Ngannou contre Jon Jones : possibilité ou simple fantasme ?
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 16/11/2024 à 18:05 GMT+1
Dans la nuit de samedi à dimanche, Jon Jones fera son retour dans une cage de MMA après deux ans et demi d'absence. Il affrontera à New York Stipe Miocic, lui aussi un revenant, qui n'a pas enfilé les mitaines depuis mars 2021. Un combat largement à la portée de l'Américain, qui devrait écrire encore un peu plus sa légende. Mais sera-t-il à jamais légendaire s'il n'affronte pas Francis Ngannou ?
Jon Jones.
Crédit: Getty Images
Dans le sport, il est très rare d'être le meilleur de tous les temps. Dans le monde du football, par exemple, impossible de trouver un consensus entre les aficionados de Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Diego Maradona, Pelé ou autre légende. Même dans le basket, certains contestent le statut de "GOAT" à Michael Jordan, maintenant que LeBron James arrive en fin de carrière. En ce qui concerne le MMA, Jon Jones est à quelques encablures de s'asseoir sur le trône de l'homme le plus dangereux de l'histoire.
Dans la nuit de samedi à dimanche, il affrontera Stipe Miocic, lors de l'UFC 309 au Madison Square Garden de New York. Ce combat sera son deuxième chez les poids lourds, après sa victoire contre Ciryl Gane en 2022, et potentiellement le dernier de sa carrière. Après quoi, s'il le souhaite, il pourrait se retirer tranquillement en clamant haut et fort qu'il est, a été, et sera à tout jamais le meilleur… mais…
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Francis Ngannou lors de la présentation de son combat contre Renan Ferreira en Professional Fighters League, le 19 octobre 2024 à Riyad
Crédit: Getty Images
Un "mais" subsiste ; il mesure 1,93m, pèse 116 kilos et se nomme Francis Ngannou. Aujourd'hui pensionnaire du PFL, la ligue montante du MMA qui tente de rattraper son retard sur l'UFC, il incarne le doute dans la fin de carrière de Jon Jones. Le "et si", car les fans de MMA se posent tous la question suivante : Jones va très probablement battre Miocic, et si c'était Francis Ngannou à la place ?
Imaginez un circuit du tennis mondial sur lequel, en toute fin de carrière, Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic auraient successivement remporté des tournois à la pelle, mais ne se seraient encore jamais croisés sur les courts. Vous obtenez la frustration et l'excitation qui habitent les amoureux de MMA, à l'idée d'un tel combat.
Un mauvais calcul pour l'UFC
Sauf que tout n'est pas si simple. Comme tous les sports, et peut-être même plus que d'autres, le MMA est aussi un business. "Et dans cette histoire, l'UFC aurait tout à perdre", s'exclame Norman Kara. Ce dernier travaille au sein de la Bulgarian Top Team, une entreprise française de management de combattants de MMA qui gère notamment la carrière de Benoît Saint-Denis ou Morgan Charrière, où il s'occupe des affaires de gros sous. "L'UFC est numéro 1 dans le monde, tellement dominant que c'est plus fort que la NBA en basket, poursuit-il. Et aujourd'hui, Ngannou est dans une organisation qui aimerait être concurrente, ça ne serait pas dans l'intérêt de l'UFC de les mettre en avant."
En termes d'exposition, le calcul n'est donc pas rentable pour l'organisation pour laquelle Jon Jones a signé pour huit combats. Autrement dit pour le reste de sa carrière, puisqu'à 37 ans, il est extrêmement peu probable qu'il aille au bout dudit contrat. Et sportivement alors ? "L'UFC prendrait un très gros risque, juge Norman Kara. Ils sont considérés comme les meilleurs. Et que les athlètes qui choisissent le PFL font le choix de l'argent, un peu comme Ronaldo qui part en Arabie Saoudite." Dans ce cas, si Jones l'emportait, rien ne changerait sous le soleil et l'UFC n'aurait que renforcé son aura avec une soirée lucrative. Alors qu'à l'inverse, le PFL pourrait se légitimer sur la scène du MMA mondial en un seul évènement. Ici encore, l'équation est perdante.
