UFC 310 | Las Vegas | Mais comment Ciryl Gane a-t-il pu gagner son combat contre Alexander Volkov ?

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Ciryl Gane s'est imposé contre Alexander Volkov au terme de trois rounds serrés samedi, mais dont le contenu semblait pencher en la faveur du second. Pourtant, deux juges sur trois ont décidé d'attribuer la victoire au Français. Compréhension du scoring en MMA, présence d'une juge controversée, analyse technique… tentative d’explication d'une victoire au goût de défaite pour le "Bon Gamin".

Ciryl Gane contre Alexander Volkov lors de l'UFC 310, le 7 décembre 2024 à Las Vegas

Crédit: Getty Images

Une image vaut 1000 mots. Celle du visage d’Alexander Volkov, au moment de l'annonce de la victoire par décision partagée de Ciryl Gane lors de l'UFC 310 de ce dimanche, en dit beaucoup. Et s’il en fallait encore, les mots de Dana White, le patron de l’organisation de MMA, convaincu que le Russe l'avait emporté dans la cage de la T-Mobile Arena de Paradise, dans le Nevada, sont venus appuyer le tableau.
Si le premier round était très serré, le deuxième semblait pencher largement en la faveur de Volkov, qui avait touché le Français de manière spectaculaire sur un coup de poing retourné. Quant aux ultimes cinq minutes, le "Bon Gamin" les a presque toutes passées à tenter une soumission qui paraissait vouée à l'échec, tout en encaissant des frappes adverses au sol.
La faute peut-être à un manque de mobilité debout, le natif de La Roche-sur-Yon s'étant plaint après les débats d'un doigt de pied cassé dans le premier round. On l’a d'ailleurs aperçu le pied dans une botte et soutenu par des béquilles pour quitter la salle.

Une juge en question et des rounds plus serrés qu’il n'y paraît

Le perdant du soir, lui, s'est risqué à une pique malvenue et aux relents sexistes pour expliquer sa défaite : "Peut-être que la juge préférait le corps de Ciryl Gane", a-t-il pesté en conférence de presse, s'attaquant ainsi à elle seule alors qu'un deuxième officiel, un homme cette fois, a aussi donné la victoire au Tricolore.
Il reste vrai cependant qu'Adelaide Byrd a laissé un souvenir amer aux fans de boxe anglaise après avoir étrangement jugé le premier combat de la trilogie légendaire entre Gennady Golovkin et Canelo Alvarez en 2017, qui s’était terminé sur un match nul. La juge avait donné quatre rounds en faveur du Mexicain (118-110), quand les deux autres en avaient donné un à Golovkin (115-113) et un match nul (114-114).
"Le nom d’Adelaide Byrd va beaucoup ressortir, glisse Jean-Charles Barès, consultant Sports de combat pour Eurosport qui a commenté le combat Gane-Volkov dans la nuit pour Canal+ Afrique. L'erreur est humaine, mais elle porte dans son histoire une faute professionnelle. Ce qui lui fait perdre toute crédibilité". Reste qu’elle n'était pas la seule du trio arbitral à voir le "Bon Gamin" l'emporter, le résultat mérite donc que l'on se penche sur le contenu du combat.
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Ciryl Gane contre Alexander Volkov lors de l'UFC 310, le 7 décembre 2024 à Las Vegas

Crédit: Getty Images

Jean-Charles Barès, qui lui aussi aurait fait pencher la balance en faveur du perdant, même après revisionnage, nuance son analyse : "En regardant les réactions des gens sur les réseaux sociaux, si tu n'as pas vu le combat, tu peux avoir le sentiment que c’est le vol du siècle. Ce n'est pas le cas, tranche-t-il. Sur les trois rounds, le plus lisible est le troisième qui va pour Volkov, et comme on termine là-dessus, ça accentue la surprise. Sur les rounds 1 et 2, quand tu les re-regardes dans le détail, il n'y a pas énormément d'action, ce n'est pas un combat très clair dans l'ensemble".

