UFC Paris - Imavov, Saint-Denis, Gomis... Comment Nicolas Ott a séduit le MMA français
Mis à jour 05/09/2025 à 16:17 GMT+2
Nassourdine Imavov, Benoît Saint-Denis et William Gomis, voilà trois combattants français auxquels les amateurs de MMA commencent à être accoutumés. Tous les trois ont pris un virage dans leur carrière ces dernières années en quittant leurs structures et en choisissant Nicolas Ott comme head coach. Quelles sont les méthodes du nouvel entraîneur à la mode du MMA tricolore ?
Nassourdine Imavov (au centre), accompagné de son coach Nicolas Ott (à droite) et de son équipe en février 2025.
Crédit: Getty Images
Dans bien des sports, des figures de grands entraîneurs, qui obtiennent d’immenses résultats partout où ils posent leur valise, émergent. Des personnes comme Pep Guardiola avec le football, Bill Belichick du côté du football américain ou encore Butch Harmon avec le golf, chacun apporte des méthodes de travail innovantes et marque de son empreinte tous les grands champions passés sous leurs ordres, en termes de performance ou de style. Nicolas Ott est doucement en train de se tailler ce genre de réputation, à l’échelle de l’Europe, dans le MMA.
Lors de l’UFC Paris samedi soir à Bercy, celui-ci aura… trois athlètes à coacher dans la même soirée. Dont deux composeront le combat principal et le combat co-principal, en les personnes de Nassourdine Imavov et Benoît Saint-Denis. William Gomis, lui, figurera sur la carte préliminaire. Durant l’année passée, d’autres gros noms du MMA français ont décidé de l’engager en tant qu'head coach : Baki, les frères Younousov… tous pour des raisons très différentes. Mais le résultat est là, les voilà tous sous la même bannière.
Pendant le combat, il se transforme en véritable stratège
La meilleure publicité pour le nouveau coach à la mode a sûrement été ses passages télévisés à l’UFC. On l’a vu capable de passer des consignes extrêmement claires et pertinentes entre les rounds durant la petite minute de repos, au point de renverser des situations mal embarquées. Nassourdine Imavov, par exemple, avait clairement perdu son premier round contre Brendan Allen lors de l’édition 2024 de l’UFC Paris, avant de rouler sur son adversaire dans les deux reprises suivantes pour l’emporter. Contre Israël Adesanya, son principal fait d’armes, Imavov avait souffert pendant le premier round avant d’infliger un K-O terrible au Nigérian dans le deuxième.
Une méthode qui peut surprendre dans un sport où les discours entre les rounds ressemblent parfois à un brouhaha motivationnel dans la veine no pain no gain. "La façon qu'il a de faire récapituler ses athlètes pour être sûr qu'il est clair dans ses consignes, de leur remémorer ce qu'ils ont déjà fait pour leur faire comprendre où ils doivent aller, la minute de pause est super bien exploitée", s’émerveille Julien Cazier, lui-même coach et interviewer au service de plusieurs organisations de combat ainsi que sur sa chaîne YouTube.
C’est probablement cette qualité qui a poussé Benoît Saint-Denis à faire confiance à Nicolas Ott pour diriger sa stratégie en combat, suite au fiasco du dernier UFC Paris. Après un premier round catastrophique, duquel "BSD" est sorti tuméfié, ses coachs lui avaient globalement ordonné de se réveiller, avant qu’il ne soit arrêté par le médecin, car trop abîmé par les coups.
Un suivi individuel pour chacun de ses meilleurs combattants
Pour autant, Benoît Saint-Denis et Nassourdine Imavov ne bénéficient pas tout à fait des mêmes entraînements. Ils partagent une base de travail, avec une utilisation massive de datas - encore rare dans un sport encore jeune -, une étude approfondie de la stratégie en combat et des méthodes à la salle basées sur de la mise en situation plus que de la répétition technique, héritées d’un apprentissage du coaching aux Etats-Unis.
Pour le reste, tout le monde bénéficie d’un suivi très individualisé. "Je fais des entraînements plus centrés sur moi, nous confie Nassourdine Imavov. Sur un camp d’entraînement, il me ramène des sparring partners qui ressemblent à mes adversaires. Ils sont deux, trois et c'est vraiment très centré sur moi." Pour préparer le combat face à Israël Adesanya, Nicolas Ott était allé dénicher un boxeur pied / poing réunionnais, Hassan Hamilcaro, d’une taille similaire à celle du Nigérian et capable de répliquer son style très aérien si particulier. Le genre de détails qui change complètement une préparation.
Son approche, sa façon de réfléchir, son intelligence, ça m'avait beaucoup marqué
Pas vraiment dogmatique, Nicolas Ott permet aussi à chacun de s’organiser comme il le souhaite pour performer au maximum, selon leurs ressentis et leurs obligations du quotidien. Benoît Saint-Denis, par exemple, jongle entre une vie à Paris pour s’entraîner avec Nicolas Ott et à Bayonne où il habite avec sa famille. Le tout en ayant conservé un lien avec Christophe Savoca, son coach de jiujitsu brésilien, et Maxime François, son coach de lutte, qui a depuis intégré l’"écosystème Ott" et s’occupe aussi d’autres athlètes.
Et l’humain dans tout ça ? Il se trouve que Nicolas Ott connaissait déjà un peu tout le monde dans le microcosme qu’est le MMA français. Diplômé en tant que préparateur physique et nutritionniste, ce dernier avait déjà pas mal fréquenté les tatamis franciliens, où il avait croisé une grande partie de ceux qu’il entraîne aujourd’hui. "Il m'avait accompagné à l'UFC au premier combat, glisse Imavov. Et son approche, sa façon de réfléchir, son intelligence, ça m'avait beaucoup marqué. Et l'humain aussi qu'il est, c'est une très bonne personne." Cette confiance qu’Ott gagne rapidement auprès que ses athlètes, il la doit aussi à son passif de combattant.
Un véritable lien avec les athlètes... qui peut devenir un piège à Paris
"Il les comprend dans leur quotidien, résume Julien Cazier. Il n'y a rien de mieux pour gérer une armée que quand le général combat lui-même." Surtout, le coach est resté en forme. A 39 ans, le bonhomme, qui a arrêté sa carrière en 2017, a gardé de beaux restes. On l’a déjà vu plusieurs fois servir de sparring partner à ses combattants. "Il est encore capable d’envoyer", sourit Julien Cazier.
De quoi tisser de véritables liens émotionnels avec les athlètes dirigés. Une force qui pourrait se révéler être une faiblesse lorsqu’il devra coacher plusieurs fois en une seule soirée de combats. Imaginez un de ses combattants lourdement touché par un K-O… l’entraîneur aura à peine le temps de se soucier de son protégé qu’il devra déjà se concentrer sur le prochain. Espérons pour lui, et pour les combattants français, qu’il n’aura pas à éprouver sa capacité à prendre une distance émotionnelle avec les évènements.
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