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MMA, UFC 309 | Jean-Charles Skarbowsky : "Jon Jones a utilisé mes techniques"
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Publié 20/11/2024 à 00:27 GMT+1
La légende du muay-thaï Jean-Charles Skarbowsky a aidé le champion poids lourds de l'UFC Jon Jones à se préparer pour son dernier combat en date, sa victoire contre l'Américain Stipe Miocic lors de l'UFC 309 ce samedi soir. Il nous a accueilli dans sa salle du XVIIe arrondissement de Paris pour nous raconter ses entraînements à Albuquerque, et les "techniques" qu'il lui a apprises.
Jean-Charles Skarbowsky lors d'un combat de muay-thaï à Levallois en 2006
Crédit: Getty Images
Paradoxalement, Jean-Charles Skarbowsky est un homme aussi occupé que disponible. Il passe une grande partie de son temps dans ses deux salles de muay-thaï parisienne, où il donne des cours, fait l'accueil, organise la vie courante et répond aux mails et coups de téléphone du lundi au vendredi, de 11h à 21h30. Entre tout cela, il parle de "redescendre à Montpellier, pour voir [ses] gosses" et quand nous le contactons pour le rencontrer, il nous propose simplement de passer le lendemain, n'importe quand dans la journée. "Personne ne me dérange jamais", précise-t-il.
Dans sa salle rue de Lamarck, en plein XVIIe arrondissement, on le trouve en train de fumer devant son échoppe. "Comment savez-vous que j'ai entraîné Jon Jones ?" charrie-t-il dans un sourire. L'ancien numéro 1 du Rajadamnern, l'une des deux plus grandes salles de boxe de Thaïlande, a passé une bonne partie de son été, puis de son automne, avec le champion des poids lourds de l'UFC. Sa mission : le préparer à la défense de son titre face à une autre légende de son sport Stipe Miocic. Mission accomplie, puisque Jon Jones a accroché une 28e victoire à son bilan en professionnel. Et il parait même qu'il a utilisé quelques-uns des "trucs" que Jean-Charles Skarbowsky lui a appris.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer sur quoi vous avez entraîné Jon Jones pour son combat face à Miocic ?
Jean-Charles Skarbowsky : Je suis parti le voir chez lui, à Albuquerque. J'y suis allé deux fois. La première fois, deux semaines et demie et la deuxième fois, trois semaines et demie. Donc ça fait cinq, six semaines au total où je me suis occupé de lui. Il voulait rester avec moi trois mois et demi à la base. Je lui ai dit que ça allait être dur parce que je suis très occupé. Et en 2-3 jours, je pouvais lui montrer tout ce que je savais. Je lui ai montré pas mal de techniques qui l'intéressait. Et ensuite je suis rentré parce qu'il a un emploi du temps très chargé. Les entraînements pieds-points, c'est deux heures le soir, mais le reste, il fait de la piscine, il fait de la marche, il fait plein de trucs. Il fait du taekwondo aussi, énormément de trucs. Au moment de sa séance du soir, il y a 7-8 coaches. Chacun intervient 5 minutes ou 10 minutes par entraînement, et pas tous les jours. Parfois c'est la partie striking, donc là je peux intervenir. Après, c'est la partie au sol, et là je ne fais que regarder.
C'est vous qui avez fait appel à Jon Jones pour pouvoir l'entraîner, pourquoi ?
J-C. S. : J'avais vu sur Instagram un ami à moi, Alex Zaver, qui s'occupait de lui à Albuquerque. Je l'ai appelé pour lui dire que j'aimerais bien venir le rencontrer et lui enseigner 2-3 techniques. Je lui demande si ça l'intéresse. Apparemment, il avait entendu parler de moi parce qu'il est fan de Georges Saint-Pierre. Et Georges Saint-Pierre, c'est un ami, et un élève aussi. Donc, il était ravi de me rencontrer. Après, il y a eu une alchimie dès le premier jour. Dans le sport de combat entre champions, il se passe un truc. Moi, j'ai un grand respect pour sa carrière. Tout le monde dit que c'est le numéro 1 dans l'histoire du MMA, toutes catégories confondues. Et dans les 2-3 premiers, il y a aussi Georges Saint-Pierre, qui est un élève aussi. Donc là, j'ai eu la chance de pouvoir approcher les deux meilleurs dans l'histoire du MMA et les entraîner.
Il vous a remercié de l'avoir rendu meilleur sur Instagram, de lui avoir appris de nouvelles choses. Quelles sont ces petites techniques, ces "nouveaux jouets" comme il les a appelé ?
