédit: Getty Images

Une tournée médiatique inédite

Les six combats prévus - parmi lesquels l’affrontement entre le Français Ciryl Gane et le Brésilien Alex Pereira - se téléscoperont donc avec les débuts de la grande messe mondiale du football. Dana White, le patron de l’UFC, et Donald Trump, vendent une soirée grandiose. Le premier se retrouve d’ailleurs un peu partout dans les grands médias nationaux pour vendre l’évènement. On retrouve White en couverture du Time, en interview dans les pages de Rolling Stone, dans les colonnes du New Yorker…
Il est rare que les médias généralistes et mainstream s’intéressent autant au MMA. Le patron de l’UFC est plutôt habitué aux passages dans des podcasts populaires et plus ou moins acquis à sa cause. "La couverture médiatique du président et de l'actualité de la Maison Blanche alimentent toujours le débat national aux États-Unis, explique Josh Gross, un vieux briscard du journalisme MMA aux États-Unis, qui a travaillé entre autres pour le Guardian et The Athletic. En tirant parti de cette dynamique, l'UFC et Dana White bénéficient d'une couverture médiatique sans précédent dans les grands médias nationaux." 
Mais dans ses interviews, White ne mentionne jamais, ou presque, les combattants, malgré la présence sur la carte des combats d’Ilia Topuria, l’Espagnol considéré comme le meilleur combattant au monde actuellement, toutes catégories de poids confondues. En fait, White parle très peu de sport. Il parle beaucoup de lui : il a emmené Time faire un tour de son bureau, où il s’est montré très fier d’exposer une kalachnikov recouverte de dollars américains. Ou encore de l’UFC et du sauvetage de l’entreprise par Donald Trump qui a accueilli des évènements dans un de ses casinos à l’époque où le MMA était encore un sport honni - un narratif démonté de toutes pièces par plusieurs médias. Enfin bref, pas vraiment de sports de combat. 

Une question de politique plus que de sport ?

Parce que sportivement parlant, face à la Coupe du monde ou d’autres grands évènements américains, l’UFC à la Maison Blanche ne pèse pas bien lourd. L’UFC parvient plutôt à captiver les foules sur la longueur, avec des combats presque tous les week-ends et de très grandes salles remplies à travers le monde, comme à l’Accor Arena de Paris qui sera encore à guichets fermés en septembre prochain. ”Aux Etats-Unis, l'année dernière, 127 millions de personnes ont regardé le Super Bowl, rappelle Josh Gross. Si l'UFC attire 12,7 millions de téléspectateurs dans le pays, je pense que les responsables s'en réjouiront.”
L’intérêt se trouve-t-il ailleurs ? Pour Luke Thomas, un autre journaliste américain spécialisé dans le MMA et qui trempe aussi depuis quelques années dans la politique, il s’agit simplement d’”une récompense politique pour les efforts déployés par l'UFC afin de redorer l'image de Trump après le 6 janvier (l’assaut du Capitole par des partisans de Trump en 2020, NDLR) et de l'aider à revenir au pouvoir.” 
Luke Thomas n’est pas le seul à proposer cette grille de lecture. De nombreux analystes ont observé Trump profiter de l’image de Dana White et de l’UFC auprès des jeunes hommes américains et de l’électorat conservateur. Pendant la campagne qui l’a porté au pouvoir une deuxième fois et même après. Le 16 novembre 2024, Donald Trump, tout juste réélu, fait son entrée au Madison Square Garden sous les applaudissements nourris d’un public acquis à sa cause, accompagné d’enceintes crachant "American Bad Ass" de Kid Rock, lors de  l’UFC 309. Dans la salle se trouvent aussi Elon Musk, donateur et acteur majeur de la campagne, et des futurs secrétaires d'État de l’administration Trump. Ce soir-là, ce dernier, dans l’euphorie générale, suggère à White de monter un évènement à la Maison Blanche.
Une belle façon de remercier White de ses bons et loyaux services, lui qui a permis à Trump d’apparaître en bord de cage auprès de combattants ultrapopulaires et encore transpirants de leur victoire, ou qui n’a pas hésité à monter sur des estrades de quelques meetings pour tresser les louanges du milliardaire en pleine campagne. Faire croire que l’évènement s’insère dans les grandes célébrations des 250 ans des Etats-Unis - la date officielle tombe le 4 juillet - ne dupe pas grand monde. D’ailleurs, l’UFC organise habituellement ses combats le samedi soir. Cette fois, ce sera un dimanche, pour coïncider pile-poil avec l’anniversaire de Trump. S’il fallait encore une preuve que ce joyeux bazar est personnel.

Une affaire où tout le monde s'y retrouve

Tout le monde devrait ressortir gagnant de cette affaire. À commencer par Trump, dont la popularité est au plus bas même au sein de son électorat, à quelques mois des élections de mi-mandat. Et surtout pour l’UFC. Alors oui, l’organisation va dépenser 60 millions de dollars en logistique pour rendre l’évènement réalisable et devrait accuser 30 millions de pertes sèches selon ses propres calculs. 
”Il s'agit ici de donner un avant-goût, d'attirer de nouveaux fans et des téléspectateurs occasionnels, d'offrir un spectacle sur scène qui, à terme, élargira notre public, notre audience et notre succès sur Paramount+”, glissait Mark Shapiro, le patron de TKO, la maison mère de l’UFC, en février dernier. Un investissement plutôt qu’un don désintéressé pour célébrer la grandeur de l’Amérique, donc. 
Par ailleurs, le diffuseur de l’évènement, Paramount, qui a racheté les droits de diffusion de l’UFC aux États-Unis sur 7 ans pour plus de 7 milliards de dollars, appartient à la société Skydance de David Ellison, un fieffé trumpiste. Et le Washington Post a révélé un investissement de Trump entre 15 000 et 50 000 dollars d’actions chez TKO en mars dernier. Cet UFC White House devient décidément une affaire qui roule pour pas mal de monde. 
On n’a peut-être pas fini d’entendre parler de cet "UFC Freedom 250". D’abord parce qu’un évènement de MMA en extérieur, c’est risqué, les météorologues n’excluent pas un gros orage à Washington dimanche. De quoi transformer la soirée en gros flop. Ou alors parce que Trump a posté une vidéo sur ses réseaux sociaux en comparant ”The Claw” à la Tour Eiffel : pensée comme éphémère mais ”quand je la regarde, je me dis qu’on ne la démontera peut-être jamais”. Difficile de savoir quand le bonhomme est vraiment sérieux. En tout cas, 12 hommes vont croiser le fer dimanche au nom de Trump plutôt que de celui des États-Unis, et bien plus qu’au nom du sport. Et ça, c’est très sérieux.

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