UFC 321 (Gane-Aspinall) - Une "bulle" et des "sacrifices" : Ciryl Gane ne s’est jamais autant préparé à un combat
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 25/10/2025 à 13:20 GMT+2
Ciryl Gane a tout coupé. Aucune apparition dans les médias, peu de présence sur les réseaux sociaux et de longues semaines à suer à Dubaï en compagnies de pointures du combat au sol et de la lutte adaptée au MMA, pour préparer au mieux son échéance de samedi contre Tom Aspinall à Abu Dhabi. Le Français a mis tous les ingrédients pour ramener la ceinture de champion des poids lourds de l’UFC.
Les derniers réglages pour Ciryl Gane avant son combat face à Tom Aspinall lors de l'UFC 321
Crédit: Getty Images
On n’a rien sans rien, parait-il. Pourtant, Ciryl Gane a déjà obtenu deux chances pour la ceinture des poids lourds de l’UFC, contre deux des plus grands noms de l’histoire de cette catégorie, et une troisième samedi soir contre Tom Aspinall à Abu Dhabi. Et ce, tout en gardant l’image d’un « Bon Gamin », qui ne force pas tout à fait son talent. Qui pourrait en faire un peu plus pour passer de la catégorie des excellents combattants à celle des grands champions.
Alors, pour préparer cette troisième échéance mondiale, le natif de la Roche-sur-Yon a voulu passer un cap. Se donner toutes ses chances. Depuis des années, le grand public tance Gane pour l’envoyer à l’entraînement dans une contrée d’Europe de l’est, où il pourrait travailler son jeu au sol et sa lutte, spécialité locale. La faute, entre autres, à la légende Khabib Nurmagomedov, le Daghestanais ancien champion invaincu de l’UFC (29-0), qui avait invité le Français à venir travailler son sol au Daghestan, région où la lutte est un sport national, après que la défaite de Gane contre John Jones avait souligné ses lacunes dans le domaine.
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Ciryl Gane (à droite) face à Tom Aspinall.
Crédit: Getty Images
Ce que le Français s’était toujours refusé de faire. Il ne se voyait pas abandonner son cocon, mettre sa famille et ses proches de côté pour longues semaines. Mais cette fois, c’est différent. A 35 ans, il a déjà échoué deux fois sur la toute dernière marche, retenter le coup avec les mêmes méthodes relèverait de l’obstination. Certes, Gane n’est pas parti se frotter aux rugueuses montagnes du Caucase. Mais, pour la première fois de sa carrière, il a consenti à certains sacrifices. Et on ne parle pas ici de régime alimentaire spécifique ou d’un ou deux entraînements supplémentaires par semaine.
Une "bulle" pour travailler sa lutte défensive et son sol
Il s’est placé dans une "bulle", comme il l’a répété de nombreuses fois, le temps de six semaines. Il s’y est enfoncé, enfermé. D’abord de longues semaines de sparrings contre des sacrés noms du kickboxing à Paris, dans son habituel antre du MMA Factory, avant de filer à Dubaï pour six semaines, sans rentrer en France puisqu’il a filé directement à Abu Dhabi ensuite, lieu du combat. "Avec pas mal de mecs solides en lutte, pour se concentrer là-dessus, c’était cool, glisse l’intéressé. On a trouvé beaucoup de bons partenaires de sparrings là-bas, et c’était moins cher de m’y déplacer, plutôt que de faire venir tout ce monde en France".
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Ciryl Gane pourrait bien profiter du départ à la retraite de Jon Jones.
Crédit: Getty Images
"La plus grosse différence (avec ses autres préparations), c’est les sacrifices par rapport à cette bulle qui a été créée uniquement pour ce jour, uniquement pour samedi, insiste-t-il. C'est des promesses qu'on s'est fait avec toute une équipe qui s'est construit au fur et à mesure du temps. Créer cette bulle, c'est quelque chose que je n'avais jamais fait. C’était assez intense."
Il a retrouvé "des grands noms", capable d’adapter la lutte au MMA
Une bonne idée, selon Julien Cazier, entraîneur de MMA et chroniqueur du podcast Mandale : "Le fait d'être à l'étranger dans un autre cadre, où tu n'es plus le centre du monde, mais un élément parmi d'autres, ça te remet aussi un peu en perspective. Ça lui a certainement permis de sentir un peu moins de pression au quotidien et vraiment se consacrer à son camp". Mais surtout, Dubaï est devenu ces dernières années un des nouveaux lieux à la mode pour aller s’entraîner quand on est un combattant. De quoi allier confort et travail acharné. Les pays du golfe ont beaucoup investi dans les sports de combats, et les protagonistes ont mordu à l’hameçon.
Julien Cazier liste : "Il s’est retrouvé avec des mecs comme Pouya Rahmani (poids lourd du PFL au gros bagage en lutte et grappling), Reug Reug (champion poids louds du ONE Championship et ancien combattant de lutte sénégalaise), Haisam Rida (référence chez les poids lourds en grappling), Hamdy Abdelwahab (ancien lutteur désormais poids lourd de l’UFC) qui sont aussi des grands noms dans les sports de combat. Ils vont te bousculer dans leur domaine, ils vont t’expliquer comment ça marche."
L’équipe de Ciryl Gane a déjà fait intervenir des pointures du judo ou de la lutte dans des camps d’entraînement. A l’image des Cyrille Maret, judoka médaillé de bronze aux Jeux de Rio, venu donner un coup de main pour préparer le "Bon Gamin" avant son combat contre Serghei Spivac en 2023. Mais c’est une des toutes premières fois que Gane se retrouve entouré d’autant de spécialistes du sol et de la lutte adaptés au MMA. "Ca permet une compréhension plus fine de la chose", glisse Julien Cazier.
Un retour à la posture d’élève
Si on ne se rendra compte que samedi soir du fruit de ce travail, l’entourage de Ciryl Gane est unanime. Les sacrifices consenti et la charge de travail absorbée pour préparer le grand-rendez vous contre Tom Aspinall ont été colossaux, de l’ordre du jamais vu dans la carrière du Français. Une sorte de retour à la posture d’élève, plutôt que celle de combattant vedette au sein d’un MMA Factory, où il évolue comme à la maison.
Attention tout de même. N’allez pas imaginer le Bon Gamin transformé en un méchant garçon prêt à projeter ses adversaires au sol et tenter des soumissions ultra-techniques.
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Ciryl Gane.
Crédit: Imago
"De ce que je crois comprendre, c'est beaucoup d'anti-lutte qui a été travaillé, glisse Julien Cazier. Aspinall, ce n’est pas un gros lutteur, mais il a des gros takedowns parce qu'il a une grosse puissance et un bon timing d’attaque. Ciryl s’est entraîné avec des gars capables de le mettre sous pression physiquement, avec du volume, le mettre dans le rouge en fait."
Car tout l’intérêt sera de garder le combat debout, domaine où il y aura match entre Gane et Aspinall. Le Français a les armes pour imposer son style, frustrer l’Anglais habitué à terminer ses combats au premier round. Ce camp d’entraînement a "réveillé des choses en moi", assure Ciryl Gane. La France du MMA, elle, aimerait bien se réveiller dimanche matin avec le premier champion de son histoire à l’UFC.
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