Ciryl Gane, avant son retour après plus d’un an, contre Volkov : "Ils n’étaient pas là quand je me levais à 6h du matin"

Ciryl Gane n’a plus combattu en MMA depuis l’UFC Paris de 2023. Une grosse année d’attente pour un retour contre Alexander Volkov dans la nuit du 7 au 8 décembre à Las Vegas. Quinze mois pendant lesquels l’homme, longtemps porte-drapeau du MMA français, s’est très peu montré. Dans un entretien à Eurosport, il explique cette discrétion par volonté, entre autres, de prendre soin de sa santé mentale.

Quand Gane s'imagine face à Riner en MMA : "S'il me fait un ippon et qu'il atterrit sur mes côtes…"

Video credit: Eurosport

Une question simple pour commencer cet entretien : ça fait plus d’un an qu’on ne vous a pas vu dans une cage, ça vous manque ?
Ciryl Gane : (Il sourit) Ouais ! Ce sont des grosses sensations, ça me manque. Forcément, j’ai hâte d’y retourner, la plus grosse motivation que j’ai aujourd’hui c’est ce manque de compétition. À l’heure actuelle, j’ai faim. 
Ça fait longtemps que vous n’avez pas combattu, est-ce que vous avez l’impression d’avoir eu le temps de progresser sur certains aspects de votre MMA ? 
C.G : C’est une année où, au final, on pensait combattre beaucoup plus tôt. Si tout s’était goupillé comme on le voulait, on pensait à mars à peu près, même février. De mars ça a été repoussé à avril sur la carte de l’UFC 300, au final, on n’a pas été sur la carte. Et derrière, on n’a pas été disponibles pendant deux mois.
On se dit, bon, on va continuer à s'entraîner pour septembre malheureusement ça ne se fait pas. On vise Abu Dhabi où il y a une grosse carte, le combat saute encore… mais il y a des sensations que j’ai eues le temps d’aller chercher pendant cette période. Retrouver le plaisir du grappling, de la sauvagerie du combat au sol.
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Ciryl Gane, premier échec cuisant face à Jon Jones, le 5 mars 2023

Crédit: Getty Images

Comment avez-vous retrouvé ça ? 
C.G : En tournant avec les gars, en prenant le temps, en étant moins focus sur un adversaire, en sachant qu’on avait le temps de travailler plein de choses… Souvent dans ma carrière, je ne sais pas si c’est comme ça pour les autres, j’ai pu progresser souvent avec des déclics. Il y a des leviers pour avoir des déclics et des fois, tu ne comprends pas et il y a des déclics. Tu as des nouveaux skills, tu prends plaisir et tu fonces. 
Vous avez développé beaucoup de projets en dehors du sport pendant cette année et demie, y compris le cinéma…
C.G : C’est une des raisons pour lesquelles on pensait vraiment avoir un combat avant cet été. Parce qu’on savait qu’on aurait ce projet de film pendant deux mois (pour le tournage du film Netfix Knock-Out). On pensait vraiment que l’UFC allait réussir à nous trouver un combat avant ça, malheureusement on ne fait pas ce qu’on veut et ils n’ont pas réussi. Le seul moment où ils ont réussi à trouver une fenêtre c’était contre Tom Aspinall au mois de juillet…
À cette époque, Aspinall s’était plaint que vous refusiez le combat.
C.G : Je le voulais ce combat-là, depuis longtemps ! Après l’UFC Paris en septembre 2023, on a dit à l'UFC qu'à partir de décembre on était là. Ça a été repoussé à janvier, février, mars… on a même repoussé le film de deux mois et ça, ça coûte énormément d’argent. On y croyait fort, ça ne s’est pas fait, on était déçus mais ce n’est pas grave. On s’est dit "on se reconcentre".
Certaines voix se sont élevées à ce moment-là pour critiquer ces choix, pointant du doigt le fait que vous vous éparpillez.
C.G : Je me suis bien entraîné quand même. Je me levais à 6h pour faire ma préparation physique, le taxi venait me chercher à 7h30 et le soir, quand je ne finissais pas trop tard, vers 19h je me mangeais un sparring ou des séances avec Fernand Lopez (son coach, NDLR). Mais ce n’est pas grave, les gens réfléchissent comme ils ont envie de réfléchir. Ils n’ont pas tous les éléments, je ne peux pas leur en vouloir, ils n’étaient pas là quand je me levais à 6h du matin et que j’allais pousser de la fonte.
Et vous, vous n’avez jamais eu l’impression de vous éparpiller ?
C.G : Jamais ! On n’a vraiment jamais lâché. Derrière le tournage, on enchaînait sur septembre où on visait un combat (pour être présent à l’UFC Paris, NDLR), donc on était à fond dans la prépa. Et j'ai déjà fait un an sans combattre. A l’époque, ce n’était pas visible parce que je n’avais pas de lumière sur moi, mais j’ai déjà été sans combat de décembre à décembre, c’était entre Tanner Boser et Junior dos Santos (décembre 2019-décembre 2020). Mais comme je n’étais pas sous le feu des projecteurs, les gens ne remarquaient pas. La vérité c’est qu’un an sans combattre, il y a beaucoup de combattants qui le font.
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Ciryl Gane