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Francis Ngannou déclaré vainqueur face à Renan Ferreira en Professional Fighters League, le 19 octobre 2024 à Riyad
Crédit: Other Agency
Cerise sur le gâteau, le géant camerounais n'est pas tout à fait parti de l'UFC en bons termes il y a deux ans. "Jamais un combattant qui était champion ne s'est permis de partir et ensuite a dit qu'il était mieux ailleurs", rappelle Norman Kara. Alors désormais, entre le très fier Dana White et Francis Ngannou, c'est une affaire personnelle. Mais cette histoire d'ego reste aussi la preuve que le MMA, aussi régi par l'argent et les intérêts soit-il, est fait par des hommes. Et si Dana White est fier comme un coq, s'il est parvenu à faire de l'UFC un véritable empire, c'est parce que le bonhomme a le sens de l'argent. Il est un businessman avant tout. "On n'est pas à l'abri, glisse Norman Kara. Si l'Arabie Saoudite posait 30 millions pour le combat… mais ce serait fou !"
L'Arabie Saoudite, le dernier espoir ?
Fou, c'est un terme qui qualifierait bien les projets de l'Arabie Saoudite dans le sport. Que ce soit dans le tennis, le golf, ou autres, le pays cherche à révolutionner le sport mondial à coup de millions, à l'aide du PIF, le Fonds d'investissement public saoudien, qui semble sans fond, justement.
"Il n'y a aucune limite, parce que pour l'Arabie Saoudite il s'agit de structurer son pôle d'attraction, explique Raphaël Le Magoariec, géopolitologue spécialisé dans la politique sportive des pays du golfe. Il y a une volonté de casser les dynamiques historiques en place et changer les centres d'attraction du sport mondial et en devenir un des hauts lieux."
Un pari réussi pour la boxe ces dernières années, avec des rencontres qui se sont déroulées sur le sol saoudien que personne ne pensait possible, pour des raisons d'argent, de brouilles entre promoteur et pontes du milieu, ou les deux. On pense ici aux rencontres entre Tyson Fury et Oleksandr Usyk ou encore Anthony Joshua contre un certain… Francis Ngannou. Raphaël Le Magoariec résume grossièrement le système de réflexion saoudien ainsi : "'Ah, on ne peut pas trouver de terrain d'entente dans les circuits sportifs qui existent actuellement ? Alors on va créer notre propre circuit, se mettre au-dessus de la mêlée'".
Jones en facteur X ?
Ça ne vous rappellerait pas la situation contractuelle de deux combattants MMA poids lourds par hasard ? Les gros sous saoudiens permettraient d'abord de finir de motiver le Camerounais, qui s'est déjà prononcé en la faveur d'un combat pour définir une bonne fois pour toutes qui est le meilleur poids lourd. Et ensuite de pousser potentiellement Dana White à réviser ses positions.
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Jon Jones lors de la présentation de son combat contre Ciryl Gane lors de l'UFC 285, le le 4 mars 2023 à Las Vegas
Crédit: Getty Images
Reste un homme à convaincre, l'intéressé lui-même, Jon Jones. Ce dernier, plutôt que d'évoquer Francis Ngannou lors de ses différentes interviews, préfère tenter de faire saliver le public avec un futur affrontement contre Alex Pereira, le Brésilien qui est en train de rouler sur la catégorie des poids mi-lourds. Surtout que "contractuellement, l'UFC a encore la main", rappelle Norman Kara.
Comprenez que l'entreprise qui pèse plusieurs milliards sera l'ultime décideuse, alors que de son côté, le boss du PFL, Donn Davis, est évidemment prêt à tout pour monter le combat. Jones pourrait bien être le facteur X qui fera pencher la balance, s'il se réveille un jour avec la ferme envie de battre Ngannou. "Il n'y a qu'un combattant, deux avec Conor McGregor, qui pourraient se permettre de demander à Dana White de le laisser faire un combat qui ne lui plait pas", juge Norman Kara. Et Jones est le deuxième.
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