J-C. S. : Maintenant, je peux le dire parce que le combat est fini. Je n'ai pas regardé son combat parce que je n'ai pas de télé. Et puis, ça me stresse de voir le combat, j'ai peur de voir qu'il n'a pas utilisé ce que je lui ai appris. Je n'ai pas osé regarder. Mais j'ai vu 2-3 extraits. Des gens m'ont envoyé des messages pour me dire qu'ils ont senti un peu mon style dans son approche du combat, dans la partie debout forcément. Alors, un truc qu'il a adoré, c'était le tip avec le gros orteil dans la vessie. Il y a 2 manières de le mettre. Si c'est gaucher contre droitier, ça va être un peu comme un middle-kick, en thaï on dit un coup de pied médian. Moitié coup de pied médian, moitié tip. Je lui ai montré un coup de coudedescendant. Pas celui qu'il faisait d'habitude, un autre. J'ai tapé un peu au sac. Il a vu ma manière de mettre des coups de pied. Quoi d'autre ? Deux ou trois techniques de corps à corps. La première technique, c'est de mettre un genou, et après un faux coup de genou. Le mec se bloque et après on le ramène par terre. Deuxième technique, toujours quand on tient le mec en corps à corps. C'est de mettre des petits à-coups. 1, 2, 3, tout en reculant et en le faisant tomber. Mais c'était surtout la vessie. Il m'a dit que toute sa vie, il n'a frappé qu'au foie et au plexus. Je lui ai dit que la vessie, c'est hyper important. Je crois qu'il a utilisé mes techniques. Et aussi, le coup de pied dans la cuisse dans la jambe arrière. Le coup de pied retourné comme sur le KO, il le faisait déjà. C'est une technique de taekwondo.
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Le coup de pied retourné de Jon Jones pour envoyer Stipe Miocic au sol lors de l'UFC 309, le 16 novembre 2024
Crédit: Getty Images
Avant cela, il a combattu une fois en 2023 après une longue pause de plus de trois ans. Comment vous l'avez senti physiquement ? Et comment a-t-il géré son retour à la compétition ?
J-C. S. : Ces mecs, ce sont des athlètes. Même s'ils ne font pas de la compétition ils continuent de s'entraîner régulièrement. C'est juste qu'ils accélèrent les deux derniers mois. Sur les deux fois où j'y suis allé, entre la première et la deuxième fois, il avait changé. Son physique, son regard. Parce que la deuxième fois il était presque à un mois et demi du combat, il n'avait plus le temps de rigoler. C'est un mec super sérieux, très intelligent, très bien entouré, avec une bonne étoile aussi.
Il a 38 ans, est-ce qu'il est capable de toujours mettre autant d'intensité à l'entraînement ?
J-C. S. : Ça ne sert à rien de faire la même chose. En fait, c'est comme une roue de vélo. J'avais expliqué ça à Georges Saint-Pierre, il l'avait adoré. Tu as une roue de vélo, le vélo est accroché. Tu veux tourner la roue, tu mets un grand coup. Après tu fais des petits mouvements et la roue continue de tourner à la même vitesse. C'est la même chose dans une carrière de boxe, les premières années les entraînements sont très durs et à la fin, obligatoirement, on est obligé de devenir fainéant. C'est intelligent de devenir fainéant, de se préserver pour arriver toujours au même niveau. Ce n'est pas un sport de fond, en plus. Pour les techniques de lutte, il n'y a pas besoin d'être jeunes. Pour de la boxe thaï, il faut du cardio et effectivement ils ont moins de cardio à 40 qu'à 19-20 ans.
Il paraît qu'à force de sparrer avec lui, il ne voulait plus tourner avec vous. C'est vrai ?
J-C. S. : J'ai tourné les deux premiers jours avec lui. Et nous en Muay Thaï, on tape fort. Surtout je tapais toujours au même endroit, ce qui fait que le premier jour ça allait, le deuxième jour je tape au même endroit que le premier. Donc il n'y a pas eu de troisième jour. Il en a rigolé un jour dans la voiture. Il y avait deux autres entraîneurs à lui, des champions d'arts martiaux aussi. Et il leur demandé qui était le plus fort dans cette voiture dans un combat sans règles. Il m'a regardé du coin de l'œil, ça a fait rire tout le monde.
Il a dit qu'il voulait Pereira pour la suite, qu'en pensez-vous ?
J-C. S. : Normalement je ne regarde pas trop de MMA. Mais je connais un peu Perreira, parce que ces combattants sont tellement connus. Ce serait sûrement un très beau combat. Les gagnants, ce seront les spectateurs. Moi, je suis à fond avec Jon Jones. Et s'il faut l'aider, je ceinturerais Pereira pendant le combat pour qu'il puisse aller le frapper. Ça serait avec grand plaisir. Je suis de tout cœur avec lui, mais quand on aime quelqu'un, on n'est pas objectif. On a toujours envie qu'il gagne et on va toujours penser qu'il gagnera.
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