Crédit: Getty Images

Votre parole a été beaucoup plus rare dans les médias en France cette dernière année, c’était un choix ?
C.G : C’était un choix des équipes, une stratégie si on peut appeler ça comme ça. Il y a aussi la santé mentale, il faut se soucier de l’athlète, on ne se soucie pas assez de l’athlète. On se soucie de sa trajectoire, de ses victoires, de ses défaites, on s’en fout de ce qu’il ressent.
Et la vérité, quand je voyais les retournements de veste… Tu as beau faire tant d’années sans défaite et que demain tu fais une défaite… tu te rends compte que tout ce qui faisait que j’étais un peu un OVNI avant, le fait que j’étais décontracté, que je souriais, que j’étais différent des autres, c’était d’abord la raison pour laquelle j’étais si rapidement à haut niveau avec aussi peu d’expérience, et dès que j’ai perdu, ça a été la cause. Donc tu ne comprends pas trop… au final tu te dis qu’ils font ce qu’ils ont envie de faire, je le laisse parler. 
Cette absence, c’était une façon de se protéger finalement ? 
C.G : Pas forcément pour me protéger… Indirectement oui ça me protège ! Mais c’était un souhait, une motivation. Je n’étais pas motivé à faire des interviews. Je n’étais juste plus motivé. Je n’en voyais pas le bénéfice. Je me disais ‘à chaque fois qu’on parle de moi en ce moment, les gens sont extrêmement négatifs’. 
Et vous ne vouliez pas alimenter ça ?
C.G : C’est ça ! À chaque sortie, tu leur donnes à manger. Ça va être utilisé dans l’élan de ton dernier combat. C’est une dinguerie (rires), tu as beau avoir des mois qui passent, faire des trucs, tout… c’est comme ça. Pourtant, mon dernier combat c’était une victoire écrasante contre un mec qui était sur quatre victoires (Sergei Spivac lors de l’UFC Paris 2023) et mes défaites contre Francis Ngannou et Jon Jones, ce n’était pas n’importe qui. Quelle est la plus-value d’aller montrer ma tête, tout le monde sait qui est Ciryl Gane. Je vais attendre mon combat, me concentrer, m’entraîner dur, espérer la victoire et puis, là, ce sera de la bonne publicité.
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Ciryl Gane