Comprendre comment se juge un combat de MMA

En observant de plus près les cartes des scores livrées par les juges, on voit que les trois donnent le premier round au Français et sont également d’accord pour accorder la troisième reprise au Russe. C’est donc mathématiquement sur le deuxième round que tout se joue, celui sur lequel les officiels ne sont pas tous tombés d’accord : deux le donnent à Gane, un l'estime en faveur de Volkov. C’est précisément le round où le Russe a infligé un coup de poing retourné assez impressionnant au Français. 
Reste qu'il "faut inviter les gens à se renseigner sur les critères de jugement. Un combat se score round par round, rappelle Jean-Charles Barès. Le critère numéro 1, c'est l'efficacité, donc l'impact que le combattant va avoir sur son adversaire. C'est là-dessus que se décide l'immense majorité des rounds. (...) Le round 2 est impressionnant pour Volkov mais pas efficace. Le backfist (coup de poing retourné, NDLR) est impressionnant, mais Ciryl essaye de réagir et il est lucide, pas visiblement touché. C'est un coup qui sort de nulle part, qui marque, mais il n'a pas eu beaucoup d’impact".
Un coup après lequel Gane rebondit bien, avec un bon crochet scoré à 2'44 de la fin de la reprise et un superbe enchaînement de coups à 1'20, suivi de 30 secondes de contrôle au sol. Moins impressionnant, mais potentiellement plus marquant au vu des critères d'appréciation pour un individu qui juge depuis le bord de la cage et pas derrière un téléviseur avec des ralentis.
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Ciryl Gane contre Alexander Volkov lors de l'UFC 310, le 7 décembre 2024 à Las Vegas

Crédit: Getty Images

Mais alors comment mieux se mettre dans la peau des juges, forcés par leur rôle à juger le combat froidement et à la lumière des critères de notation, plus que du sentiment général qui se dégage d'un combat ? "Il faut regarder ce combat plusieurs fois pour bien comprendre", lâche Julien Cazier, le head coach de la Gracie Barra, académie réputée de jiu jitsu brésilien, également entraîneur de MMA. Ce dernier assure qu'"à chaud, je donne les trois rounds à Volkov. Pour moi, c'était une catastrophe".
Mais après deux replays digérés dans la matinée, exercice obligatoire en tant qu'intervenant dans différents podcasts MMA, il revient sur son avis : "Le round 1, Volkov a le contrôle du centre de la cage, mais il y a plus de dégâts côté Gane, ça se voit au niveau statistique et il finit le round sur une tentative de guillotine (une technique de soumission par étranglement, NDLR)". 
Quant au round 2, celui de la discorde, Julien Cazier souligne que "côté statistiques, il n'y a pas beaucoup plus de dégâts chez Ciryl qu'en face avec 27 frappes significatives contre 25, donc pas assez pour faire pencher le jugement. Par contre, Ciryl finit le round en contrôle au sol."
De quoi donner du grain à moudre aux juges, en tout cas assez pour deux d'entre eux. Mais le coach reste dubitatif : "Sur ses phases de contrôle au sol, Cyril ne créé aucun dégât. Tu ne peux pas dire que tu juges le round 1 sur qui fait le plus de dégâts et le 2 sur qui a le plus de contrôle, c'est pour ça qu'on est surpris, ce n'est pas très cohérent. En termes de jugement, c'est à interroger."

Un problème d’arbitrage plus vaste que Gane / Volkov à l’UFC ?

Si Dana White a donné à Volkov son soutien, lui partageant son sentiment que ce dernier avait gagné le combat, cela ne vaut pas vraiment valeur de preuve. L'UFC est parfois le théâtre de décisions assez peu lisibles et quand celles-ci ne dérangent pas le saint patron outre-mesure, celui-ci ne se fait pas entendre. S'ils sont souvent le propre des sports à jugement, d'autres résultats bien plus scandaleux que celui de ce dimanche ont vu le jour à l’UFC. Salvatore d’Amato par exemple, pour ne citer que lui, est un juge qui compte à son actif quelques estimations absolument lunaires et qui fait régulièrement parler de lui pour ses scorings délirants. Il est souvent pointé du doigt par les fans comme un véritable problème pour le score.
Et si pour Jean-Charles Barès, "ce Gane-Volkov restera une décision controversée", il faut rappeler qu'il y a tout de même "beaucoup de décisions qui sont difficilement justifiables et un problème de compétence, de qualité du jugement. Des décisions incompréhensibles à l’UFC, il y en a quelques-unes, et cette année plus que d'autres selon moi."
Finalement, "Bon Gamin" a gagné mais sort-il vraiment gagnant ? Rien n’est moins sûr pour lui, qui avait besoin d'une belle victoire pour redorer une image légèrement écornée en France et se donner de l'allant pour viser une nouvelle chance pour la ceinture. Dans le MMA, pour décrocher un combat, il est beaucoup question de quelle histoire vous avez à proposer. Si les spécialistes sont plus nuancés, celle du Français risque d'être le conte de celui qui n’aurait pas dû gagner son dernier combat aux yeux du grand public.
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Quand Gane s'imagine face à Riner en MMA : "S'il me fait un ippon et qu'il atterrit sur mes côtes…"

Video credit: Eurosport


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