Crédit: Getty Images

Pour parler de ce combat justement, c’est contre Alexander Volkov, que vous avez déjà affronté en juin 2021 pour une victoire à la décision, quel souvenir gardez-vous de lui ?
C.G : Un bon souvenir, parce que c’est un adversaire dangereux, et il le prouve encore. Il est sur un gros run, il a battu des mecs qu’on mettait sur un piédestal il y a encore peu de temps, comme Serguei Pavlovich, donc c’est un mec solide. A l’époque c’était une super expérience de battre Volkov, une belle mission accomplie. Je me souviens, on rentrait dans le bus après la soirée, j’étais encore en short de combat, on rentrait à l’hôtel, j’étais vraiment content. J’ai regardé Lopez, je lui ai dit ‘mission accomplie’ quoi. On l’a fait.
A cette époque-là, quand vous l’affrontez, il représente un test pour vous, on ne sait pas encore jusqu’où vous pouviez aller en termes d’adversité. Aujourd’hui, vous avez un statut différent, vous vous considérez comme favori ? 
C.G : Franchement, moi, les trucs de favoris… dans le top 5 de la catégorie, je ne sais pas si ça vaut grand chose. Oui, j’ai un palmarès meilleur que le sien et j’ai gagné la première rencontre qu’on a eu. Mais quand je rentre dans la cage, je me dis que c’est du 50/50. Après, j’ai toujours été très confiant en mes compétences, peu importe l’adversaire. Même si j’ai pu avoir des défaites, c’était toujours des combats où j’étais confiant et sûr que j’avais des chances de gagner. Si je fais le taff, j’ai les capacités de gagner. 
Quand ce combat contre Volkov est signé, est-ce qu’il n’y a pas l’impression de faire quelques pas en arrière dans votre carrière en affrontant à nouveau quelqu’un qui a été une étape de votre carrière ?
C.G Il n’y a pas vraiment de bonne ou mauvaise réponse. Je pense que quand tu es dans le top 3 pendant des années, si tu ne montes pas tu es obligé de regarder une marche derrière toi. C’est la logique des choses, je n’ai pas l’impression de régresser. Même dans le top 10 des poids lourds à l’UFC, c’est du sérieux. Quand j’avais pris le numéro 6 avec Spivac… je ne sous-estime absolument pas ces adversaires-là. Demain tu me dis que je prends un 12e, là déjà tu sors du top 10… là tu dis oui bon d’accord, il y a un vrai écart. 
Et pour regarder devant, est-ce qu’il n’y a pas un regret de ne pas prendre Tom Aspinall, le champion intérimaire de la catégorie, qui est le combat que vous vouliez à la base et qui vous propulserait plus rapidement vers votre objectif d’être champion poids lourds ?
C.G : Déjà, je considère Tom Aspinall comme un champion, il a la ceinture intérimaire. Je ne fais pas beaucoup de différences entre lui et Jon Jones, ce sont tous les deux des champions. Surtout dans le contexte dans lequel on est, on ne sait pas trop ce que veut faire Jones, s’il veut partir à la retraite… la vérité c’est que ce n’est pas grave, c’est juste une étape en plus. Si tu regardes ça de manière positive, et moi je regarde les choses de cette manière-là, c’est une étape de reprise pour moi comme ça fait plus d’un an que je n’ai pas combattu.
Son attachée-presse, présente pendant une partie de l’interview, précise alors que l’UFC ne "souhaitait pas faire Gane-Aspinall tout de suite pour continuer à faire monter l’intérêt"
C.G : Et puis si tu fais combattre un mec qui n’a pas combattu depuis longtemps, direct pour la ceinture, les gens vont dire qu’il n’est pas légitime. Il y a beaucoup de choses comme ça que l’UFC calcule. Et je sais que l’UFC aimerait énormément que je gagne, et en plus avec la manière, pour dire : "Ciryl est plus fort que jamais, il revient fort, il faut qu’on fasse ce combat". C’est cette mentalité de construire des histoires qu’ils ont. 
J’imagine que vous avez regardé le dernier combat de Jones contre Miocic, qu’est-ce que vous en avez pensé ?  
Je n’ai pas regardé en direct, j’ai regardé une rediff et pas en entier (rires). Bah c’était du Jon Jones, le mec connaît la bagarre, il maîtrise. Il a une manière de faire, c’est indéniable, il connaît la bagarre, il est vraiment très, très fort. 
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Le coup de pied retourné de Jon Jones pour envoyer Stipe Miocic au sol lors de l'UFC 309, le 16 novembre 2024

Crédit: Getty Images

Et en cas de combat entre Jones et Aspinall, vous avez un prono ?
C.G : C’est dur de s’avancer. Il y en a un qui arrive avec la fougue  et énormément de bagage technique, qui aime bien démarrer très fort… en ce moment Jones aime bien démarrer très fort aussi… Mais si jamais les deux démarrent fort et qu’il n’y en a aucun qui arrive à terminer l’autre, ce sera à l’avantage d’Aspinall. Je vois bien un combat dans lequel Jones essaye de dominer l’autre, de casser le combat, et Aspinall avec une marche avant de fou comme il en a l’habitude. Ça reste difficile à dire, si Aspinall emmène Jones au sol, est-ce qu’il peut le soumettre ? Jon Jones prendre un K-O ? On n’a jamais vu encore. Il y a beaucoup d’inconnues. 
Même si vous, de votre côté, vous préféreriez voir Jones prendre Alex Pereira pour avoir le champ libre pour Aspinall j’imagine ?
C.G : (Dans un éclat de rire) Ouais, ça m’arrangerait !
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